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 Tome 3 d'Eragon

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mar 6 Mai - 14:20

Il revint au palais rapidement car il devait se changer pour rendre son ultime adieu au roi de nains, ne pouvant décemment pas y aller en simple tunique et pantalon. Eragon se demandait si on allait pas le contraindre à rendre un adieu un peu spécial car Hrothgar l’avait adopté de la même manière qu’il l’avait fait pour Orik. Il se rappela alors de l’état de désespoir dans lequel se trouvait le nain et se mit à sa recherche à travers le palais. Le jeune homme le trouva prostré, près du cercueil en pierre qui contenait la dépouille du défunt souverain. Un autel avait été dressé dans une pièce réservée à cet effet. Il s’approcha et jeta un coup d’œil au roi. Son corps avait été conservé depuis la bataille des Plaines Hurlantes, grâce à un procédé connu uniquement des nains. Hrothgar semblait paisible et gardait son attitude royal. Il ne portait plus aucun bijou, seuls ses vêtements soulignaient son rang élevé. On l’avait revêtu d’une longue robe noire en velours et une ceinture de fils d’argent entrelacés lui entourait la taille. Ses mains tenaient une couronne d’argent qui était posée sur son ventre. Son visage avait la couleur de cire et près de lui reposaient ses armes. Eragon lâcha un soupir de tristesse. Les nains pleuraient depuis plusieurs jours la perte d’un grand roi et chef de guerre admirable. Orik prit la parole d’une voix entrecoupée de sanglot :
« - C’était un bon roi et un brave soldat…Il n’aurait jamais dû mourir comme ça ! »
Le dragonnier posa une main compatissante sur l’épaule du nain. Il se sentait terriblement coupable de la tournure des évènements. Après tout, c’était son propre frère qui avait tué Hrothgar, Eragon était en partie responsable…
- Son assassin devra payer…
Le sang du jeune homme ne fit qu’un tour. Il avait follement espéré qu’Orik oublie ou tout du moins ne remette pas ce meurtre sur le dos de Murtagh mais c’était mal connaître les nains, farouches et hargneux. Il réfléchit longuement, cherchant à apaiser la soif de vengeance de son ami :
- Murtagh n’est pas fautif…
Orik se retourna brutalement, fusillant le dragonnier du regard. Sa moustache frémissait et son visage prit une teinte cramoisie, signe de sa colère. Sentant le conflit qui s’annonçait, Eragon se justifia :
- Ce que je veux dire, c’est que même s’il a lâchement tué Hrothgar et qu’il en a conscience, il n’avait pas le choix ! Il est sous serment et ne peut désobéir, tu le sais…
- Et tu crois que ça me console ?! J’aurais préféré 1000 fois me donner la mort plutôt que d’exécuter les ordres d’un tyran, barzûl knurlar !
Il cracha par terre avec mépris, oubliant pendant un temps l’endroit sacré où ils se trouvaient.
- Tu es son frère, ça ne m’étonne pas que tu te ranges de son côté ! Mais je pensais qu’en tant que fils adoptif du roi des nains, la vengeance t’habiterait un tant soit peu ! Tu me déçois, Eragon.
Les derniers mots d’Orik eurent le même effet qu’une lame d’argent s’enfonçant brutalement dans sa poitrine. Eragon s’acharnait à défendre son frère qui, selon lui, n’était pas le vrai responsables des actes condamnables qu’il avait fait, mais à chaque fois, c’était la même chose. On oubliait Galbatorix et on accusait son aîné de tous les maux de la terre. Le dragonnier fut pris de compassion pour ce dernier. Si il parvenait à le libérer, Murtagh devrait affronter toute la haine des Vardens et des nains…Eragon en trembla de fureur. Le roi…Non content de détruire leur passé qui aurait pu être commun, il était en train de démolir leur futur. Le dragonnier avisa alors Orik qui dardait sur lui ses yeux rougis de tristesse et de rage. Le jeune homme secoua la tête : c’était à lui de leur montrer que le responsable de tout ça, c’était Galbatorix et non Murtagh. Il parla alors d’une voix calme et posée :
- Hrothgar est bel et bien mon père adoptif et je lui dois énormément ! C’est pourquoi je vais m’efforcer d’accomplir ma tâche.
Le nain sembla se détendre très légèrement à cette annonce mais il continua de fixer le jeune homme avec attention. Ce dernier s’approcha de la dépouille du roi et caressa le drap de velours noir qui reposait sur l’autel :
- Tout d’abord, je lui rendrais le meilleur hommage qui soit…avec toi, acheva doucement Eragon en regardant le nain. Nous sommes frères, non ?
Le nain ne répondit pas mais le dragonnier prit cela pour un acquiescement :
- Puis je ferais en sorte que son successeur soit quelqu’un d’aussi digne et brave que lui. Et surtout qu’il s’efforce de suivre son chemin et qu’il combatte aux côtés des Vardens.
Eragon avait beau observer le nain attentivement, il ne releva aucune réaction démontrant un intérêt quelconque. Il soupira :
- Puis je m’attellerais à venger sa mort…En tuant Galbatorix.
Orik protesta d’une voix rauque :
- Ce n’est pas lui qui…
- Bien sûr que si ! le coupa brusquement Eragon.
Il s’éloigna de l’autel et commença à marcher en examinant le plafond le pièce.
- Comment vous faire comprendre à tous, à quel point il est difficile de combattre des serments faits en ancien langage ? C’est vrai, la solution serait de mourir !
Le jeune homme se retourna et pointa son doigt sur le nain :
- Mais toi, face à la mort, comment réagirais-tu ?
- Je suis un nain, se contenta de répondre Orik, les yeux flamboyants.
- Ca ne suffira pas, parfois ! sourit doucement Eragon. Je connais bien Murtagh, lui aussi avait le cœur brave, comme les nains ! Il ne voulait pas tuer Hrothgar, je le sais !
- Alors pourquoi l’avoir fait ? cria le nain.
Le hurlement montrait toute sa peine, son incompréhension et sa douleur face à l’être disparu. Le dragonnier soupira :
- Parce qu’il ne pouvait se résoudre à mourir, tout simplement. Nous voulons tous vivre, Orik, mais c’est face à la mort qu’on s’en rend compte et que l’on révèle notre vraie nature ! Il a fait un choix…
« …Aux conséquences irréparables. » songea-t’il.
- Malgré son erreur, je suis persuadé qu’il regrette profondément son acte et dès qu’il le pourra, il fera tout pour le réparer, poursuivit Eragon.
Le nain le fixa longuement, en proie à un combat intérieur. Il se retourna lentement et fixa son oncle d’un regard impénétrable. Quelques secondes de silence s’écoulèrent avant qu’Orik ne prenne la parole d’une voix rauque :
- Quand on m’a dit que c’était Murtagh le dragonnier…J’ai cru à une trahison. Je ne l’appréciais pas, c’est vrai mais à l’annonce de sa prétendue mort, j’ai pleuré un bon guerrier qui avait fait ses preuves à nos côtés ! Désormais, il combat avec le roi et il a tué Hrothgar…Et toi, tu me fais la morale en me demandant de comprendre ?! Lorsque tu auras vécu la moitié de ma vie, Argetlam, alors peut-être que c’est toi qui comprendras !
Eragon baissa les yeux en rougissant. Ce rappel de son jeune âge le faisait se sentir fragile et maladroit. Orik n‘avait pas complètement tort, lui aussi avait vécu des choses terribles. Ce dernier poursuivit :
- Sache que je ne me suis jamais opposé à la mission de Calyst.
Le dragonnier releva la tête, surpris :
- Pourquoi ?
Le nain haussa les épaules :
- Si nous avions un autre dragonnier, quoi qu’il ait fait, la guerre pourrait s’achever bien plus rapidement que prévu !
- Tu ferais un excellent roi, renchérit Eragon en souriant timidement.
Voyant que le nain s’apprêtait à protester, il ajouta rapidement :
- Je sais que ça va être difficile car tu n’es pas son fils de sang, mais je peux te soutenir dans tes démarches…
- Quel intérêt ? IL n’est plus là...
- Et tu laisserais le trône vacant à n’importe qui ? Il vaut mieux que ce soit quelqu’un qui ait suffisamment connu le roi pour reprendre le flambeau…
- Pourquoi le ferais-je ? Pourquoi pas toi ? répondit Orik d’une voix morne.
- Parce que tu es le mieux placé pour lui succéder ! Et parce que tu es un nain …et moi non ! répondit Eragon en riant.
Le nain grommela dans sa barbe avant de laisser échapper un bref sourire :
- Vor Hrothgarz korda, il est vrai que tu es un peu…haut perché pour être un nain ! Et la simple idée qu’une autre paire de fesses que les miennes s’asseyent sur le trône de Farthen Dûr m’effraient un peu, je l’admets !
Il regarda alors Eragon, qui souriait à l’image, et lui dit :
- Après l’hommage à Hrothgar, je partirais avec le conseil pour Farthen Dûr afin que Hrothgar y repose en paix. Je leur parlerais alors de notre point de vue !
- Très bien, approuva le jeune homme. Je vais aller me préparer…
Orik semblait ragaillardi ce qui rassurait le jeune homme. Il le salua et tourna les talons lorsque la puissante voix du nain retentit, sans aucun tremblement :
- Mais ne crois pas que j’ai oublié ton frère ! Il devra répondre de ses actes devant le conseil des nains. »
Le dragonnier frissonna mais se jura de ne pas laisser Murtagh seul lorsque ce jour arriverait, puis il sortit de la pièce avant de rejoindre sa chambre.

Alors qu’il se changeait pour revêtir ses vêtements de deuil, la voix de Saphira retentit :
« L’hommage aura lieu sur la grande place et on me réserve une place pour y être présente ! »
« Tant mieux, soupira son ami, je ne me vois pas le faire sans toi ! »
« Je serais là, petit homme ! »
Elle lui transmit alors une douce chaleur qu’il absorba lentement avant de sentir revigoré. Le dragonnier sourit avant de s’allonger sur le lit et de fermer les yeux. Son esprit vagabondait déjà dans une forêt verdoyante et paisible lorsqu’un serviteur frappa à sa porte avant d’entrer et de s’incliner avec respect :
« - C’est l’heure, O dragonnier !
Eragon se leva en inspirant :
- J’arrive !
Le moment le plus dur de la journée allait pouvoir débuter.

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mer 7 Mai - 15:19

CHAPITRE 11 : Adieux furtifs



« -Voici Kean !
La rôdeuse était en train de présenter son compagnon à Murtagh et Thorn, qui le regardaient les yeux ronds. Il se tenait dans le creux de sa main, mis à hauteur du visage du dragonnier qui avait plissé les yeux pour mieux admirer le pelage de la créature :
- C’est incroyable cette couleur ! Je n’ai jamais vu ça !
Thorn approcha son museau du petit singe et le renifla doucement. Ce dernier gémit et se cacha la tête entre les mains, frissonnant.
« Il est peureux… » constata le dragon en relâchant un souffle de fumée.
- Pardonne-lui, le justifia la rôdeuse. Il a de bonnes raisons de craindre les dragons et le roi, tu peux me croire.
- Comme nous tous, ajouta Murtagh, cherchant à gagner la confiance de Kean.
Il s’approcha et tendit une main hésitante vers le petit animal qui abaissa lentement sa défense. Il s’avança, prenant appui sur les doigts de Calyst et renifla lentement la main qui s’offrait à lui.
« Kean, fit la jeune fille sur un ton de reproche, c’est toi qui m’as dit être prêt ! »
La créature se contenta grogner puis glissa sa tête sous les doigts du dragonnier qui sourit en le caressant :
- Il est plutôt gentil, constata Murtagh, visiblement sous le charme du petit singe.
- Il peut être très enquiquinant parfois, crois-moi !
- Comme Thorn, tu sais !
Le concerné poussa son ami du museau pour montrer sa désapprobation ce qui fit rire les deux jeunes gens. Murtagh regarda Calyst en souriant. C’est fou comme les gens pouvaient changer d’un seul coup. Depuis leur mésaventure, leur relation avait quelque peu évoluée. Bien sûr, ils continuaient de se disputer parfois mais il n’y avait plus aucun mot venimeux de prononcé ni aucune volonté de blesser l’autre. C’était juste une confrontation d’idées opposées car ils avaient une éducation très différente et chacun possédait sa propre vision des choses. Le dragonnier ne s’était jamais senti aussi vivant que ces dernières semaines. Parfois, ils se surprenaient à échanger un sourire amical pour encourager l’autre lors de moments particulièrement difficiles. Le matin, Murtagh se dépêchait de monter voir son dragon et échanger ainsi quelques mots avec la rôdeuse. Et le soir, lorsque il ressortait de son « entrevue » avec le roi, il retrouvait la jeune fille qui l’attendait dans sa chambre. Elle le pansait alors en silence et s’asseyait près de lui, se contentant de regarder le ciel par l’unique fenêtre de la pièce en soupirant. Et voilà qu’elle leur présentait cette drôle de bestiole.
« Je…je m’appelle Kean… » bafouilla ce dernier d’une voix tremblante.
Calyst le regarda, surprise avant de s’amuser de leurs airs ébahis :
« Il parle ? » souffla Thorn, abasourdi.
- Bien sûr, pouffa la rôdeuse devant l’air vexé du petit singe. Toi aussi, non ?
Murtagh sourit et regarda à son tour son dragon avant de le caresser.
- Ne sois pas si surpris, Thorn. J’ai l’impression qu’elle nous réserve encore des surprises, dit-il en désignant Calyst du menton. Et puis j’ai bien un dragon, moi ! Elle a le droit d’avoir un ouistiti, je pense !
Il lança un clin d’œil bienveillant à la jeune fille qui se mordit la lèvre pour ne pas rire. Kean l’avait réveillée la veille en déclarant qu’il se sentait prêt à rencontrer Murtagh et Thorn. Visiblement, l’acte du dragonnier pour la sauver avait impressionné la créature qui avait révisé son jugement. Malgré tout, il ne pouvait s’empêcher de trembler de tous ses membres :
« Je suis fière de toi, Kean ! » lâcha affectueusement Calyst.
Ce dernier grommela :
« Hummm….Il fallait le faire, c’était une question de respect vis-à-vis d’eux ! En parlant de ça, tu as quelque chose à faire toi aussi, n’oublie pas ! »
« Je sais mais je voudrais attendre un peu…» soupira tristement la jeune fille.
« Comme tu veux… »
Murtagh se tourna vers eux et s’adressa à la rôdeuse :
- Je dois y aller.
- Je viens aussi, ajouta Calyst en reposant Kean au sol. Tu peux rester avec Thorn, il ne va pas te manger !
Espiègle, le dragon claqua des dents, ce qui eut pour effet d’effrayer le petit singe qui plongea dans une botte de foin sur le sol.
« Ne me laisse pas ! » gémit la créature.
« Tu t’en sortiras très bien ! » assura la jeune femme avant de sortir derrière Murtagh.
Ce dernier referma la porte et dit en riant :
- C’est un petit trouillard quand même !
- Vous faites peur avec vos airs sérieux, je t’assure !
- Ben voyons !
Il éclata de rire. Le cœur de Calyst se fendilla légèrement. Il avait une voix grave et un rire clair qu’elle commençait à vraiment apprécier. Derrière son masque de froideur, il devenait un jeune homme sincère et bienveillant et ils auraient pu devenir d’excellents amis, un de ceux à qui on raconte tout parce qu’ils vivent des situations aussi difficiles que vous. Mais non, ce n’était pas possible. Toute à ses pensées, la jeune fille ne vit pas que Murtagh continuait d’argumenter sur le fait que Kean était vraiment une étrange créature.
- Oh Calyst, tu m’écoutes ?
- Hein ? Euh…oui, oui ! fit la jeune femme en relevant la tête.
Le dragonnier la regarda en fronçant les sourcils :
- Bien sûr…Qu’est-ce qui t’arrive ?
Décidément, depuis quelques jours, la langue du dragonnier semblait s’être déliée et il devenait de plus en plus curieux de ses états d’âme. La rôdeuse lui sourit maladroitement et chassa sa question d’un air vague :
- Rien. Rien du tout ! Bon, je dois y aller…
Elle sauta rapidement les quelques marches qui les séparaient des cuisines et le salua :
- A tout à l’heure…
Elle se retourna mais une main l’attrapa par le poignet :
- Tu es vraiment bizarre…Tu es sûre que ça va ?
Le visage de Murtagh était impassible mais sa voix était teintée d’une inquiétude à peine voilée. La jeune femme sentit sa carapace se fissurer un peu plus mais elle se reprit :
- Qu’est-ce que tu vas encore imaginer ? Je suis juste fatiguée, ton dragon ronfle, je te signale !
Le dragonnier eut un petit sourire et la relâcha :
- Bon très bien…
Il la dépassa s’enfonça dans les couloirs sombres du palais, en agitant la main en guise de salut :
- A tout à l’heure…
La jeune fille se sentit pitoyable. Malgré son air impassible, le jeune homme n’avait pu cacher qu’elle l’avait blessé à se murer dans son silence. Elle attendit qu’il disparaisse avant de repartir d’où ils venaient. Chaque pas qui la rapprochaist de l’antre du dragon devenaient de plus en plus lourd. Lorsqu’elle ouvrit la porte, Calyst ne put retenir un triste sourire. Thorn était allongée, sa grosse tête reposant à même le sol. Il observait avec amusement Kean qui tentait de vaincre sa peur en s’approchant de lui centimètre par centimètre. La jeune fille l’interrompit :
« C’est bon, Kean ! »
« Tu lui as dit ? »
La rôdeuse ne répondit pas et s’assit devant Thorn en le fixant droit dans les yeux :
« Nous allons partir ! Aujourd’hui ! »
Le dragon se leva brusquement, faisant sursauter son interlocutrice et couiner le petit singe :
« Mais…Mais…balbutia l’animal…Tout à l’heure… »
« Je ne veux pas que Murtagh le sache. » répondit simplement Calyst.
« Je lui dirais, tu le sais. »
La jeune fille haussa les épaules et sourit distraitement :
« Oui. Mais je serais déjà loin… »
Thorn se détourna et commença à marcher lentement. Il était visiblement déstabilisé par la nouvelle et Calyst s’en voulut d’être si brusque. Mais elle n’avait pas le choix :
« Pourquoi, demanda le dragon. Pourquoi maintenant alors que… »
Sa voix se brisa mais la rôdeuse acheva :
« Alors qu’on commence à se supporter ? Parce que je n’ai pas le choix ! Nasuada et Eragon doivent trouver le temps long et puis j’ai fini ma mission, ajouta-t’elle, les yeux brillants de fierté. Et surtout, mon clan doit s’impatienter… »
Thorn secoua la tête :
« Pourquoi ne pas lui dire au revoir ? »
« Les adieux, c’est pas son truc et j’aime pas trop ça non plus ! Alors autant nous éviter des gênes supplémentaires…Je perdrais du temps et j’en ai déjà trop perdu ! Tu lui diras ! »
Sans attendre de réponse, Calyst se leva et se dirigea vers un tas de foin d’où elle extirpa un léger sac à dos.
« Tu avais prévu de partir ? Tout de suite ? » demanda le dragon, scandalisé.
La jeune fille plongea son regard dans celui de son ami :
« Evidemment, je viens de te dire que je n’avais pas beaucoup de temps pour rentrer donc j’ai anticipé ! Je suis juste venue te dire au revoir !»
Elle aperçut alors la même lueur de tristesse que celle qui brillait éternellement dans les yeux de Murtagh et dans un élan de spontanéité, elle enlaça le dragon :
- Pardon ! J’espère sincèrement que ce que tu m’as révélé aidera Eragon à vous sauver ! J’aimerais vous revoir dans de meilleures circonstances…
« Moi aussi ! » répondit le dragon d’une voix triste.
- Dis à Murtagh que…
Elle hésita, ne sachant que dire. Qu’elle regrettait de partir ainsi ? Qu’elle lui souhaitait de tout cœur d’être libéré ? Qu’elle était heureuse de s’être trompée en le traitant de lâche et d’égoïste ? Thorn la regarda et Calyst aurait pu juré avoir vu un sourire compatissant se dessiner sur la gueule de l’animal :
« Je lui dirais ! » la rassura le dragon rouge.
Elle posa une main apaisante sur le museau de l’animal et fit ronronner ce dernier.
« Tu peux garder un secret ? »
« Ca doit pouvoir se faire… »
Calyst se pencha et murmura à la seule intention du dragon :
« Je vous aime bien…Tous les deux ! Je vous souhaite sincèrement d’échapper à Galbatorix !»
Le dragon se redressa de toute sa hauteur et demanda, surpris :
« Même Murtagh ? »
La rôdeuse poussa un soupir agacé et ne put retenir un bref sourire :
« Tu veux vraiment que je le dise, hein ? Ben oui, même cette tête de mule ! Mais je t’interdis de lui dire, c’est clair ? »
« Très ! » jura Thorn en ancien langage.
Il posa sa tête sur l’épaule de la jeune fille.
« Mais je regrette que tu partes…pour mon bonhomme. »
Calyst ne répondit rien et attacha son sac sur son dos, invitant Kean à grimper sur son épaule. Elle s’approcha discrètement de la fenêtre et jeta un rapide coup d’œil dehors avant de se retourner brièvement :
« Contente de t’avoir rencontré Thorn, ainsi que ton idiot de dragonnier ! »
« Vous ne changerez jamais ! soupira le dragon, faussement excédé. A très bientôt, gamine, nous nous reverrons, j’en suis persuadé ! » ajouta-t’il sur un note de tristesse.
La rôdeuse sourit, surprise, puis s’inclina avant d’escalader la fenêtre et de disparaître dans l’obscurité. Thorn s’allongea et patienta quelques secondes avant de lancer, tête vers le ciel une plainte déchirante. Plusieurs minutes s’écoulèrent avant qu’un bruit de course ne retentisse et que Murtagh n’entre en trombe, essoufflé :
« Que t’arrive-t’il ? »
Son ami se contenta de lui décocher un regard chargé de tristesse.

A Suivre... pirat
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 8 Mai - 10:18

Héhé! que de souvenirs....

Supers chapitres, meme si je te l'ai déjà dit il y a longtemps. Quand on sait ce qu'il se passe après...

HAAAA! que j'aime Kean et Calyst!!!
I love you
Ils sont géniaux ^^

La suiteuh (nimporte laquelle elles sont toutes bien ><)
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 8 Mai - 12:27

Ah la la oui que de souvenirs (mode mamie)...Et c'est pas fini !!

CHAPITRE 12 : Arrivées impromptues et changements



Eragon marchait le long des couloirs d’Aberon, sans destination particulière. La veille, le cortège d’Orik s’était ébranlé avant de disparaître dans le désert, emportant avec lui le roi Hrothgar qui avait reçu d’émouvantes marques de respect. Le souverain Orrin et Nasuada avaient chanté l’oraison funèbre, ce qui avait arraché une larme au dragonnier, bouleversé par les paroles de la mélodie :
A toi ô grand roi des nains,
Nous te rendons hommage en ce lieu sacré,
Tu fus le plus grand des souverains,
Ton courage et ta bravoure resteront gravés,
Tu reposeras dans les murs,
De ta grande cité de Farthen Dûr.

Puis Arya s’était avancée vers Orik qui se tenait près du cercueil, le visage de marbre. Elle avait alors adressé ses condoléances en langage nain, ce qui fit murmurer l‘assistance, composée essentiellement de ces derniers et arracha un triste sourire au neveu du roi. Ce dernier fit alors signe à Eragon de le rejoindre et le jeune homme s’exécuta avec lenteur. Il rejoignit le nain et tous d’eux se tournèrent solennellement vers l’assemblée. Chacun à leur tour, ils promirent de respecter la ligne de conduite adoptée par Hrothgar en tant qu’héritiers de sa maison. Puis, ils jurèrent de venger la mort du roi, sachant néanmoins que tous deux avaient une vision bien différente de la marche à suivre. Saphira s’était alors approchée et avait penché sa tête au dessus du nain. Un souffle sortit de ses naseaux et se déposa délicatement sur le souverain, l’enveloppant d’une fine couche de poussière argentée. Elle s’était ensuite dressée sur ses pattes arrières et avait lancé une plainte lancinante vers le ciel. Puis six nains avaient emporté la dépouille du roi, la soustrayant pour la dernière fois à la vision du dragonnier qui ne pouvait s’empêcher de ressentir une boule de tristesse se former au creux de son ventre. Après Brom, puis Ajihad, il enterrait désormais Hrothgar, son troisième père protecteur. Il avait été emmené pour reposer à Farthen Dûr. Le jeune homme soupira : Qui serait le prochain de ses proches à mourir ? La douce voix de Saphira le rassura :
« Pourquoi faudrait-il que quelqu’un d’autre meurt ? »
« Cela semble être devenu une habitude. Dès que je me découvre un nouveau pouvoir, une nouvelle force, des personnes disparaissent. Je t’ai eu Saphira et mon oncle est mort. Puis j’ai rencontré Arya et Brom est mort. J’ai fait la rencontre d’Oromis et lorsque je me suis transformé en elfe, Hrothgar est mort…C’est une malédiction ! »
Saphira soupira avant de le sermonner gentiment :
« Tu m’as rapporté une conversation que tu avais eu avec Arya…Elle te parlait de malchance que tu prendrais pour le destin…On dirait bien que c’est le cas ! »
Eragon songea aux paroles de l’elfe : En réalité, il ne s’agira que d’un acte isolé mais malheureux qui te fera enchaîner d’autres actes pire encore avant que tu ne te dises, abattu, que c’est le destin ! Tu t’y résigneras en te disant que cela ne peut-être changé et ainsi vont les choses ! Tu auras tort ! Le jeune homme se maudit. Comment avait-il pu oublier ? Lorsqu’Arya lui avait révélé la différence entre le Wyrd et le destin, il s’était senti rassuré de savoir que le destin n’était pas quelque chose d’écrit, d’irrémédiable, entre autre parce que sa famille avait une légère tendance à tomber du mauvais côté. Sa dragonne rit, sentant qu’il commençait à comprendre où elle voulait en venir :
« Alors Eragon, qu’est-ce qu’on fait ? »
Ce dernier regarda ses deux mains avant de serrer les poings, à s’en blanchir les jointures.
« On doit devenir fort ! Tous les deux ! Saphira, nous devons retourner à Ellesméra pour finir notre formation auprès de Maître Oromis et de Glaedr… »
Le dragonnier sentit l’assurance de son amie qui grogna mentalement de joie.
« Quand partons-nous ? »
« Tu es pressée de revoir Glaedr ? » la taquina Eragon.
« N’importe quoi ! » bougonna Saphira.
Le jeune homme sourit avant de répondre :
« Nous partirons dès que possible ! Il faut juste prévenir Nasuada et Arya. »
« Qu’est-ce que tu attends ? »
Eragon lâcha un éclat de rire mental :
« Tu es sûre que ce n’est pas pour Glaedr ? »
Vexée, Saphira sortit de son esprit et Eragon ne put retenir un bref sourire de satisfaction. Pour une fois, il avait eu l’avantage sur l’esprit moqueur de la dragonne. Il repensa à ses résolutions et le jeune homme se senti ragaillardi. Soudain, il jeta un regard par la fenêtre et son cœur fit un bond. Arya était posé sur le rebord d’une fontaine dans le jardin en contrebas, le regard levé vers le ciel. Son visage semblait apaisé et elle avait fermé les yeux, laissant le soleil lui chauffer le visage. Eragon l’admira longuement. Malgré ce qu’ils avaient vécu tous les deux, malgré toutes ses paroles blessantes, le dragonnier ressentait toujours les mêmes sentiments que lorsqu’il l’avait vu pour la première fois. Il mourrait d’envie de plonger ses doigts dans la chevelure noire de la princesse, caresser sa joue de satin, toucher ses douces lèvres…Tout à coup, il remarqua qu’elle le regardait, sans aucune animosité sur le visage mais avec plutôt une expression de surprise. Le rouge monta violemment aux joues d’Eragon qui lui fit un timide salut de la main. Elle esquissa un vague sourire et lui fit signe de le rejoindre. Le concerné s’exécuta et pénétra dans le jardin du palais. Ce dernier était étonnamment verdoyant compte tenu de la chaleur et l’air frais y circulait en toute liberté. Une longue allée de peupliers se dressait devant lui et il s’y engouffra avec délice. De magnifiques fleurs couleur rouge et or poussait ici et là, diffusant un délicieux parfum de fruité. Au centre, se tenait la fontaine, représentant une immense fée. Elle était entourée de longs filets d’eau qui s’écoulaient lentement dans de fins tunnels de verre avant de se perdre dans le bassin central rempli de poissons nacrés. Le dragonnier leva les yeux sur l’elfe qui le fixait sans un mot, les jambes croisés. Elle était vêtue d’un corsage clair et d’une courte jupe marron qui dévoilaient de jolies jambes musclées. Des bottes noires montantes lui couvraient les jambes jusqu’aux genoux et ses cheveux étaient joliment tressées. Eragon la salua en elfique et apposa ses deux doigts sur sa bouche :
« - Atra esterni ono thelduin.
- Astra du evarinya on varda ! répondit Arya en joignant le geste à la parole puis elle l’invita à s’asseoir près d’elle.
Eragon lui sourit puis obéit.
- Comment vas-tu ? demanda doucement l’elfe.
- Bien, soupira le jeune homme. L’enterrement a été un peu éprouvant mais maintenant ça va mieux.
- Sans doute grâce à Saphira…
- Oui, heureusement qu’elle est là !
- Et l’épée ?
Eragon frissonna avant de la regarder. Devait-il lui dire ce qu’il avait vu ? Ou bien se taire et attendre de rencontrer cet homme avant de prendre une décision ? Peut-être qu’il regretterait la décision qu’il allait prendre mais il n’avait pas le choix :
- Je n’ai pas rencontré de problème en la maniant si tu veux savoir !
Ce n’était pas un mensonge, ce qu’il avait vu ne constituait pas un problème en lui-même tant qu’il prenait la bonne décision. La princesse elfe le dévisagea longuement, cherchant à deviner ses pensées secrètes. Mais le jeune homme tint bon devant le regard inquisiteur et se tut. Un silence pesant s’installa entre eux et Eragon se racla la gorge, gêné. Il se rappela soudainement la raison de sa venue.
- Saphira et moi repartons pour Ellesméra !
- Ah très bien ! fit Arya, impassible. Quand partez-vous ?
- Demain, sans doute. C’est un peu tard pour aujourd’hui et je dois prévenir Nasuada !
L’elfe acquiesça en silence. Surpris, le jeune homme demanda :
- Tu...Tu n’as pas l’air très enthousiaste. Tu ne rentres pas avec nous ?
- Non, répondit simplement la princesse.
- Mais pourquoi ?
Eragon ne l’avait jamais envisagé, cela paraissait inconcevable.
- Je croyais que tu t’étais réconciliée avec ta mère…
- C’est le cas, expliqua calmement Arya, les yeux rivés sur un point imaginaire devant elle. Mais je reste l’ambassadrice des elfes. En tant que telle, je me dois de représenter ma race ici, au cœur du combat. Nous souhaitons tous faire chuter Galbatorix…
- Je suis sûre qu’Islanzadi…
- C’est mon Wyrd, Eragon, le coupa sèchement Arya. Islanzadi aimerait que je reste près d’elle, elle aimerait beaucoup de choses en fait !
Puis elle murmura pour elle-même :
- Elle existe pour nous deux…
L’elfe remarqua alors qu’Eragon la fixait sans rien dire. Elle soupira :
- Mon Wyrd. La conscience faire ses propres choix…En effectuant le mien, je me suis sentie plus vivante que jamais même si cela signifiait s’opposer à ma mère !
-…Je comprends, Arya, assura doucement le dragonnier.
Il n’y avait rien de plus terrible que d’être enchaîné par des choix « imposés ». Plus de libre-arbitre et adieu à la notion de liberté. Il comprenait le choix d’Arya de vouloir s’éloigner de sa mère en revanche, il déplorait de devoir la quitter une fois de plus. Remarquant sa déception, la princesse sourit :
- Enfin, quand tu reviendras, tu seras enfin un dragonnier digne de ce nom !
- Je l’espère…Nous pourrons enfin nous concentrer sur des choses qui étaient hors de ma portée. Il y en a tellement, soupira Eragon.
L’œuf restant, son frère, le roi… Le jeune homme était dépassé et aspiré dans une tourmente infernale. Percevant son trouble, Arya posa une main rassurante sur son épaule.
-Tu n’es pas seul, Eragon…
- Heureusement ! lâcha ce dernier avec un sourire forcé.
Arya se leva et lui proposa :
- Je devais aller voir Nasuada de toute façon. Faisons un bout de chemin ensemble !
- Avec plaisir !
Eragon se sentit mieux. Comme d’habitude, la princesse avait réussi a trouvé les mots simples, qu’il fallait, ni plus, ni moins. Cela lui donnait du courage, des ailes même, pour accomplir tout ce qu’il avait à faire. Il se leva et emboîta le pas à l’elfe. Quelques minutes plus tard, ils frappaient à la porte du bureau de Nasuada.
« Entrez ! »
Ils s’exécutèrent mais en levant les yeux, Eragon se figea sur place et pâlit. Des yeux noirs et féroces comme ceux d’un fauve se posèrent sur lui. Devant lui se tenait un homme d’une quarantaine d’année, tout de noir vêtu et au teint pâle. Ses cheveux noirs étaient ornés d’une mèche blanche. Le dragonnier frissonna. Impossible de se tromper : C’était l’homme de sa prédiction.
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 8 Mai - 12:29

Nasuada les regarda, surpris.
- Oh Eragon, Arya…Que vous arrive-t’il ?
Le dragonnier se tut, dévisageant l’homme de la tête aux pieds. Ce dernier se contenta de lui décocher un regard méprisant et glacial, puis l’ignora superbement et s’adressa à Arya :
- Ravi de vous voir Arya Svit-Kona !
- Moi également, !
Eragon s’étouffa. Quoi ? Ils se connaissaient déjà tous les deux ? Comment était-ce possible ? Tellement abasourdi, le jeune homme entendit à peine Nasuada faire les présentations :
- Eragon, voici Amràn, le général des troupes de Yondo Sùl !
Yondo quoi ? Le dragonnier fixa l’inconnu sans comprendre :
- Amràn, voici Eragon qui est notre dragonnier !
- Enchanté, répondit le général qui le salua d’un signe de tête.
Il semblait surpris, sans doute par le jeune âge d’Eragon, mais reprit très rapidement contenance. Le garçon sentit que tous les regards se posaient sur lui, attendant sa réaction. Il inspira avant de lancer de sa voix la plus neutre possible :
- Moi de même.
Nasuada l’observa quelques instants, cherchant à savoir ce qui le préoccupait puis elle reprit :
- Amràn est à la tête d’une troupe assez conséquente de soldats qui lui sont tous très dévoués. Nous sommes en train de discuter des conditions qui pourraient l’amener à rejoindre notre cause !
Eragon était estomaqué. Décidément, le sort de l’Alagëasia ne touchait pas grand-monde, voilà qu’il fallait payer des mercenaires pour défendre la liberté de ce monde ! Ainsi donc, c’était un aventurier…Arya intervint :
- Amràn est allié aux Vardens depuis longtemps ! Il n’a pu nous rejoindre avant car il était à Teirm avec ses hommes, cherchant un nouvel endroit pour les Vardens puisque nous ne pouvons rester indéfiniment à Aberon, Farthen Dûr étant à éviter pour le moment !
Le dragonnier fronça les sourcils et s’adressa au général, d’un ton qui dévoilait toute la méfiance qu’il éprouvait envers cet homme :
- Je ne comprends pas…Vous êtes un mercenaire ?
Les yeux d’Amràn rougeoyèrent de colère un bref instant et Nasuada tenta de réparer l’erreur de son vassal en apaisant le général :
- Amràn…
- Laissez Nasuada, je vais lui répondre moi-même ! gronda l’homme d’une voix rauque.
Il se tourna vers Eragon et planta son regard dans celui du dragonnier pour le sonder :
- Si un de mes hommes ose un jour se prétendre mercenaire, je lui plante moi-même mon épée dans le cœur ! Puisse le dieu de la Mort en être témoin ! Nous sommes des homme fiers et libres, et les services que nous rendons ont pour unique but d’améliorer ce monde ! Ne t’avise plus jamais de m’insulter mon garçon sinon, dragonnier ou pas, je n’hésiterais pas à te punir pour des paroles si malheureuses ! Le père de Nasuada était un ami, participer à cette guerre sera une sorte de vengeance à accomplir.
Sa voix était grave et assurée, sans aucun tremblement, et on pouvait percevoir qu’il pensait chaque mot sorti de sa bouche. Eragon s’était senti tétanisé : Amràn dégageait une aura de puissance assez phénoménale et ses yeux le brûlaient sur place. Le dragonnier en était à présent certain : le général était dangereux et la pointe de folie qui brillaient dans ses prunelles le confortait dans cette idée. Il regarda Arya qui le fixait, dépitée. Eragon s’apprêtait à rétorquer lorsqu’un énorme rugissement retentit dans la cour. Tous se tournèrent vers la fenêtre où ils purent voir Saphira qui venait d’atterrir, précipitamment visiblement. Des fleurs et plusieurs arbres s’étaient couchés sous le poids de la dragonne et de l’herbe était arrachée, laissant apparaître la terre sous ses griffes. Elle avait braqué sa grosse tête bleue vers eux et montrait les crocs en fixant de son oeil azur le général qui restait impassible. Eragon fit les présentations, soulagé de son arrivée impromptue :
- Général Amràn, voici Saphira ma dragonne.
- Dis-lui que je la salue, répondit l’homme sans aucun sourire.
Mais qu’est-ce que c’était que cet homme ? Déconcerté, le dragonnier fit part des salutations à Saphira qui gronda :
« Parfait, alors dis-lui que je n’accepterais plus aucune menace de sa part, tout général qu’il soit ! Et si jamais il t’approche avec de mauvaises intentions, je le sentirais et je l’écraserais sans aucun remords ! »
« Je ne sais pas si c’est une très bonne idée, se risqua le jeune homme, les présentations ont déjà été un peu mal engagées ! »
« Fais-le » exigea son amie.
Eragon soupira. Saphira était très protectrice mais elle n’avait sans doute pas tort de rappeler au général qui ils étaient. Il traduisit donc mot pour mot les paroles de la dragonne et attendit la réaction d’Amràn. Un fin sourire étira ses lèvres et il s’adressa directement à cette dernière :
- Si ton dragonnier s’applique à réfléchir sur les paroles qu’il prononce en ma présence, nous ne devrions pas avoir à nous affronter, jeune dragonne…
« Jeune dragonne ? Mais pour qui il se prend lui ? » rugit Saphira, vexée.
- …Sache néanmoins que j’ai déjà la mort d’un de tes congénères sur la conscience…
« Quoi ? »
Eragon et Saphira n’avaient pu retenir ce cri. Le dragonnier détailla le général plus attentivement. Comment un simple humain avait-il pu tuer un dragon ? Et surtout comment se faisait-il qu’il soit allié aux Vardens malgré cet acte ? Voyant le mauvais chemin que prenait la discussion, Nasuada demanda :
- Je n’ai pas beaucoup de temps alors que venais-tu faire ici Eragon ?
Mais ce dernier se contentait de fixer Amràn avec animosité. La colère de Saphira faisait vibrer chacun de ses membres et il avait l’impression que sa tête était au bord de l’explosion. Arya secoua la tête, visiblement pressée d’en finir et répondit :
- Eragon part demain à Ellesméra pour finir sa formation…
-…Oui, je suis venu te prévenir, approuva lentement le jeune homme sans quitter Amràn des yeux.
Ce dernier peinait à se contenir visiblement. Il avait croisé les bras, tentant de dissimuler le tremblement de colère qui parcourait son corps et envoyait au dragonnier un regard lourd de menace.
- Très bien, poursuivit la chef des Vardens, sentant la tension qui émanait des deux hommes. Si tu n’as rien d’autre, tu peux disposer !
Eragon sentit l’elfe le tirer par le bras pour le faire sortir et ils se retrouvèrent aussitôt dans le couloir. Arya attendit que la porte se referme avant d’entraîner le dragonnier plus loin dans le couloir, à l’écart des oreilles indiscrètes. Elle le mit face à elle et le fixa, rouge de colère :
- Qu’est-ce qui t’as pris, Eragon ?
- De quoi tu parles ? bougonna ce dernier.
- De quoi je parle ? Tu as vu comment tu t’es comporté face à Amràn ? C’était insultant pour lui comme pour nous !
Le dragonnier détourna les yeux de mauvaise grâce et se tut mais la princesse ne se démonta pas :
- Lorsque tu l’as aperçu, tu as eu une réaction bizarre comme si tu l’avais déjà vu…Et juste après tu lui fais bien comprendre que tu ne lui faisais pas confiance pour finir l’insulter !
- Depuis quand dire de quelqu’un qu’il est mercenaire est une insulte ? Calyst l’assumait bien, elle ! répliqua Eragon, un peu outré.
Arya lâcha un gros soupir, regardant le jardin par la fenêtre où ils étaient postés. La nuit tombait peu à peu et l'air se rafraîchissait de plus en plus ::
- Calyst, c’est Calyst ! Et tu ne pouvais pas le savoir, mais Amràn est un peu…spécial
Elle plongea son regard dans celui du dragonnier avant d’avouer :
-…mais malgré son caractère de serpent, lui et ses hommes sont des atouts indispensables, nous ne pouvons nous permettre de ne pas les engager !
- Spécial ? s’écria Eragon. Mais enfin, tu l’as entendu : Il m’a menacé publiquement sans peur de représailles !
- Même si je n’aurais sûrement pas réagi aussi brusquement, je te rappelle que tu lui avais manqué de respect et je me serais également défendue !
- Arya, il a tué un dragon ! s’exclama Eragon, dépassé.
Pourquoi la princesse s’acharnait-elle à le défendre ? Bien sûr, elle ne pouvait pas savoir qu’elle était en danger mais même sans cela, comment ne pas se méfier de cet homme dangereux et si sûr de lui ?
L’elfe croisa les bras et riposta aussi sec :
- Et toi, tout feu tout flamme que tu es, tu en as déduit qu’il était notre ennemi ?
- Et bien…
Quoi d’autre ? Le dragonnier ne saisissait pas bien où elle voulait en venir. Arya expliqua d’un ton patient, voyant que c’était le seul moyen d’obtenir l’attention d’Eragon, complètement agité.
- Amràn a du sang elfique dans les veines…
Le jeune homme resta abasourdi à cette nouvelle et sa réaction la fit légèrement sourire :
- Oh très peu, ça remonte à vraiment loin mais lui et sa famille peuvent vivre un peu plus longtemps que les mortels ! Il reste un humain malgré tout, dépourvu de magie et toujours prompt à s’enflammer…
- Elfe, murmura Eragon.
Il semblait si emporté, brutal même, mais en y réfléchissant, le jeune homme avait rarement vu un corps aussi bien sculpté à part chez les elfes. De plus, il ne semblait pas porter de blessures apparentes et sa peau était pâle et lisse comme celle d’un elfe.
- Quel rapport avec les dragons ?
- Il était là lors de la Grande Bataille contre les Parjures. Les circonstances restent mystérieuses mais il est bien l’auteur de la mort d’un dragon et de son Parjure !
- Ah…
« Ca ne change rien pour moi, intervint Saphira. Il reste un tueur de dragon… »
« Nous en serons peut-être aussi si nous devons tuer Murtagh et Thorn ou même le roi. »
La dragonne ne dit rien mais Arya poursuivit :
- Voilà ce que je te reproche ! On aurait dit que tu avais déjà ton idée toute faite sur lui lorsque tu l’as rencontré ! Et ça n’avait pas l’air d’être une très bonne image !
Eragon leva un regard chargé de tristesse vers l’elfe, surprise. Une fois encore, il venait de réaliser les dégâts que causait Gryffleyd. Dégâts irrémédiables semblait-il au vu de sa rencontre avec Amràn. Malgré la méfiance que lui inspirait cet homme, il ne se serait sans doute jamais conduit ainsi sans cette fichue prémonition.
« Ne remets pas tout sur le dos de cette arme, jugea Saphira. Amràn reste dangereux, surtout pour Arya. »
« C’est vrai qu’il est étrange et inquiétant mais je dois reconnaître qu’il est franc. Il ne s’est pas démonté lorsque tu es intervenue ! Même si je dois avouer qu’il m’effraie et qu’il est imprévisible, je ne pense pas qu’il nous cache quelque chose…Je le surveillerais quand même. Toujours est-il que Gryffleyd ne m’a pas vraiment aidé sur ce coup-là. »
Voyant Arya le surveiller du coin de l’œil, Eragon s’excusa :
- Je me suis comporté comme un idiot, pardon, dit-il en inclinant la tête. Mais tu avoueras qu’il est un peu intimidant !
La princesse sourit et haussa les épaules :
- Et encore, tu n’as pas tout vu !
Le dragonnier se lança subitement à l’eau :
- Je l’ai senti un peu moins à l’aise avec toi qu’avec Nasuada. Comment l’as-tu connu ? Est-ce qu’il aurait une raison d’en vouloir à ton peuple ?
Le visage de l’elfe s’assombrit subitement. Elle ouvrit la bouche pour répondre lorsqu’ils entendirent un cliquetis de métal et virent un soldat se précipiter dans le bureau de Nasuada. En tendant l’oreille, ils purent saisir quelques mots :
- Calyst la rôdeuse est aux portes de la ville et demande à être reçue par vous, Dame Nasuada. Elle apporte des nouvelles d’Uru’Baen !
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 8 Mai - 12:31

Le cœur d’Eragon fit un bond. Elle était enfin de retour ! Il regarda Arya qui sourit devant le rayonnement de joie émanant du dragonnier. Ce dernier pouvait enfin se l’avouer : il avait attendu son retour avec impatience car cela signifiait des nouvelles fraîches de son frère aîné. Avait-il eu raison de le défendre de toute son âme, jusqu’à se mettre à dos certains de ses proches amis comme Orik ? Alors qu’ils s’approchaient du bureau de la chef des Vardens, Amràn sortit rapidement et s’éloigna à grand pas, sans même les voir. Arya pénétra dans le bureau tandis qu’Eragon suivait le général du regard avant de s’engouffrer à la suite de l’elfe. Nasuada était prostrée à son bureau et se massait les yeux, visiblement contrariée. Elle leva les yeux vers les arrivants et sourit faiblement à Eragon :
- Il était temps qu’elle revienne ! Je me suis demandée si elle n’avait pas été découverte !
Eragon hocha la tête et Arya s’assit en silence. Quelques minutes s’écoulèrent puis un soldat ne frappe à la porte avant de s’effacer pour laisser passer la rôdeuse. Tous les trois eurent un choc : la jeune femme avait les traits tirés et le teint très pâle. Ses cheveux et son visage étaient couverts de poussières et elle avait les yeux rougis de fatigue, sans compter les égratignures sur ses bras. Un énorme félin ailé la suivait d’un pas lourd et semblait prêt à la rattraper à chaque instant. Sans un mot, Eragon lui avança une chaise afin qu’elle puisse s’asseoir. Calyst s’exécuta avec un regard de reconnaissance pour le dragonnier puis posa ses yeux sur Nasuada. Celle-ci semblait impatiente d’en savoir plus mais elle se retint et lui servit un verre d’eau. La rôdeuse le prit et le posa à terre. Devant leurs yeux ébahis, le fauve qui l’accompagnait se transforma en petit singe bleu dans un nuage bleuté. Il s’approcha du verre et plongea sa main dedans avant de la lécher pour boire l’eau retenue.
« - Ca alors, souffla Eragon, émerveillé.
Il s’apprêtait à demander la race de la créature mais Nasuada lui fit comprendre d’un regard que ce n’était pas le bon moment. Elle resservit un autre verre à la rôdeuse qui l’avala d’un trait. La jeune femme se passa alors la main sur le visage comme pour se réveiller et regarda Nasuada. Celle-ci demanda d’une voix douce :
- Tu as eu des ennuis ?
- Sur le retour, acquiesça la rôdeuse. Nous avons rencontré des Kulls mais Kean s’en est occupé sans trop de problème.
Kean…c’était sans doute le nom du fauve…ou du singe…Enfin de la créature. Calyst poursuivit d’une voix lasse :
- Pardonnez mon état, je souhaitais rentrer rapidement et je n’ai pas dormi depuis deux jours…
Le dragonnier l’observa. Même si elle avait toujours ce petit côté désinvolte, la jeune femme semblait différente, voire soucieuse. Nasuada écarta ses excuses d’un geste :
- Ne t’en fais pas...Je suis soulagée que tu n’ais rien ! Dis-moi quand tu seras prête et nous commencerons…
- Il n’y a pas de problème, assura Calyst. Vous pouvez y aller !
Remarquant alors l’impatience du dragonnier, la rôdeuse se tourna vers lui et le rassura d’une voix douce :
- Murtagh va bien et il espère que c’est également ton cas ! Tu dois aussi savoir que ton frère m’a sauvé la vie. En disant cela, j’espère dissiper tous tes doutes sur la personne à qui va sa loyauté !
Eragon et Nasuada ne purent retenir un soupir de soulagement et un mince sourire étira les lèvres d’Arya. Le dragonnier regarda Calyst. Elle s’était dépêchée de rentrer au péril de sa vie et ne l’avait pas longtemps fait languir pour lui annoncer ce qu’il mourait de savoir depuis de longues semaines. Il ne put s’empêcher de demander avec un air moqueur :
- Tu es vraiment Calyst ? Je veux dire…Tu as l’air un peu différente !
- J’ai appris beaucoup de chose, répondit la jeune fille en souriant tristement. Crois bien que j’espère pouvoir aider ton frère et son dragon !
Le jeune homme fronça les sourcils, surpris, mais Saphira proposa :
« Laisse-la continuer et nous l’interrogerons ensuite ! »
« Tu as raison. Elle a vraiment l’air épuisé ! »
Arya demanda :
- Qu’as-tu appris sur le troisième œuf ?
- Il est dans la salle du trône, sous bonne garde. Galbatorix y est pratiquement tout le temps, mais en fin de journée, il s’éclipse pour quelque minutes. C’est court mais c’est votre meilleure chance…ajouta-t‘elle devant leurs airs déconfit.
- Comment y entrer sans trop de problème ? reprit l’elfe.
- Je me suis fait passer pour une servante et je n’ai pas eu trop de problème. En revanche, si vous êtes plus nombreux, une trappe donne sur un petit couloir qui débouche dans la salle du trône. Mais la trappe est dans l’abri du dragon, il faudra y entrer lorsque Shruikan sera absent…
Le silence s’installa. Les informations, bien que consistantes, ne laissaient que très peu de chance au voleur d’œuf, si un homme était assez fou pour s’y risquer. Devant leurs mines abattues, Calyst se redressa et dit d’une voix enjouée :
- Bon, les choses positives maintenant. J’ai pu parler à Thorn et Murtagh. Je peux jurer qu’ils obéissent aux ordres du roi contre leur volonté, ce qui est une bonne nouvelle. Si jamais vous arrivez à les libérer de leurs serments, ils se rallieront à vous, sans aucune hésitation et chercheront à tuer le roi eux-mêmes, j’en suis persuadée.
Les paroles de la rôdeuse s’insinuèrent comme du miel dans l’esprit du dragonnier. Toutes les fois où il avait défendu son frère…Pour une fois, le poids qu’il avait sur la conscience s’allégeait, de tel sorte qu’il n’en éprouvait plus aucun remords. Plutôt une sorte de fierté. Savoir que son frère s’opposait, même très légèrement au roi, le remplissait de joie. Le visage de Nasuada s’était également éclairé brièvement avant qu’elle ne demande :
- Y a-t’il un moyen de les aider ?
Calyst haussa les épaules :
- Thorn m’a révélé la nature de leurs serments et la prochaine fois qu’Eragon les rencontrera, ils n’auront pas le choix, j’en suis désolée. De même qu’ils doivent protéger l’œuf donc il faudra être sur vos gardes. Si vous voulez les aider, je pense que c’est du côté des serments en ancien langage, quels qu’ils soient, qu’il faudra chercher…
- Je trouverais, jura Eragon, revigoré depuis ses révélations.
La rôdeuse sourit tristement et murmura pour elle-même :
- Je l’espère de tout mon cœur…
Nasuada et Arya lui jetèrent un regard, surprises, mais elles reprirent contenance. Nasuada déclara :
- Très bien. Eragon, Arya si vous n’avez plus de questions, vous pouvez partir. Nous creuserons toutes ces informations demain. Calyst, veux-tu rester un instant ? J’ai à te parler…
Cette dernière hocha la tête et Arya sortit, suivi d’Eragon qui lança un regard reconnaissant à la rôdeuse. Elle l’avait véritablement sorti des ténèbres et il était plus impatient que jamais de retourner à Ellesméra. Il avait des questions à poser à Maître Oromis. Une fois dehors, il s’immobilisa et attendit. Arya se retourna :
- Qu’est-ce que tu fais ?
- Je voudrais avoir des nouvelles de Murtagh. Des vraies, je veux dire…
Involontairement, sa voix se brisa. Il ne pouvait le nier, le jeune homme se doutait de ce que devait subir son aîné et il en voulait la confirmation par la rôdeuse. L’elfe se rapprocha et lui caressa furtivement la joue :
- Je comprends, Eragon.
Elle s’éloigna aussi soudainement, légère et aérienne, en le saluant de la main. Eragon la regarda en souriant, envahi d’un sentiment intense, le feu dévorant l’endroit touché par l’elfe. Quelques minutes plus tard, la rôdeuse sortit du bureau, accompagnée du singe retransformé en fauve pour l’occasion et de Nasuada, l’air impénétrable :
- Ah, Eragon ! Peux-tu trouver une chambre pour Calyst ?
- Bien sûr ! assura le concerné. Je ferais en sorte qu’elle ait ce qu’elle veut !
- Merci, dit simplement la rôdeuse.
Nasuada la regarda puis les salua et retourna dans son bureau en silence.
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 8 Mai - 12:32

Les deux jeunes gens marchèrent en silence à travers les couloirs de Borromeo. La rôdeuse semblait réellement épuisée et ne prêtait pas attention à l’environnement ambiant. Eragon s’en voulut pour ce qu’il allait faire mais il devait savoir.
- Saphira et moi…Nous aimerions savoir ce qui s’est réellement passé là-bas…
- Où est-elle ?
- En bas dans le jardin.
Calyst descendit donc les marches une par une et suivit Kean qui pénétrait dans le jardin. L’air frais lui redonna quelques couleurs nota Eragon mais il avait rarement vu quelqu’un d’aussi affaibli et cela l’inquiétait. On aurait dit que la jeune fille semblait atteint d’un mal étrange qui la vidait de son énergie. Ils rejoignirent tous les deux la dragonne qui s’était allongée sur la terre à nue. Eragon eut une pensée pour le roi Orrin. Le pauvre avait mis tellement d’ardeur pour bâtir ce paradis verdoyant, bravant la chaleur torride. Saphira accueillit la rôdeuse avec chaleur en touchant sa joue du museau. Calyst esquissa un vague sourire et pendant un instant, le dragonnier crut qu’elle allait pleurer. Mais la jeune femme se reprit et s’assit face à la dragonne, en s’adossant au félin qui s’était également allongé :
- Que vouliez-vous savoir ?
« Demande-lui si elle va bien d’abord ! On dirait que ce n’est pas le cas ! » fit Saphira.
« Tu as raison…Peut-être que Galbatorix lui a fait quelque chose… »
« Elle n’a pas été découverte pourtant ! »
- Saphira voudrait savoir si tu vas bien ! dit Eragon, en gardant un œil sur la jeune fille.
Cette dernière soupira avant d’avouer :
- J’ai connu mieux…C’est juste que…Il faut que je rentre chez moi. Je dois retourner dans mon clan, c’est tout !
Le jeune homme la fixa avant de poursuivre :
- Comment va Murtagh ? Je veux savoir ce qui s’est passé pour lui lorsqu’il m’a sauvé…
Calyst grimaça et marqua une pause avant de commencer son récit d’une voix mélancolique.

« - A notre première rencontre, disons que (la rôdeuse fit mine de réfléchir)…Euh…ça ne s’est pas vraiment passé comme prévu !
« C’est le moins qu’on puisse dire ! » fit Kean.
Elle hésita mais devant le regard suppliant du dragonnier, elle poursuivit, gênée :
- En fait, on s’est rentré dedans !
- Quoi ? s’étrangla Eragon.
Une sorte de rire monta dans la gorge de Saphira :
« Elle a bien dit ce que j’ai entendu ?»
Calyst fronça les sourcils :
- Bon ben, ça va ! Je l’avais pas vu arriver, d’accord ?
Elle fusilla Eragon du regard qui se retenait d’éclater de rire. Il imaginait plutôt bien la rencontre entre ces deux-là et ce qui s’était ensuivit. Il se mordit la lèvre et demanda :
- Bref ?
- Bref…on s’est un peu hurlé dessus, entre autre parce que j’ignorais qui il était ! Enfin, on était un peu mal parti et puis Thorn, que j’avais rencontré avant, est intervenu et l’a convaincu de ne pas me donner au roi !
Kean poussa un grognement :
« Tu l’as persuadée toute seule ! »
- Et puis ensuite, nous n’avons fait que nous croiser pendant plusieurs jours et on s’ignorait, tout simplement.
Eragon se gratta le menton, songeur :
- Connaissant le caractère méfiant et secret de Murtagh, j’ai du mal à croire qu’il t’ait fait confiance immédiatement !
- Ce n’était pas le cas, on s’est souvent disputé, assura la rôdeuse. Et je pense que ça ne l’est toujours pas, surtout après ce que j’ai fait…
Le dragonnier la regarda, inquiet. Elle avait murmuré ses derniers mots mais il les avait clairement entendu. Qu’avait-elle bien pu faire ? Quelque chose qui la rongeait visiblement car son regard s’était empli de tristesse. Elle secoua subitement la tête, faisant voler la poussière de ses cheveux noirs.
- Tu voulais savoir ce qui est arrivé à ton frère ? Je vais te le dire mais pour une seule et bonne raison : j’espère de tout mon cœur qu’ainsi, sa libération deviendra ta priorité ! prononça lentement la jeune femme.
- Que veux-tu dire ? demanda le jeune homme, inquiet.
- Je n’ai fait aucun pacte avec lui mais je suis persuadée qu’il ne voudrait pas que j’ébruite cet acte ! Jure-moi que tu ne diras rien !
Calyst fixait le jeune homme avec intensité, sans même s’en rendre compte. On aurait dit qu’un nouveau feu l’animait et faisait vibrer chaque particule de son corps, bien qu’elle restât impassible.
- Je te le jure, promit le jeune homme en ancien langage. Et je te jure de tout faire pour le libérer de l’emprise de ce maudit tyran !
Lui aussi avait eu affaire à l’orgueil de Murtagh, ils s’étaient même battus à cause de ça. Le secret qu’il allait bientôt apprendre, il le garderait au plus profond de son âme, pour son frère. Calyst inspira :
- Un jour, j’ai eu une opportunité pour pénétrer dans la salle du trône sans que le roi ne soit présent. J’y suis allée mais je me suis fait surprendre par Galbatorix.
La rôdeuse ne laissait paraître aucun sentiment mais Eragon se doutait que ça n’avait pas du être une partie plaisir.
- Je n’ai rien dit bien sûr, mais il m’a posé des questions…
« Il n’a pas du faire que ça ! » , rugit Saphira, jusque-là silencieuse.
Eragon approuva, la gorge serrée et dévisagea la rôdeuse, pris de compassion. Elle semblait si détachée qu’on ne pouvait se douter des épreuves qu’elle avait dut traversées. Si jeune…tout comme lui et Murtagh…Ainsi que Nasuada. A bien réfléchir, ceux qui avaient les clés de cette guerre n’avaient guère plus de la vingtaine. Il se concentra sur Calyst qui continuait son récit :
- Et au moment où il allait user de la magie sur moi, Murtagh est arrivé. Moi, je croyais que qu’il m’avait trahi, c’était lui qui m’avait donné l’information pour m’introduire dans la pièce.
Elle se tut mais c’était l’évidence même pour Eragon :
- Ce n’était pas lui, hein ? demanda-t’il avec une note d’espoir.
Calyst sourit tristement avant de secouer la tête :
- En effet, je m’étais trompée. Ton frère, malgré tous ses défauts, n’a pas l’âme d’un traître…
« Je le savais ! » lâcha le dragonnier dans un souffle.
« Je suis contente pour toi. Je m’en doutais, tu sais ! Un dragon reflète l’âme de son dragonnier et on peut en apprendre beaucoup ainsi ! », dit Saphira.
« Ca veut dire que je suis taquin et sûr de moi ? » l’asticota son ami en souriant.
« Mufle ! »
Eragon se retourna vers Calyst qui contemplait l’arbuste près d’eux, en caressant distraitement son félin.
- Comment vous vous en êtes sorti ?
- Il a pris le gros de la punition sur lui. Il a inventé une excuse et le roi l’a emmené dans une autre pièce. Lorsqu’il est revenu, il avait…
Elle se toucha le ventre et planta son regard clair dans celui du jeune homme :
- Murtagh s’était fait brûler à l’huile de Seithr. Tu sais ce que c’est, j’imagine…
- En effet, murmura-t’il.
« La même que pour Garrow… »
Il avait vu les dégâts occasionnés par ce liquide et serra les poings à s’en blanchir les doigts, tout en tentant de ravaler la colère qui l’envahissait.
- Encore une chose que tu dois savoir…Il se fait battre et humilier tous les jours. Si tu n’aides pas ton frère, sache que moi, je n’hésiterais pas à revenir, même de l’enfer, pour te faire tenir ta promesse ! menaça la rôdeuse.
- Tu n’auras pas à le faire, rassura Eragon, je ne le laisserais pas croupir là-bas une seconde de plus !
Saphira grogna pour montrer son approbation. Calyst se contenta d’un mince sourire et se leva.
- Que vas-tu faire alors ?
- Retourner finir ma formation chez Maître Oromis. Ainsi, j’acquérais la puissance supplémentaire et peut-être des réponses à nos questions !
- C’est bien…acquiesça simplement la jeune fille.
« Que compte-t’elle faire au sujet de Murtagh ? demanda la dragonne. Elle a l’air de vouloir le tirer elle-même d’Uru’baen ! Ce qui peut être très dangereux ! »
« Tu as raison ! »
Le dragonnier traduit la question de son amie et, à sa grande surprise, le visage de la concernée s’assombrit :
- Je vais tout d’abord aller me reposer. Puis, on a envoyé quelqu’un de mon clan venir me chercher et me ramener alors je partirais dès demain. Nous nous reverrons sûrement…Une grande guerre se prépare et je doute que mon père reste neutre.
- Te chercher ? demanda Eragon, étonné. Pourquoi ne pas rentrer seule ? Tu es plutôt bien accompagnée avec ton fauve et tu sais te défendre.
- Nous sommes des itinérants, répondit Calyst en souriant. Mon clan vit sur un navire qui se déplace tout le temps. Nous ne sommes jamais au même endroit, c’est pourquoi j’ai besoin d’un guide.
« Un navire ? Mais combien sont-ils donc dans ce clan ? » questionna Saphira.
Eragon était aussi stupéfait que sa dragonne. Il n’avait jamais imaginé une chose pareille.
- Combien êtes-vous dans ta famille ? Et pourquoi un bateau ?
La jeune fille haussa les épaules :
- Nous somme plus d’une cinquantaine mais c’est un très grand navire. Peut-être le verras-tu un jour…Pourquoi une telle embarcation ? C’est une bonne question mais c’est ainsi depuis des siècles. Je crois que nous cherchons à échapper à quelque chose ou quelqu’un mais j’ignore quoi…Et je ne pense pas qu’on me le dira un jour !
Calyst s’étira en gémissant, visiblement éreintée. Kean se leva en s’ébrouant, mettant fin à la conversation :
« Partons, gamine ! Avant qu’il ne te pose trop de question… »
« Très bien… »
Elle se tourna vers le dragonnier et inclina la tête.
- Ne te dérange pas, je vais demander à quelqu’un de m’indiquer ma chambre. Je te souhaite bonne chance pour la suite, dragonnier. Puissent les dieux t’être favorable et si jamais tu as besoin d’aide pour ton frère et son dragon, n’hésite pas !
Eragon sourit :
- Serait-il devenu un ami pour toi ?
La jeune femme nia doucement :
- Non, je ne me lie pas facilement. Mais, ne lui répète jamais sinon il me tuerait, je n’envie pas sa situation et je lui dois une vie !
« Nous comprenons, rôdeuse », assura Saphira en s’adressant directement à l’interpellée.
Tous la regardèrent, surpris, avant que Calyst ne réponde en souriant :
- Tu as une jolie voix, Saphira.
Elle les salua et tourna les talons. La dragonne inclina alors doucement la tête avant de regarder la rôdeuse et son fauve qui s’éloignaient. Eragon demanda :
« Pourquoi l’avoir fait ? »
« Par respect pour elle. Elle le méritait et puis Thorn l’a gratifié de cet honneur également ! Je pense que nous lui devons beaucoup ! »
« Oui… »
La rôdeuse avait apporté un peu de lumière dans son cœur en lui apprenant que son frère n’était pas un traître. Un poids s’était enlevé et les doutes avaient disparu, emmenant avec eux la peur et les remords. Oui, heureusement qu’elle était revenue. Il pouvait désormais partir pour Ellesméra sans se retourner et se concentrer uniquement sur son entrevue avec Oromis et son futur entraînement.

Calyst arpenta les couloirs avant de découvrir la chambre qu’on lui avait réservé. Elle était plutôt douillette et bien éclairée avec le soleil venant du sud, un tapis blanc pelucheux reposait sur le sol de même que des oreillers aux couleurs du soleil. La jeune femme s’approcha du lit sans un mot et s’y assit en soupirant. Kean s’approcha et posa une grosse patte poilue sur le bras de son amie.
« Ca va aller… »
« Il faut que je rentre le plus tôt possible ! »
« Repose-toi avant sinon tu ne pourras pas faire grand chose ! »
Calyst hocha la tête et s’approcha de la bassine d’eau posé sur le rebord de la fenêtre lorsqu’on frappa à la porte. La jeune femme alla ouvrir et elle pâlit instantanément avant de froncer les sourcils :
- Tu as été rapide…
- Tu as mauvaise mine ! », déclara une voix grave.
La jeune femme ne put retenir un soupir d’agacement.

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Ven 9 Mai - 11:26

CHAPITRE 13 : L’embuscade



Du haut de la falaise, Murtagh regardait le village dévasté en contre-bas, qui brûlait sous ses yeux. Des cris s’échappaient des maisons incendiées, des cadavres jonchaient le sol et le sang qui en coulait formait des ruisselets rougeâtres à travers les sillons de terre. Une femme s’agrippa subitement à l’une de ses bottes. Visiblement, elle s’était traînée jusqu’à lui avec difficulté, escaladant la falaise, malgré ses multiples blessures :
« - Pitié ! Je vous en prie… »
Le dragonnier ne put retenir un haut-le-cœur en voyant son propre bras s’élever avant d’abattre la lame de Zar’roc et ainsi faire gicler le sang. La paysanne s’effondra dans un bruit sourd, le haut du corps tranché en deux. Le jeune homme lui jeta un vague regard sans la voir avant de s’éloigner en titubant. Ce village sentait le souffre, la chair carbonisée et tous ces hurlements qui lui parvenaient aux oreilles lui donnaient mal à la tête. Il rejoignit son dragon qui était allongé sous un arbre, à l’orée d’une forêt. Ce dernier releva la tête en le voyant arriver et grogna doucement, cherchant à attirer son attention. Mais son ami le dépassa avant de s’appuyer contre l’arbre pour vomir. Thorn le laissa déverser ainsi sa bile quelques minutes avant de demander, inquiet :
« Ca va aller ? »
« Assez… » répondit Murtagh en crachant.
Il s’essuya la bouche du revers de sa tunique avant de s’approcher de son dragon.
« J’en ai assez… »
Le jeune homme tourna la tête vers le village. La lueur, émise par les flammes, contrastait avec la noirceur de cette nuit sans lune.
« Sans lune et sans étoile…Notre honte est ainsi dissimulée aux yeux de tous par les ténèbres. » songea-t’il.
Il s’adossa contre son ami ailé et ferma les yeux, tentant d’ignorer les cris qui lui parvenait aux oreilles. Dieu, qu’il haïssait cette situation ! Le roi l’avait fait mander trois jours auparavant et en croisant son regard, Murtagh avait immédiatement su que ce serait une mauvaise journée.

« - Ah, te voilà ! Où étais-tu ?
Sa voix glaciale le fit frissonner mais heureusement pour lui, le dragonnier avait appris à se contenir.
- Avec le maître d’arme…répondit le jeune homme d’une voix lasse.
- Monseigneur ! acheva Galbatorix d’une voix vibrante de colère. Je croyais t’avoir enseigné la politesse, mon garçon, mais tu es borné !
- Monseigneur. Répéta Murtagh en le défiant du regard.
« Bonhomme… » intima Thorn qui observait la scène.
Mais le dragonnier n’eut guère le temps de s’excuser. Lorsqu’il ouvrit la bouche, il sentit les mots se bloquer au fond de sa gorge. Il porta la main à son cou, asphyxié et croisa les yeux narquois du roi, qui le regardait impassible. L’air lui manquait de plus en plus et le jeune homme tomba à genoux, devant Galbatorix. Il éclata d’un rire rauque et sans vie.
- Allons Murtagh, excuse-toi et ton calvaire prendra fin !
« Jamais… » pensa ce dernier, crispé.
Mais sa vue se troublait et peu à peu, sa conscience commençait à s’ankyloser.
« Murtagh ! » entendit-il avant de sombrer.
Mais soudain la pression se relâcha aussi subitement qu’elle était arrivée. Le dragonnier s’effondra, haletant, et se massa la gorge. Galbatorix soupira :
- Je ne sais pas ce qui t’arrive en ce moment, mais tu ferais bien d’abandonner cette attitude de faux rebelle face à moi ou il t’en coûtera ! Est-ce clair ?
- Oui Monseigneur, répondit Murtagh en toussant.
Malgré l’énergie que lui envoyait Thorn, il peinait à se remettre car l’attaque avait été brusque et d’une rare intensité. Il se remit debout en tremblant et attendit la suite qui ne tarda pas :
- Sais-tu où se trouve le village d’Himelàn ?
- Oui. Sur l’île d’Illium, répondit le jeune homme, redoutant la suite.
- Bien, se moqua Galbatorix. Je vois que tu ne perds pas tes journées ! En effet, c’est là-bas ! Tu vas prendre une trentaine de soldat et tu vas t’y rendre…
L’esprit de Murtagh s’accéléra subitement. Depuis les Plaines Brûlantes et le meurtre du roi des nains, le roi l’avait relativement laissé en paix. Mais le temps de la tranquillité semblait révolu.
- Sauf votre respect, qu’ont-ils bien pu faire pour vous déplaire ?
- Il te faut une raison maintenant ? Tu n’as pas cherché plus loin lorsque je t’ai demandé de tuer Hrothgar, me semble-t’il.
Le jeune homme serra les poings, sentant la colère dévorer tout son être. Ordonné était sûrement un terme plus juste. Mais le roi poursuivit :
- Ils ont des informations qui m’intéressent ! Tu prendras Derkin avec toi, il les interrogera !
Murtagh ne put retenir une grimace. Derkin était le bourreau du roi mais également son bras droit. Galbatorix ne faisait confiance à personne et surtout pas à son nouveau dragonnier mais Derkin, c’était une autre affaire. Ils partageaient le même goût pour la torture et la souffrance et lorsque le bras du roi fatiguait pendant les séances de torture, Derkin se faisait une joie de le remplacer. Le dragonnier lui devait d’ailleurs plusieurs cicatrices. Le roi lui fit alors jurer en ancien langage de détruire Himelàn et ses habitants sans aucune exception, information ou pas, ce qui ne se fit pas sans quelques menaces, notamment contre Thorn et Murtagh se vit contraint d’obéir. Le jeune homme s’était alors envolé avec d’une trentaine d’homme, le bourreau à leur tête.

Et voilà, c’était fait. Himelàn et ses habitants étaient définitivement rayés de la carte. Tout ça pour quelques informations…La folie du roi grandissait chaque jour un peu plus, sans parler de celle de Shruikan. Un soir, Murtagh avait retrouvé Thorn ensanglanté. Des marques de crocs et de morsures parsemaient le corps de son ami qui respirait difficilement. Après l’avoir soigné, le dragon rubis avoua que Shruikan avait été pris d’un accès de violence et qu’il avait voulu descendre dans les couloirs du château. Thorn s’était alors interposé car si le dragon descendait, dans son état, il y aurait eu des morts et des dégâts. Le jeune homme soupira et se leva rapidement lorsqu’il entendit des pas approcher. Derkin se planta alors devant lui, le fixant de ses yeux noirs. Il était immense et bossu, sans compter les multiples cicatrices qui striait son visage. Sa chevelure blonde était sale, couverte de poussière et son œil unique se dardait sur chaque chose en mouvement.
- Que fais-tu ici Parjure ? Tu ne participes pas à la fête ? croassa le bourreau avec une grimace.
Ce dernier haussa les épaules :
- Quelle joie pourrais-je bien tirer d’un tel spectacle ? Des femmes et des enfants brûlés, des hommes égorgés… Quelle vision splendide !
Derkin le fixa méchamment :
- Surveille tes paroles, ce sont les ordres du roi ! Les contesterais-tu ?
- C’est un crime ?
- C’est dangereux !
L’homme s’approcha en boitant et lui saisit le bras en serrant fortement :
- C’est quelque chose qui me dépasse ! Pourquoi le roi te garde-t’il près de lui ? Il aurait mieux fait de se débarrasser de toi, tu n’es pas comme ton père visiblement !
« Encore heureux ! » songea le dragonnier.
Se sentant d’une humeur massacrante, le jeune homme renchérit :
- On dirait que tu es jaloux Derkin, je me trompe ? Le roi t’accorde pourtant sa confiance contrairement à moi !
Le concerné lui jeta un regard mauvais avant de cracher au sol et de s’éloigner en maugréant.
« Tu t’es encore fait un ami, on dirait, » ricana Thorn.
« Des amis comme ça, je m’en passe, répliqua Murtagh. Je n’ai besoin de personne… »
Son dragon grogna tristement et Murtagh eut un sourire d’excuse, avant de s’asseoir, adossé à son dragon.
« Sauf toi, je veux dire ! Pardonne-moi… »
« Ce n’est pas grave, le rassura son ami. Je sais que tu ne vas pas bien en ce moment mais tu devrais en par… »
« Je vais très bien Thorn, d’accord ? » le coupa brusquement le jeune homme.
Son ton s’était durci et ses yeux s’assombrirent brusquement. Il voulut se lever mais la queue du dragon rouge le cloua au sol et il se retrouva bientôt immobilisé.
« Lâche-moi ! » fit Murtagh en se débattant.
« Non, répondit l’animal d’une voix douce. Tu vas m’écouter avant… »
« Je ne veux pas t’écouter ! » cria mentalement le jeune homme.
Sa voix suppliante brisa le cœur de son dragon mais il devait le faire.
« Depuis qu’elle est partie, tu te traînes, tu n’as plus goût à rien et cette attitude ne te vaut que des ennuis ! Reprends-toi ! »
« Ca n’a aucun rapport avec elle ! », bougonna Murtagh en baissant les yeux.
« Mais bien sûr, railla son dragon. Calyst est partie maintenant. Passe à autre chose ! »
Le jeune homme se tut avant de murmurer :
« Elle avait promis… »
« Comment ? »
« Un jour, avoua le dragonnier, on s’est retrouvé dans ton abri mais tu étais parti voler. Alors on a un peu discuté et elle a promis… »
Mais il n’acheva pas la fin de sa phrase au grand dam de son dragon.
« Elle t’a promis quoi ? »
« Rien d’important, riposta Murtagh d’une voix lourde. Mais j’ai eu tort d’y croire, ne serait-ce qu’un petit peu…»
Son dragon soupira. L’abattement de son ami le laissait désespéré. Déjà, avant que la rôdeuse n’arrive, il n’était pas dans un état brillant mais son départ l’avait touché plus qu’il ne le laissait paraître. Lorsqu’il avait appris la fuite de la jeune fille, il était resté impassible et s’était contenté d’hausser les épaules en lui souhaitant un bon retour parmi les siens. Et puis au fil des jours, Murtagh s’était renfermé sur lui-même, devenant morose et ne parlant guère plus qu’à son dragon.
« Tu ne croyais tout de même pas qu’elle allait rester à Uru’baen toute sa vie ? » demanda celui-ci.
« Bien sûr que non, s’énerva le dragonnier. »
« Et tu sais pourquoi elle est partie si vite… »
« Mais elle aurait pu… »
« Dire au revoir ? » l’interrompit Thorn.
L’animal émit un grognement qui ressemblait à un rire :
« Ni toi, ni elle n’aimez ça, avoue ! Vous vous seriez regardés, gênés et rougissants avant de marmonner un vague salut ! Elle a bien fait de vous épargner cette terrible épreuve ! » dit-il en accentuant ses derniers mots.
Son ami grommela et détourna la tête pour se plonger dans la contemplation de la forêt verdoyante qui s’étendait devant eux. Un silence s’installa qu’aucun d’eux ne voulut briser. Soudain, le dragon sentit un effleurement sur sa queue et vit son ami le caresser distraitement. Il approcha son museau du jeune homme brun et lui donna un petit coup sur la joue pour lui montrer son soutien. Ce dernier sourit vaguement avant de se blottir plus profondément contre la créature.
« Calyst a du avertir Eragon, maintenant, c’est pourquoi elle devait partir si vite. L’aide ne devrait plus tarder, désormais, il n’y a plus qu’attendre… »
« Attendre, je déteste ce mot, surtout lorsque je suis impuissant ! » lâcha Murtagh dans un demi-sourire.
« Oui, ce n’est pas ce qui te caractérise le plus, rit le dragon. Mais je suis là, moi ! »
« Heureusement… » répondit le jeune homme en accentuant ses caresses.
Le dragon ronronna et ne put s’empêcher de penser à Saphira. Lorsque Murtagh lui avait parlé d’elle et d’Eragon puis lors de leur rencontre, il avait follement envié la relation qu’elle entretenait avec son dragonnier. Mais depuis quelque temps, ce n’était plus le cas. Murtagh devenait chaque jour de plus en plus ouvert et lui-même, en tant que jeune dragon, parvenait à comprendre les sentiments complexes des humains, et plus particulièrement ceux de son ami. Cela le réjouissait et il n’avait plus qu’une envie : être vite délivré de l’emprise du roi afin de découvrir ce qu’était une vraie vie, sans meurtre ni torture, seuls points d’ombre au tableau. Un soldat s’approcha craintivement de l’animal et s’inclina devant le dragonnier :
- Nous partons, Seigneur Murtagh !
- Très bien, soupira l’interpellé.
La queue écarlate qui le maintenait au sol s’éleva dans les airs, permettant au jeune homme de se lever. Celui-ci s’exécuta avec lenteur et harnacha Thorn avant de grimper.
« Allons-y ! »
Le dragon se ramassa sur lui-même puis décolla dans un nuage de poussière, suivant soldats à partir du ciel.
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Ven 9 Mai - 11:26

Le jeune homme soupira. Ca ne faisait que quelques minutes qu’ils volaient mais le vent cinglant le faisait frissonner, ce qui n’était pas très agréable. Sur la terre ferme, les soldats avançaient lentement, longeant les falaises charpentés. De l’autre côté de leurs rangs, les arbres de la forêt s’agitaient sous la bise. Cette dernière se faisait de plus en plus mordante et Murtagh demanda :
« Thorn, tu peux descendre ? Il fait si froid que je pourrais me transformer en glaçon.»
« Ah bon ? Je ne sens rien moi, » se moqua le dragon.
« Très drôle », grogna son ami.
Le dragon s’exécuta et effectua un léger piqué avant de se retrouver à hauteur des soldats. Certains levèrent la tête, craintivement, mais Derkin aboya pour les rappeler à l’ordre. Personne ne parlait et le silence était seulement troublé par les cliquetis des armures. Soudain, Thorn s’agita. Inquiet, Murtagh demanda :
« Qu’est-ce qui t’arrive ? »
Le dragon leva la tête et renifla :
« Il y a quelque chose de bizarre. Je sens une drôle d’odeur… »
« De quoi ? »
« De mort ! »
Le jeune homme scruta les alentours, anxieux :
« Remonte Thorn, ne prenons pas de risque ! »
« Très bi… »
Le dragon n’eut même pas le temps d’achever la phrase qu’un formidable cri retentit, surgissant de la forêt. Les soldats se figèrent et Murtagh tourna la tête vers la direction du hurlement. Soudain, il sentit que Thorn était brutalement plaqué au sol et le jeune homme tomba à terre avant de grimacer sous la douleur. Le dragon rouge laissa échapper un rugissement qui mêlait étonnement et souffrance avant de se débattre furieusement. A demi assommé, Murtagh vit à peine ce qui se passait autour de lui. Des silhouettes sombres avaient surgi de la forêt, se jetant sur les hommes de Derkin en hurlant. Les flèches et les lances volaient dans tous les sens et les épées se heurtaient avec fracas. Le bourreau hurlait des ordres incompréhensibles car les cris des adversaires couvraient sa voix et il se mit à dégainer sa hache et son épée avant de frapper les assaillants avec rage.
« Murtagh ! »
La peur de son ami réveilla le jeune homme qui secoua la tête avant de sortir son arme. Il chercha son dragon du regard et évita de peu une lame qui s’abattait violemment sur lui. L’homme qui venait de l’agresser le regarda et Murtagh le fixa dans le blanc des yeux. Il était brun aux cheveux longs et très mat de peau, sans compter ses yeux sombres. Mais ce qui fascinait le jeune homme, c’était les tatouages de son visage. Des lignes, des ronds des symboles couraient sur ses joues et autour de ses yeux, ce qui lui donnaient un aspect mystique et effrayant. Il lâcha un hurlement et se jeta sur le dragonnier qui réagit rapidement :
« Brisingr ! »
L’homme s’enflamma brusquement et roula à terre en poussant d’horribles cris de souffrance. Mais le jeune homme ne s’attarda pas et se fraya un chemin à travers la bataille, distribuant des coups de part et d’autre avant d’atteindre son dragon. L’imposant animal était ligoté à terre, ses pattes et son museau liés par des cordages épais. Des hommes s’affairaient autour de lui, resserrant les filins, faisant gémir de douleur le dragon qui tentait en vain de se débattre. Mais les cordes qui le ligotaient étaient profondément enfoncés dans la terre par des pieux. Sentant sa colère augmenter à la vue de son ami prisonnier, Murtagh se débarrassa des trois hommes qui s’approchait de lui, menaçant :
« Naggz reisa ! »
Ils levitèrent et par un mouvement de la main, le dragonnier les envoya par-dessus la falaise, les laissant s’écraser contre les rochers bordant l’océan. Murtagh s’approcha alors de son dragon et commença à couper les liens :
« Thorn, qu’est-ce qui t’arrive ? Pourquoi tu ne te débats pas ? »
« Ces cordes…Je me sens faible… », murmura le dragon qui clignait des yeux pour rester éveillé.
La peur laissa la place à l’inquiétude et le jeune homme sentit la faiblesse de son ami ailé l’atteindre de plein fouet.
« Qu’est-ce que c’est que ça ? »
« Fais attention, Murtagh ! Je sens de la magie par ici… »
« Un sorcier ? »
Le dragonnier se retourna et tenta d’apercevoir un magicien qui se démarquerait de leurs attaquants. C’est alors qu’il avisa une silhouette qui se tenait en retrait, à l’orée de la forêt. Celle-ci était tournée dans sa direction et l’observait sans bouger, les bras croisés sur sa poitrine. Murtagh jeta un coup d’œil à sa troupe. Les soldats étaient poussés au bord des falaises par leurs assaillants qui les obligeaient à sauter dans le vide pour rejoindre les abysses de l’océan Varäm qui s’étendait sous leurs pieds. Derkin ne semblait pas s’en rendre compte car il était trop occupé à assouvir sa soif de sang. Ses yeux brillaient d’une joie sadique et malgré son handicap, il faisait tomber un à un tous ses adversaires. Le jeune homme se reconcentra sur son ouvrage.
« Je n’arrive pas à trancher ces maudits liens ! » cria-t’il, dépité.
« Attention ! » l’avertit son dragon.
Le jeune homme fit volte-face et se vit encerclé par des assaillants qu’il compta mentalement :
« Une vingtaine… » résuma-t’il, désespéré.
Sans son dragon et sans son énergie magique qui diminuait de plus en plus vite, le jeune homme sentit que sa vie allait peut-être s’achever ici. Trois d’entre eux se jetèrent sur lui, levant leur lance en direction de son torse mais le dragonnier les stoppa d’un geste :
« Tromba Deloi »
La terre se mua alors en une énorme colline qui fit office de bouclier et les flèches se perdirent dans le monticule formé par magie. La vue de Murtagh se troubla un bref instant, lorsqu’une douleur lancinante lui traversa les côtes. Il étouffa un cri avant de baisser les yeux sur l’endroit atteint. Le rugissement de son dragon lui vrilla la tête et il toucha son abdomen. Une épée lui traversait le ventre et du sang s’écoulait abondamment de la blessure. Le dragonnier regarda sa main rougeâtre, hébété avant de comprendre ce qui venait de se passer. Il tomba alors à genoux devant ses assaillants, qui laissèrent apparaître une expression de surprise avant d’aborder un air triomphant. Le jeune homme rampa avec difficulté vers son dragon et laissa sa main sur le museau de son ami, haletant :
« On dirait bien que c’est la fin… »
« Murtagh ! » hurlait son dragon, paniqué.
Thorn hurlait et se débattait avec l’énergie du désespoir, labourant la terre nue de ses griffes. Le jeune homme jeta un vague coup d’œil à ses assaillants, cherchant à croiser le regard de celui qui l’avait mortellement blessé. Etrangement, il ne ressentit aucun sentiment particulier lorsqu’il le trouva, debout, entouré par les hommes mystérieux. Derkin le regardait, son épée tâchée de sang et un rictus mauvais sur la bouche. Il s’adressa au dragonnier, agité de soubresaut :
- Quitte à mourir, je préfère t’emporter avec moi, parjure ! Puisse Galbatorix me pardonner mais je suis persuadé que tu aurais provoqué sa chute au lieu d’être un serviteur fidèle et dévoué comme je l’ai été !
Murtagh entendit à peine que des pas s’approchaient et murmura :
- Nous aurons au moins été d’accord sur un point !
Un long filet de sang s’écoula de sa bouche tandis qu’il esquissait un ultime sourire. Leurs adversaires s’approchèrent lentement du bourreau en le regardant, interdits. Ce dernier se désintéressa alors de Murtagh et inspira avant de se jeter à corps perdu sur ses opposants. Il disparut alors sous la masse d'ennemis qui levèrent leurs armes avant de lui asséner le coup fatal. Puis ils s’écartèrent, exposant ainsi le cadavre ensanglanté du bourreau à la vue des charognards. Une voix intriguée retentit soudainement derrière le dragonnier qui se sentait de plus en plus faible :
- Tu n’as pas détourné les yeux. Ce n’était donc pas ton ami ?
Le jeune homme voulut se retourner mais une atroce douleur le parcourut et il s’affala sur le corps de Thorn qui haletait bruyamment.
- Non…On ne peut pas dire ça en effet !
Il rit faiblement avant de tousser. La silhouette qu’il avait remarqué précédemment se plaça alors devant lui et s’agenouilla à sa hauteur. L’homme, car cette voix appartenait à un homme, lui agrippa violemment les cheveux et le força à le regarder :
- Parjure…Est-ce toi qui a détruit Himelàn ?
- Oui…lâcha le jeune homme dans un souffle.
Si il voulait le tuer, qu’il le fasse, mais le plus tôt possible supplia Murtagh. L’individu mystérieux se contenta de le fixer étrangement mais on ne pouvait distinguer son visage. Un homme s’approcha :
- Maître Attorio…Il faudrait en finir, on nous attend !
Le dénommé Attorio soupira et prononça d’une voix las :
- Oui, oui…Mais nous ne sommes pas pressés Carev !
- Euh non Maître, balbutia le soldat, honteux. Mais…Il s’agit d’un parjure. Nous devons le tuer ! Capturer ainsi un Dragonnier et sa bête n’est pas donné à tout le monde !
- Il s’appelle Thorn, grogna Murtagh.
- Il peut encore parler, c’est merveilleux ! ironisa Attorio.
Il abaissa alors son capuchon et malgré la sueur qui lui piquait les yeux, le dragonnier le dévisagea. C’était un homme grand et brun, avec des cheveux ondulés et une moustache fournie. Ses yeux verts le regardaient et un petit sourire éclairait son visage :
- Carev, ce garçon est résistant !
- C’est pour cela que nous devons l’achever ! soupira le soldat, visiblement habitué à l’excentricité de son supérieur.
Mais ce dernier se pencha et sortit une fiole contenant un liquide doré. Murtagh ouvrit de grands yeux et réagit aussi brusquement que son état le lui permettait : huile de Seithr ! A peine débarrassé d’un bourreau qu’il se trouvait un remplaçant. Attorio s’approcha mais devant l’agitation du jeune homme, il dit d’un ton rassurant :
- Et bien calme toi, je ne vais pas te manger !
« Pire, il va me brûler ! » songea ce dernier, effrayé.
« Va-t’en Murtagh ! » murmura Thorn, à bout.
« Dans mon état ? »
Attorio fronça les sourcils, remarquant sans doute le manège des deux compères. Il approcha alors sa main de la tunique du jeune homme mais devant sa résistance, il fit signe à Carev de l’immobiliser. Ce dernier leva les yeux au ciel avant de s’exécuter et son supérieur souleva le tissu avant de lâcher un sifflement. Les traces de brûlures étaient encore présentes sans compter les marques de torture toute fraîche.
- Je comprend maintenant ! fit-il avec un grand sourire.
« Mais qui est cet homme ? » se demanda le dragonnier, déboussolé.
Il frissonna lorsqu’il sentit qu’on lui appliquait un liquide sur sa blessure. Devant son regard surpris, l’homme s’expliqua :
- Cet onguent est très efficace mais tu vas devoir rester alité pendant quelques jours tout de même, quelque soit ta résistance, jeune homme !
Carev intervint :
- Maître Attorio, si il l’apprend…
L’interpellé éclata d’un rire clair qui fit sursauter le dragonnier :
- Enfin, soldat un peu de bon sens ! Bien sûr qu’il va l’apprendre, comment veux-tu cacher un tel animal ? dit-il en désignant le dragon rubis d’un coup de tête. Pardon, je veux dire Thorn, rectifia-t’il avec un clin d’œil en direction de Murtagh.
- Pourquoi ne pas me tuer ? demanda ce dernier, haletant.
Attorio se releva et commença une phrase que le dragonnier ne put entendre. Sa vue se brouilla et il plongea dans l’inconscience.

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Sam 10 Mai - 13:08

CHAPITRE 14 : La mort n’est que
le commencement de l’histoire




Eragon rouvrit les yeux, apaisé. Cela faisait quelques minutes qu’il méditait, se concentrant uniquement sur l’environnement silencieux qui l’entourait. Le jeune homme soupira et se leva avant d’épousseter sa tunique. Oromis ne devrait plus tarder à le rejoindre. L’elfe lui avait donné rendez-vous la veille puis s’était envolé sur Glaedr sans plus d’explications. « Saphira ! » appela le dragonnier en se tournant vers le ciel.
« J’arrive ! » répondit joyeusement l’interpellée.
A peine avait-il rompu leur lien mental que la dragonne atterrissait près de lui, soulevant des nuages de feuilles mortes.
« Ils ne sont pas encore là ? »
« Non. Je me demande bien ce qu’ils nous veulent… »
Saphira leva la tête et scruta la vallée avec attention avant de fixer de son regard azur le jeune homme. Cela faisait quatre jours qu’ils étaient revenus à Ellesméra et Oromis ainsi que son dragon les avaient accueillis avec chaleur, soulagés de les revoir en vie. Puis l’entraînement intensif avait repris et Eragon s’appliquait à suivre chaque conseil de son maître avec sérieux. Oromis avait admis n’avoir plus rien à lui apprendre pour ce qui était de la maîtrise d’une épée mais ils continuaient d’avoir leurs discussions sur l’histoire de l’Alageäsia et la magie qui les entouraient. Néanmoins, l’elfe avait adopté un air mystérieux la veille avant de s’envoler sur son dragon en silence et de disparaître dans la nuit. Depuis, Eragon attendait le retour de son maître avec appréhension car il avait décidé d’aborder la question des serments. La situation de Murtagh le préoccupait mais il devait bien admettre que, d’une manière générale, il souhaitait en apprendre plus encore sur Gryffleyd.
« Les voilà ! », l’avertit Saphira.
Un point doré se détacha du ciel bleu et s’approcha rapidement. Quelques minutes plus tard, le dragon mutilé se posait en boitillant, afin de permettre à son dragonnier de descendre. Ce dernier s’exécuta avant de s’avancer vers ses élèves, les traits du visages tirés.
«- Comment vas-tu Eragon ?
- Euh…Bien Maître, répondit ce dernier, un peu déboussolé par la question. Et vous ?
L’elfe écarta sa question d’un geste et soupira :
- Je me fais un peu vieux, c’est tout.
Loin de le rassurer, cette réaction inquiéta le jeune homme qui perçut le même sentiment chez sa dragonne. Oromis proposa :
- Asseyons-nous, tu veux ?
Le jeune homme s’exécuta avec appréhension et attendit patiemment que l’elfe prenne la parole.
- As-tu des questions particulières à me poser ?
Eragon s’étonna :
- En effet mais…mon entraînement ?
- Il sera terminé lorsque tu auras eu des réponses à tes questions alors réfléchis bien à ce que tu vas me demander !
- Comment ça terminé ?
Le dragonnier le fixa, interdit. Il n’était là que depuis quatre jours, comment son entraînement pouvait-il être achevé ? Saphira et lui s’étaient contentés de faire les mêmes choses qu’avant : apprendre de nouvelles formules en ancien langage ou encore approfondir leurs connaissances de ce monde. Remarquant l’étonnement de son élève, l’elfe s’expliqua avec délicatesse :
- Qu’avais-tu imaginé ? Que cela durerait encore plusieurs mois ?
- Eh bien oui, avoua Eragon, un peu honteux. Je m’étais préparé pour cela…
Glaedr émit un grondement qui ressemblait fort à un rire moqueur :
« Nous ne sommes pas insensés ! Vous représentez l’unique espoir de ce monde. Si nous vous avons laissé partir sans trop de protestations, c’est pour la simple et bonne raison qu’il ne vous manquait que peu de choses pour être des dragonniers dignes de ce nom ! »
- De plus, ajouta l’elfe avec un petit sourire, vos exploits accomplis entre temps, les plaines brûlantes, Helgrind, la malédiction d’Elva sans compter Gryffleyd…N’as-tu pas l’impression que ce sont ces épreuves qui t’ont permis d’achever ta formation ?
Le jeune homme réfléchit sur les derniers mots d’Oromis. Les plaines brûlantes avaient eu pour effet de le décourager, de le mettre face à ses faiblesses. Cette bataille avait agi comme un révélateur. Mais ce qui s’était ensuivi l’avait effectivement fait évolué, que ce soit Helgrind ou la malédiction d’Elva. Et Gryffleyd…
- Justement, je souhaiterais vous parler de cette épée, Maître.
L’elfe l’invita à poursuivre, d’un signe de tête :
- Tout d’abord, j’aimerais savoir pourquoi vous vous êtes opposés à la reine Islanzadi. J’ai bien compris que c’était pour m’aider mais…
Il se tut, laissant à Oromis le soin de fournir ses propres réponses. Ce dernier observa l’endroit où ils se trouvaient. Ils étaient dans une petite clairière, illuminée par la lumière du soleil. Les piaillements d’oiseaux soulignaient la vie qui habitait cet endroit et une rivière s’écoulait non loin d’eux, son eau cristalline s’écrasant sur les rochers de l’étang où elle se jetait. Il reporta son attention sur son élève et commença :
- Tu m’as rapporté avoir eu affaire au pouvoir de Gryffleyd, non ?
- En effet. Vous m’aviez assuré qu’elle m’apporterait des réponses mais au lieu de ça, elle m’amené des ennuis !
L’elfe sourit et posa une main rassurante sur l’épaule de son élève :
- Tu me l’as dit, oui ! Pauvre Amràn ! Il n’a plus l’habitude qu’on s’oppose à lui. Mais réfléchis bien…Cette arme t’a montré une vision, peu importe laquelle. C’est toi qui l’a interprété comme tu voulais mais…de ce que je sais, l’épée voulait surtout te mettre en garde ! Ta réaction était sans doute un peu disproportionnée due à ton caractère emporté, mais qu’y pouvons-nous ? Tu es ainsi fait !
Il guetta les questions éventuelles de son élèves mais celui-ci restait silencieux. Au bout de quelques secondes, Eragon demanda :
- Vous pensez donc que cette épée est bénéfique malgré ce que tout le monde en dit ?
Oromis haussa les épaules puis planta son regard clair dans celui du jeune homme :
- Moi-même, j’ignore sa vraie nature. Mais je sais que la peur qu’elle inspire est démesurée. Nous n’avons fait qu’attiser méfiance et haine envers elle sans même chercher à comprendre son pouvoir, ce qui est une erreur.
- Ce sont pourtant les elfes qui sont responsables de cette situation, fit Eragon, surpris.
- Nous ne sommes par parfaits, avoua son maître. Comme les hommes, il nous arrive de commettre de lourdes erreurs et nous ne nous en vantons pas ! Pour en revenir à ton épée, je te l’ai dit, je ne la pense ni bénéfique, ni malfaisante ! C’est à toi de te faire ta propre opinion !
- Je comprends, Oromis-elda, assura le jeune homme, un peu plus sûr de lui.
« Qui l’a crée, maître, demanda Saphira. Le savez-vous ? »
Ce fut Glaedr qui répondit :
« Malheureusement, nous l’ignorons. Le créateur d’une épée en dit souvent long sur les armes qu’il fabrique ! Si nous le savions, il n’y aurait plus aucune hésitation sur sa nature !»
Eragon se gratta le menton, pensif. Il ne savait plus ce qu’il devait croire désormais.
« Une arme bien étrange…Il faut qu’on s’en méfie ! » déclara sa dragonne.
Le jeune homme approuva avec vigueur avant de regarder son maître qui poursuivit :
- Que souhaites-tu me demander d’autre ?
Eragon le fixa et demanda :
- Qu’y-a-t’il maître Oromis ? Pourquoi répondre ainsi à toutes mes questions ?
« On dirait que nous n’allons plus jamais les revoir, renchérit Saphira à l’unique attention de son dragonnier. Comme si ils préparaient leur succession… »
« Très étrange », avoua le jeune homme, inquiet.
Mais l’elfe se contenta de répondre :
- Disons qu’il s’agit de la dernière étape de ton entraînement ! Des choses sont visiblement en train de freiner ton évolution car tu ne parviens à saisir leurs significations ! C’est mon devoir de te les expliquer. Alors, je t’écoute…
Peu convaincu, Eragon inspira malgré tout avant de se lancer :
- Que savez-vous sur les serments en ancien langage ?
Oromis le regarda, surpris :
- Et bien la même chose que toi a priori, pourquoi cette question ?
- En fait, je voulais savoir si il existait un moyen de les délier !
- Bien sûr, répondit-il simplement.
Le jeune homme ouvrit des yeux ronds et sa dragonne s'ébroua d’excitation :
« Vraiment ? »
Sentant leur agitation, l’elfe les apaisa :
- Il suffit de tuer celui à qui tu as fait ton serment ou alors de connaître son vrai nom afin de le forcer à te délivrer !
Tout l’espoir qu’Eragon avait accumulé en quelques phrases s’évanouit subitement. Cela, il le savait déjà. Mais tuer Galbatorix était hors de sa portée et il ne voyait pas par quel moyen il pourrait découvrir le vrai nom du roi.
- Je parlais d’autres moyens…
- Je vois…Tu demandes cela pour ton frère ?
Pour toute réponse, le jeune homme baissa la tête. L’elfe sourit tristement devant le désarroi de son élève. La situation de son aîné le préoccupait beaucoup visiblement :
- Ce n’est pas une bonne idée de te torturer ainsi l’esprit, tu sais. Vide-toi la tête, tu réfléchiras bien mieux ainsi et tu seras plus efficace.
- Il n’y a donc rien à faire ? murmura tristement le jeune dragonnier.
Oromis soupira, voyant qu’Eragon ne l’écoutait pas :
- Je n’ai pas dit ça…
- Il y a une solution ? fit le jeune homme, les yeux brillants d'attente.
- Peut-être…répondit mystérieusement le vieil elfe.
Il était partagé entre l’envie de réconforter son élève et la peur de lui donner de faux espoirs. Il soupira avant de planter ses yeux dans ceux du jeune homme.
- Ce que je vais te révéler ne garantira pas la sécurité de ton frère, j’espère que tu en as conscience, l’avertit le dragonnier.
Eragon acquiesça :
- Je le garderais à l’esprit !
- Bien…C’est une longue histoire alors sois attentif !
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Sam 10 Mai - 13:10

Le jeune homme ouvrit ses oreilles et écouta le récit qui s’avérait fort intéressant.
- Tu te souviens que je t’ai parlé du Peuple Gris ?
Eragon hocha la tête :
- Bien sûr ! Ce sont eux qui ont inventé l’ancien langage afin de nous permettre de maîtriser la magie. Personne ne sait ce qu’ils sont devenus…
- En effet. Je t’ai également parlé d’un accident, je crois, survenu avant l’apparition de l’ancien langage.
- Oui, Maître, répondit le jeune homme, troublé.
- L’accident en question, c’est la création de Gryffleyd qui a causé beaucoup de dégâts. Je suppose que personne ne t’a expliqué le pourquoi du comment de cette arme. La personne qui en est à l’origine n’était pas quelqu’un aux pensées pures et pleine de bonnes intentions, comme on pourrait le croire.
- Je m’en doutais un peu, avoua le dragonnier avec un sourire contrit.
Cette épée n’était donc pas une erreur, elle avait bel et bien était créé dans un unique but : asservir.
- Ce que les manuscrits ont tu et que peu de gens savent, c’est que cette personne appartenait au Peuple Gris.
« Impossible ! » Rugit Saphira.
Glaedr grogna :
« Et pourquoi donc ? »
- Eh bien, balbutia Eragon, aussi déboussolé que son amie, le Peuple Gris…vous l’avez dit vous-même ! Ils étaient sages et puissants ! Je vois mal un sorcier maléfique dans leurs rangs…
Oromis regarda son élève, ennuyé :
- Eragon, je vais te décevoir mais parmi les elfes également se trouvent des troubles-fêtes. Chaque race a ses défauts, certaines plus que d’autres et nous pouvons ainsi atteindre une hiérarchie de la perfection. Ainsi, on dit des elfes qu’ils sont supérieurs en tout point aux hommes mais c’est faux. Certes, nous vous surpassons dans de nombreux domaines mais que ne donnerais-je pas pour avoir votre spontanéité ou vos faiblesses ? Elles sont votre force !
Le jeune homme ne sut si il devait se sentir flatté mais l’aveu de son maître le stupéfiait :
- Mais le Peuple Gris ? Ils semblaient si purs dans votre bouche !
- La grande majorité d’entre eux sûrement ! Mais on n’échappe pas à la tentation du pouvoir et malheureusement, certains individus y ont succombé.
Un silence s’installa et Eragon ne put s’empêcher de se dire que la trahison n’épargnait personne. Même les races que l’on pensait intouchable cédaient, semble-t’il. Le jeune dragonnier demanda :
- Quelle a été cette mésaventure provoqué par Gryffleyd ?
L’elfe haussa les épaules :
- Nous l’ignorons. Comme je te l’ai dit, notre monde a bien failli être détruit pour de bon mais le Peuple Gris est intervenu.
- Heureusement, bougonna Eragon. C’était quand même un de leur espèce qui en était responsable !
- Ne les dénigre pas uniquement sur la malheureuse performance de l’un d’entre eux, le gourmanda Oromis. Si nous le faisions tous, les homme seraient considérés comme des créatures maléfiques depuis bien longtemps !
« Il a raison , approuva Saphira, tandis que son dragonnier baissait la tête, honteux. N’as-tu pas toi-même commis quelques erreurs ? Personne ne dit pour autant que tu es un Parjure !»
« Mais ce sorcier avait une âme maléfique ! » répliqua le jeune homme.
« Eh bien, les gens peuvent remercier le ciel que ce ne soit pas ton cas, rit l’animal. Tu imagines sinon, les dégâts que tu pourrais causer ? »
Eragon bougonna avant de se tourner vers Oromis :
- En quoi cette histoire me permettrait de sauver Murtagh ?
- Ne sois pas si impatient, j’y arrive ! Disons que les informations que je vais te donner pourraient t’en apprendre beaucoup sur l’ancien langage, mais également sur Gryffleyd et les dragons.
- Les dragons ?
- Bien sûr. Ne souhaites-tu pas en savoir plus sur leur histoire ?
« Qu’il le veuille ou non, moi je veux savoir de toute manière », intervint Saphira, intriguée.
Glaedr grogna et Eragon ne put s’empêcher de sourire mais Oromis poursuivit son récit d’une voix douce :
- Le Peuple Gris n’est plus mais certains ont refusé de disparaître sans laisser une trace de leur passage dans ce monde. Comme tu peux le constater, il y avait de légères discordes chez eux également, fit Oromis avec un petit rire. Ils se sont alors mêlés à d’autres populations, comme les elfes ou les hommes.
- Pas les nains ?
« C’est discriminatoire » rugit Saphira.
- Non, en effet, mais uniquement parce que les nains ne présentaient pas suffisamment de caractéristiques communes à leur espèce.
« Donc le Peuple Gris existe toujours ? » demanda la dragonne.
« Oui, Saphira, Répondit Glaedr. Ou plutôt une infime partie d’eux transite encore ici-bas, protégeant ainsi leurs connaissances et leur héritage. »
- Pourquoi personne n’en parle chez les Elfes ? Le Peuple Gris est pourtant reconnu…demanda le jeune homme.
- La plupart d’entre nous disent qu’il s’agit d’une légende. Nous en sommes férus, ajouta-il simplement. Mais le fait est que les descendants apparaissent à certains élus.
Eragon se releva brusquement, faisant ainsi sursauter son amie ailé :
- Comment ? Quand ? Où puis-je les trouver ?
Son maître leva une main apaisante :
- Calme-toi, jeune emporté ! Je t’ai dit qu’il ne s’agissait pas d’une véritable solution seulement d’un chemin à suivre, uniquement si tu le souhaites !
- Mais à vous, ils vous sont apparus ?
- Non et je le regrette car je n’ai plus beaucoup de temps pour les rencontrer !
Eragon ouvrit la bouche pour protester mais Oromis l’arrêta :
- Peu importe, en vérité mais sache que je connaissais des personnes qui les ont rencontrés. Et ils ne pouvaient me mentir lorsqu’ils me l’ont dit.
L’elfe plongea ses yeux dans ceux de son élève et prononça calmement :
- C’était tes parents, Eragon. Morzan et Séléna.
Le jeune homme crut qu’il allait s’étrangler et Saphira lâcha un filet de fumée :
- Mon père…et ma mère ?
Puis il se reprit et dit durement :
- Qui vous dit qu’ils ne mentaient pas ? Tout le monde le sait, Morzan était un traître qui s’est Parjuré et il a très bien pu forcer…
- Tout le monde le DIT mais tout le monde ne le sait pas ! rectifia Oromis d’un ton catégorique. Mais quoique je dise, je ne te ferais pas changer d’avis. En revanche, sache que ta mère me l’a également confirmé.
- Vous connaissiez ma mère ?
Eragon sentit son ventre se nouer sous le coup de la tristesse. Il avait passé plusieurs mois avec Oromis et ce dernier ne le lui avait jamais révélé ce secret :
« Il aurait été obligé de te dire qui était ton père, sinon !» fit remarquer Saphira.
- Oui, vous avez également connu mon père…pensa le jeune homme à haute voix.
L’elfe se contenta de hocher la tête en silence tandis qu’ une longue et douloureuse plainte s’échappait de la gueule du dragon doré. Ils attendirent quelques secondes avant qu’Eragon ne fit signe de continuer.
- Ces héritiers du Peuple Gris…Ils pourraient m’aider ?
- C’est pour cela que je te révèle cette histoire. Ils savent d’innombrables choses, bien plus que nous les elfes ! N’oublie pas qu’ils sont les créateurs de l’ancien langage, ils pourront t’apporter des réponses.
- Ils ont aussi crée Gryffleyd, fit amèrement remarquer le dragonnier.
L’elfe tourna sa tête vers le ciel et murmura pour lui-même :
- Je suis persuadé qu’elle peut nous être bénéfique…
- Votre optimisme m’effraie quelque peu Maître, avoua Eragon d’une voix teintée d’ironie.
L’interpellé sourit tristement :
- Il en faut pourtant pour croire en ce que tu vas accomplir et tu ferais bien de t’en armer !
Saphira leva sa patte azure avant de la laisser lourdement retomber au sol, faisant trembler la terre et s’envoler les oiseaux.
« J’en ai pour deux, Maître, ne vous en faites pas ! » répondit-elle énergiquement.
« Que t’arrive-t’il ? » demanda Eragon, surpris.
Elle montra les crocs dans sa direction avant de répondre d’un ton amusé.
« Il y a que je te trouve morose ! Bon sang, Eragon, ces gens peuvent nous apporter des réponses ! Murtagh et Thorn pourront être sauvés et peut-être ont-ils des informations sur Galbatorix, tu imagines ? »
« Saphira… »
« Oui ? » dit cette dernière d’un ton innocent.
« Je sais que ce n’est pas pour cette raison que tu es si…transportée de joie ! »
La dragonne baissa la tête, gênée d’avoir été découverte.
« En effet. Je…je souhaiterais en savoir plus sur l’Histoire des dragons…Mon histoire. Tu connais la tienne, toi, mais moi j’ignore d’où je viens… »
Eragon ressentit alors toute la détresse de sa dragonne et il fut pris de compassion :
« Je comprends, ne t’inquiète pas ! »
Il flatta le flanc de sa dragonne qui ronronna avant de lui donner un léger coup de tête sur sa joue. Oromis et Glaedr observèrent le manèges des deux complices en souriant. Eragon regarda son maître, empli d’une nouvelle détermination :
- Je vais donc aller trouver les descendants du Peuple Gris !
- C’est bien, le félicita l’elfe. Vois-le comme la dernière pierre à ajouter à ta formation. Mais sache que ce n’est pas toi qui les trouvera. Ce sont eux qui choisissent qui doit les voir ou non.
- Comment savoir si j’en ai un en face de moi ? Comment les attirer ?
L’elfe sourit :
- On dit qu’ils possèdent quelque chose d’extraordinaire en eux…
- Quoi donc ? fit Eragon, curieux.
- Eh bien, tu me le diras lorsque tu les auras rencontrés, répliqua Oromis, malicieux.
- Cela n’arrivera peut-être jamais !
- Si tu dois les rencontrer, ils viendront à toi, assura l’elfe. Peut-être même les as-tu déjà aperçu sans le savoir. Ils aiment bien se présenter à nous sans dévoiler leur identité et se contentant de nous observer en silence. A toi de les démasquer !
- Je le ferais !
Eragon réfléchit. Il fallait qu’il trouve ces individus mais il devait avant tout l’annoncer à Arya et Nasuada pour avoir leur avis. Pouvait-il seulement leur en parler ? Oromis dut deviner ses pensées car il ajouta :
- Tu peux le raconter mais il est possible qu’on ne te prenne pas au sérieux ! Pour beaucoup, cela reste une légende folklorique !
- Je suis sûr que non, protesta le jeune homme.
- Peu importe en tout cas, puisque cette croyance les a protégé aux yeux du monde ! On ignore comment ils élisent les gens à qui ils vont apparaître…
- Qu’ont-ils dit à mes parents ?
- Je l’ignore, avoua Oromis. Tout ce que je sais, c’est qu’ils semblaient très préoccupés. Ton frère était déjà né et je n’ai plus revu Morzan depuis ce jour. Ils sembleraient qu’ils aient parlé de leurs vrais noms mais pourrons-nous savoir un jour ce qui c’est vraiment dit ?
Eragon se tut avant de croiser le regard plein d’amour de sa dragonne :
« On dirait bien que je ne serais pas la seule à trouver des réponses sur ma famille ! »
Le jeune homme sourit tristement avant de s’incliner devant Oromis. Saphira le suivit et se prosterna à son tour devant le dragon doré. Leurs voix résonnèrent en chœur :
« Merci maîtres, pour vos enseignements ! »
Les deux concernés répondirent d’un ton chaleureux :
« C’était un plaisir… »
- Et un honneur, renchérit Oromis.
Eragon se releva et commença à harnacher sa dragonne. Pris d’un doute, il se retourna :
- Vous serez toujours là quand tout sera fini ?
Glaedr déploya lentement ses ailes qui scintillèrent au soleil :
« Fais ce que tu as à faire, dragonnier. Sans te retourner ! »
L’elfe approuva et le jeune homme comprit qu’il s’agissait d’un adieu. Après Ajihad et Hrothgar, sans compter Garrow et Brom…Le gouffre des morts s’élargissait de plus en plus, engloutissant ses maîtres les uns après les autres. Il s’apprêtait à protester lorsque Saphira intervint :
« Tu ne dois pas les en empêcher ! »
« Mais … »
« Il s’agit d’un choix de leur part ! Le temps est arrivé pour eux ! »
Oromis murmura :
- Nous n’allons pas rester sur cette terre indéfiniment, Eragon, tu t’en doutes !
Les larmes affluaient dans les yeux du jeune homme mais il se contint et sourit maladroitement :
- Lorsque je vous amènerais un de ces descendants du Peuple Gris, j’espère que vous serez encore présent sur cette terre !
Oromis croisa les bras sur sa poitrine avant de s’avancer vers son élève et de poser ses deux mains sur les épaules de ce dernier :
- Je suis fier de toi, Eragon-vodhr, dit-il en plantant son regard dans celui du dragonnier. Tu accompliras de grandes choses, j’en suis persuadé. »
Puis il l’étreignit avec ferveur avant de le relâcher rapidement et de se diriger vers son dragon doré qui l’attendait. Ce dernier avança sa lourde tête vers Saphira et lui toucha le museau avant de se retirer. Les deux élèves se turent et restèrent immobiles, assistant à la préparation du départ des deux anciens. L’animal estropié aida son dragonnier à grimper puis il s’ébroua. Oromis se tourna alors une ultime fois vers le jeune homme et le gratifia du salut elfique avant d’incliner la tête. Le dragon étendit ses ailes et sautilla avant de prendre son envol. Tous les deux se dérobèrent aux regards de leurs élèves et furent avalés par le soleil rougeoyant qui annonçait une nuit sombre et triste.

A Suivre...pirat
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Dim 11 Mai - 12:18

CHAPITRE 15 : Révélations





La chaleur…Etouffante chaleur…Et cette douleur lancinante…
Murtagh battit des paupières avant de se décider à les ouvrir une bonne fois pour toute. Aveuglé par une lumière blanche, il dut cligner plusieurs fois des yeux pour s’y habituer :
- Ah bien, te voilà éveillé ! C’est une bonne chose, fit une voix joyeuse.
Le jeune homme tenta de se redresser ce qui lui arracha un cri de douleur et il retomba lourdement sur sa couche. Attorio se pencha alors sur lui, un sourire moqueur au visage :
- J’aurais sans doute du te dire qu’il ne fallait pas faire d’efforts brusques dans ton état !
Le dragonnier grimaça de douleur avant d’examiner l’endroit où il se trouvait. La pièce était faite en bois massif et des vitraux de verres recouvraient de moitié l’une des parois, permettant ainsi au soleil d’illuminer la pièce et de lui conférer une ambiance chaleureuse. Il se trouvait dans un lit cerclé de bois également et enveloppé dans des draps duveteux. Un bureau était posté près de la fenêtre et des placards et des étagères habillaient les murs. Certains contenaient des livres, des cartes et d’autres étaient fermés, cachés aux yeux trop indiscrets. Il devait se sentir encore migraineux car il avait l’impression d’être ballotté dans tous les sens et les nausées lui montaient à la tête.
- Où suis-je ? demanda le jeune homme d’une voix pâteuse.
- Mais chez moi, tiens ! répondit Attorio, surpris par la question.
- Comment ça chez vous ?
L’homme désigna la pièce d’un geste de la main :
- Enfin, là tu es dans la chambre d’une autre personne mais oui, tu es chez moi ! Nous sommes toujours sur Illium si tu veux tout savoir…
- Vous habitez Illium ?
L’intéressé se contenta de secouer la tête d’un air mystérieux. Il allait s’expliquer lorsque Murtagh réagit brutalement ce qui lui valut une autre grimace de douleur. Devant l’air inquiet de son geôlier, il parvint à articuler :
- Thorn…Mon…mon dragon !
- Aaaah, ce n’est que ça ! fit l’Attorio, visiblement soulagé. Il va très bien, rassure-toi !
« Je suis là, bonhomme »
La voix de son ami résonna comme un baume dans le cœur du dragonnier. Un bruit d’aile se fit entendre et lorsqu’il tourna la tête, il aperçut la belle couleur rubis de sa moitié, qui semblait en pleine forme. Celui-ci se mit à leur hauteur et dit :
« Heureux de te voir en forme ! J’ai bien cru que tu allais y passer mais Attorio m’a assuré que rien n’était meilleur qu’un bon délire fiévreux pour remettre les idées d’un homme en place ! »
Murtagh se massa la tête en grognant :
« C’est une question de point de vue… »
« En tout cas, je suis rassuré ! »
Il s’éloigna alors pour se poser dans un endroit plus propice à suivre la conversation. Le jeune homme se tourna vers celui qui le tenait captif. Justement, était-il captif ? Il observa son gardien à la dérobée. Il avait détourné son regard vers la fenêtre et contemplait un point imaginaire dans le ciel. Le dragonnier l’interrompit :
- Pourquoi m’avoir sauvé ? Pourquoi m’avoir amené ici ? Et comment avez-vous fait pour traîner Thorn dans cet endroit ? Quand je l’ai vu, il était inconscient et bien qu’il soit un jeune dragon, c’est un animal massif !
« Je ne suis pas gros ! intervint son ami ailé. »
« Je n’ai pas dit ça, s’excusa Murtagh avec un sourire mental. »
Attorio entama son récit de sa voix enjouée :
- En réalité, une fois que je t’ai appliqué l’onguent, il a commencé à revenir à lui bien que toi, tu ais été toujours évanoui. Nous nous sommes alors expliqués et il a accepté de nous suivre !
Sentant la fureur de son dragonnier, Thorn se justifia :
« Ne jamais faire confiance à des inconnus, je sais ! Mais il a très vite compris que nous étions sous serment et il a menacé de te tuer si je ne lui obéissais pas ! »
« Ah oui, c’est sûr, c’était une excellente raison pour lui faire confiance », ironisa le jeune homme.
Attorio poursuivit son histoire :
- Il a alors volé lui-même, ce qui nous a enlevé une épine du pied je dois dire !
Le dragonnier ne réagit pas au jeu de mot et se contenta de fixer son geôlier d’un air méfiant. Ce dernier lui décocha un regard neutre et il continua :
- Quand à tes deux premières questions…Je n’y répondrais pas tout de suite. Je souhaite observer la situation, l’analyser, la comprendre et agir en conséquence !
- C’est très simple, répondit sèchement Murtagh. Je suis un dragonnier au service du roi et vous êtes des ennemis de l’Empire. Si vous ne me tuez pas, c’est moi qui vous exécuterais.
Attorio le regarda avant de tirer d’une des poches de son long manteau noir, une petite boîte dorée. Il l’ouvrit délicatement et en sortit un fin cigare qu’il alluma lentement. L’homme tira ensuite une longue bouffée qu’il recracha sous forme de petits cercles. Il inspira ensuite longuement et se tourna vers le jeune homme.
- Ce petit jeu doit bien marcher avec les autres…
Le dragonnier serra les poings mais ne répondit pas à la provocation.
- Tu cherches vraiment à donner aux gens une bien belle image de toi. Ne me fais pas croire que tu aides le roi de ton plein gré, je sais que c’est faux ! Ton dragon me l’a révélé…
« Bon sang, Thorn ! C’est une manie chez toi ou quoi ? »
Son ami ailé se contenta de grogner. Voyant l’air renfrogné du garçon, Attorio sourit :
- Il a bien fait, ne le réprimande pas. C’est ton attitude qu’il faut blâmer. Comment veux-tu que les gens t’aident si tu te montres ainsi ? On dirait que ça t’amuse de paraître méchant, insensible et froid !
Murtagh regarda l’homme débiter ses reproches d’un trait. Sa voix était douce et il semblait déçu par le comportement du dragonnier. Il ne sut pas pourquoi mais ça l’agaça profondément et il répliqua, cinglant :
- Vous n’êtes pas mon père, pour qui vous prenez vous ?
Les yeux de son interlocuteur flamboyèrent un court instant et il tonna :
- Encore heureux, jeune homme sinon il y a belle lurette que je t’aurais collé une rouste dont tu te serais souvenu !
Devant le ton colérique, Murtagh eut un mouvement de recul et il se replia inconsciemment sur lui-même. Ces cris…cette voix masculine qui hurlait…Ca lui rappelait son enfance du temps où son père était encore en vie. Les coups pleuvaient ensuite sur son petit corps frêle et on le laissait, sanglant sur le sol dur et froid. Attorio dut remarquer le changement qui s’opérait chez son jeune prisonnier car il esquissa un geste apaisant dans sa direction. Mais Murtagh le repoussa durement et se cala contre le mur, face à l’homme. Ce dernier soupira et reprit :
- De plus, tu souhaites mettre fin à tes jours. Oh, ne le nie pas ! Les seuls hommes que j’ai vus si près de la mort et aussi calmes que toi sont ceux qui se sont suicidés peu de temps après notre rencontre en se jetant à corps perdu dans une bataille.
Il lança un regard apitoyé au dragonnier qui détourna la tête, légèrement honteux sans qu’il ne sache pourquoi :
- Tu as toute la vie devant toi, mon garçon ! Et tu as un dragon qui vit pour toi. Il y a tant de choses à faire, à voir…
Involontairement, la gorge de Murtagh se serra comme si un caillou lui bloquait la respiration. Attorio avait fait mouche semble-t’il car il enfouit sa tête dans le creux de ses bras et murmura :
- Ma vie est déjà suffisamment gâchée, inutile de vivre davantage pour en faire plus !
- Ridicule, ricana l’homme.
Le dragonnier releva la tête, les yeux rougis et lui lança un regard venimeux avant de crier :
- Vous êtes aveugle ou quoi ? Mes actes sont connus dans tout l’Alagaësia ! J’ai tué un roi et je me suis Parjuré ! Même si par miracle, je suis libéré, on me rejettera !
Attorio se leva brusquement et s’assit près de lui, sans qu’il puisse effectuer le moindre geste :
- Effectivement, les gens savent ! Mais l’espèce humaine n’est pas si mauvaise. Ose me dire que tout le monde te hait ou veut ta mort. N’y-a-t’il donc personne qui connaisse tes actions et souhaite malgré tout t’aider ?
L’image de son frère puis de Nasuada s’immiscèrent furtivement dans son esprit embrouillé. Puis une vague silhouette aux cheveux noirs de nuit…Le geôlier se releva et se frappa la poitrine avec un air victorieux :
- Et bien déjà tu m’as, moi !
Le jeune homme resta impassible avant d’admettre :
- Peut-être qu’il y en a…
- Il y a un peut-être ! C’est un bon début…
Puis il enchaîna avec un sourire :
- Tout n’est pas perdu, loin de là ! La guerre ne fait que commencer et toi, dragonnier, fit-il en le désignant du doigt, tu es une pièce maîtresse de l’affrontement final. A toi de choisir ta voie maintenant…
Les mots prononcés s’insinuèrent en lui doucement. Il les prit avec soin, les écouta et les cacha dans un recoin de son cœur. La voix de son dragon résonna :
« Te sens-tu mieux ? »
« Oui, un peu. Pardon de t’avoir hurlé dessus tout à l’heure… »
« C’est inutile, le rassura son ami. »
Le jeune homme se sentait quelque peu revigoré. Il se tourna vers son geôlier et demanda :
- Et maintenant ? Je suis votre prisonnier ?
- Après tout le discours que je viens de te faire ? Bien sûr que non ! Mais pour ton bien et surtout pour contrer tes serments, nous dirons que oui. Tu ne peux nous quitter, ne demande pas pourquoi ni comment c’est ainsi. Où nous irons tu iras et j’espère qu’ainsi le roi te croira mort, ce dont je doute fortement, mais au moins…tu ne seras plus obligé de lui obéir.
- Comment est-ce possible ? dit Murtagh.
Il s’interdisait de croire en cette minuscule liberté qui lui paraissait pourtant immense.
- Ce subterfuge ne durera pas indéfiniment, vous le savez !
Attorio fit les gros yeux :
- Non bien sûr, le roi n’est pas si bête surtout qu’il nous connaît !
Les pièces du puzzle s’emboîtèrent alors dans l’esprit du jeune homme.
- Vous ! C’est vous qu’il cherche…Les habitants d’Himelàn vous cachaient, c’est pour ça qu’il a voulu les punir !
Un voile de tristesse assombrit le visage de l’homme :
- Et ils l’ont payé cher…En effet ! Enfin, ce n’est pas moi qu’il cherche mais nous.
- Qui ça nous ? questionna le jeune homme, surpris.
- Habille-toi, lui lança Attorio pour tout explication. Et si tu peux te lever, suis-moi !
Sur ces mots, il sortit de la pièce en silence. Le jeune homme se leva alors précautionneusement. Il avait mal mais la curiosité l’emportait sur la souffrance. Attorio…Quel homme étrange ! Il avisa alors une tunique noire aux manches bordeaux et un pantalon noir qu’il enfila avec de vives grimaces. Puis il passa les bottes noires posées à côtés et sortit en boitillant. Le couloir était également fait de bois et Murtagh se sentait si faible qu’il devait se retenir aux parois pour ne pas trébucher. Une poigne puissante l’attrapa par le bras et le traîna rapidement hors de là. L’air frais lui fouetta subitement le visage avant de le faire frissonner mais cela lui fit du bien. Inspirant à fond l’odeur de sa nouvelle liberté, il ouvrit alors les yeux et resta bouche bée, ce qui amusa un homme qui passait par là :
- Ferme la bouche, mon gars sinon tu vas avaler une mouette !
« Thorn, c’est…c’est, balbutia-t’il. »
“ Oui, c’est ce que je me suis dit aussi en le voyant !”
Le plus grand navire qu’il n’avait jamais vu se trouvait devant lui. Il faisait au bas mot 10 pieds de haut pour 100 de long, sans compter sa largeur. Au vu du monde qu’il remarqua enfin, il abritait une cinquantaine de personnes qui gravitait autour de lui. Attorio le fit alors descendre de la passerelle où il se trouvait et s’amusa de son étonnement. Ainsi, c’était le navire qui tanguait et non lui !
- C’est une construction des Dieux !
- Non, des hommes mais elle a été dure à achever, je l’assure !
- Je veux bien vous croire, souffla le jeune homme, encore sous le choc.
Il regarda alors autour de lui. Des tentes de fortunes avaient été dressé et il reconnut certains hommes présents lors de la bataille mais tous le regardaient sans animosité d’aucune sorte comme si il faisait partie de leur famille, ce qui le surprit. Quel étrange peuple ! Des feux de camp se dressaient ici et là et des femmes faisaient mijoter un ragoût qui embaumait l’air. Il remarqua alors un attroupement d’où venaient des acclamations. Remarquant l’intérêt de son protégé, Attorio lui fit signe d’approcher. Des hommes jouaient de la guitare, de la flûte ou des tambours et d’autres individus chantaient d’une belle voix grave et douce. Les spectateurs tapaient dans leurs mains un rythme entraînant en encourageant avec de larges sourires les danseurs qui tournoyaient au centre du cercle. Les hommes étaient vêtus de couleurs clairs ou sombres et les femme portaient des robes légères, laissant entrevoir leurs formes envoûtantes. Les enfants étaient blonds pour la plupart et ils riaient des facéties des adultes. Un temps, le jeune homme se crut dans un autre monde, un monde de rire et de joie qui ne connaissait pas la mort, ce monde que sa mère lui décrivait quand il était petit…C’est alors que la réalité le ramena brusquement à terre lorsqu’il aperçut Attorio qui devisait avec quelqu’un.
- J’ignorais que tu étais rentrée…
- Je viens juste d’arriver Oncle Attorio, ne m’en veux pas, répondit une voix chaude. On m’a dit que ma cabine était réquisitionnée par un blessé, pourquoi la mienne d’ailleurs ?
- Calyst ?!
L’interpellée se retourna, surprise et le fixa de ses yeux bleus si étranges. Pas de doute, c’était bien la rôdeuse !


Dernière édition par Lymel le Dim 11 Mai - 12:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Dim 11 Mai - 12:19

« - Murtagh ? Mais qu’est-ce que tu fais ici ?
Attorio les regarda tour à tour, ne parvenant pas à dissimuler sa surprise.
- Vous vous connaissez tous les deux ?
Calyst se contenta de hocher la tête et fixa le jeune homme craintivement. Ce dernier sentait ses émotions se mélanger et bouillirent en lui. Remarquant le malaise, l’oncle de la rôdeuse les attrapa chacun par le bras avant de les entraîner à l’écart de la foule. Il les mit face à face et les observa longuement. Murtagh ne décrochait pas ses yeux flamboyants de la jeune femme qui fuyait totalement la confrontation en détournant la tête. L’homme inspira avant de lâcher :
- Bon, j’ignore ce qui vous est arrivé, comment vous vous êtes rencontrés et tout le tralala…Mais j’ai comme l’impression que vous avez des choses à vous dire ! (il se tourna vers Calyst et lui agita le doigts sous le nez : ) Quand vous en aurez fini, tu me l’amènes, c’est bien compris ?
Elle hocha la tête et se contenta de baisser les yeux. Attorio fronça les sourcils puis tourna les talons et s’éloigna. Un silence gêné s’installa entre les deux jeunes gens. Murtagh savait qu’il était en train de la foudroyer du regard mais plus il la dévisageait plus il sentait la colère l’envahir. Et le fait qu’elle semblait le craindre l’agaçait profondément. Il prit la parole d’une voix froide :
- Tu es partie comme une voleuse la dernière fois…
- Je ne pensais pas te revoir, murmura la jeune fille.
- C’est un peu facile, non ?
Calyst releva la tête et le fixa avant d’avouer :
- J’étais pressée, ma mission était terminée et puis…
Elle croisa les bras sur sa poitrine et soupira, peu désireuse de poursuivre. Mais le jeune homme ne lâcha pas le morceau :
- Et puis quoi ?
Elle planta son regard dans le sien, visiblement plus assurée :
- Honnêtement, si je t’avais dit au revoir, peu importe ce qui ce serait dit ensuite, il y aurait eu une infime chance pour que je décide de rester près de toi. Et je ne voulais pas tenter le diable, c’est tout ! Il fallait que je parte…
Murtagh la regarda bouche bée :
- C’est pour ça que tu as disparu subitement ? Seulement pour ça ?
- Pourquoi, tu t’attendais à quoi ?
Le dragonnier balbutia quelques mots incompréhensibles et détourna le regard. Il ne savait pas trop à quoi s’attendre. Ce dont il était certain, c’est qu’il avait toujours prévu de la retrouver un jour pour lui montrer à quel point il était en colère et s’était senti blessé par sa réaction. Mais maintenant qu’il l’avait face à lui, il ne savait plus quoi penser. Il soupira et reporta son attention sur la jeune femme. Elle avait troqué son apparence misérable d’antan pour une robe rouge légère qui tranchait avec sa peau bronzée et laissait entrevoir deux jambes finement musclées. Un bracelet doré entourait sa cheville et elle était pieds nus à même le sol. Ses cheveux retombaient en boucles soyeuses sur son dos. Son visage était frais et dépoussiéré et il ne l’avait jamais vu si radieuse. Il ne put s’empêcher de lui faire remarquer :
- Tu es…vraiment rayonnante !
Calyst le regarda, étonnée, avant de rougir légèrement :
- Je suis contente d’être rentrée. Je viens juste d’arriver et ça me fait du bien de revoir les miens.
Murtagh sourit tristement. Il aurait aimé dire qu’il comprenait mais cet univers de joie et d’amour lui était totalement étranger. Remarquant son trouble, la jeune femme se racla la gorge et proposa :
- Je te fais visiter ?
Il haussa les épaules, trop dépassé par la situation, avant de demander :
- Je voudrais voir Thorn…
Il ne perçut même pas la peine dans sa voix qui laissa Calyst perplexe. Elle hocha la tête et lui fit signe de la suivre.
- Dis-lui de nous accompagner, je vais t’emmener dans un endroit où il pourra atterrir…
C’est uniquement à ce moment-là que le jeune homme prit conscience de l’endroit où ils se trouvaient. Le navire avait accosté dans un minuscule port dissimulé par la forêt qui le bordait. Le débarcadère était pavé de blanc et le bateau était ancré et relié à de grosses amarres noires. Calyst longea l’eau qui s’éclatait en petits clapotis contre la pierre blanche et s’engouffra sur un petit sentier sablé qui conduisait à une baie au loin. Au détour d’un rocher, ils aperçurent le dragon rouge qui dorait au soleil. Ce dernier se leva à leur approche et les accueillit avec un fort ronronnement.
« Calyst ! »
- Salut Thorn !
Mais le dragon l’ignora presque aussitôt pour frotter son museau contre le jeune homme qui l’accompagnait. Ce dernier se laissa pratiquement tomber à genoux pour l’enlacer tendrement :
« Tu m’as manqué ! »
« Toi aussi bonhomme ! »
La jeune femme les contempla, attendrie, lorsque Murtagh se rappela de sa présence :
- Où est Kean ?
- Avec mon père…Il voulait lui parler, nous le verrons sans doute tout à l’heure. Il risque d’être surpris ! ajouta-t’elle avec un clin d’œil.
Les deux compères sourirent avant de se blottir l’un contre l’autre, oubliant complètement la rôdeuse. Celle-ci décida de retourner au navire, les laissant à leurs conversations mentales. Elle gravit la petite pente et se retrouva bientôt entourée des siens. Une vieille femme aux cheveux argentés et vêtue de jupons multicolores lui saisit la main et la baisa en souriant :
- Petit diablotin, je suis si heureuse de te revoir !
Celle-ci éclata de rire et l’embrassa sur la joue :
- Moi aussi Mimana ! Que s’est-il donc passé en mon absence ?
- Rien de particulier. Mais je pense que tu as mieux à faire que deviser avec une vieille folle comme moi, dit la femme de sa voix chevrotante.
- Une vieille fée pas une vieille folle, rectifia la rôdeuse. Mais oui, j’aimerais assez voir…
- Calyst !
L’interpellée se retourna et vit Murtagh qui accoura vers elle en agitant la main.
- Humm…
- Quoi hummm ? demanda la rôdeuse.
La vieille femme lui décocha un regard malicieux :
- En voilà un beau jeune homme !
- Enfin, Mimanna, fit Calyst, outrée. Ce n’est plus de ton âge !
La concernée lui donna une petite tape sur la tête :
- Pour toi, espèce d'écervelée ! Bien que je ne dise pas non…
- Oh… grimaça la rôdeuse faussement dégoûté.
Toutes deux rirent de concert avant que la jeune femme ne renchérisse :
- C’est un Parjure, tu sais…
Mais la vieille dame s’éloigna en bougonnant :
- Ca ne t’a pas arrêté autrefois…
Le visage de Calyst s’assombrit un court instant puis elle se tourna vers son ami qui arrivait. Il s’arrêta, essoufflé. La rôdeuse le laissa respirer, amusée, puis demanda :
- Je peux t’aider ?
Murtagh inspira :
- Eh bien…Tu avoueras que tout ça est un peu confus. C’est quand même une sacrée coïncidence. Je te rencontre à Uru’baen puis ton oncle essaie de me tuer…
- Te tuer, tout de suite les grands mots…
- Et enfin, il m’emmène chez lui, poursuivit le jeune homme en l’ignorant. Et là je te retrouve ! Dans cet…
Il désigna le navire et les feux de camp d’un large geste et ne put achever sa phrase. Calyst sourit :
- C’est vrai que c’est un peu étrange, je ne m’attendais pas du tout à te revoir dans ces conditions !
Il approuva :
- C’est quoi cet endroit ? Vous êtes un village ? C’est pour ça que vous êtes aussi nombreux ? Et pourquoi vivez-vous sur un navire ?
Devant le flot de questions, la rôdeuse leva les yeux au ciel :
- Je te jure de répondre aussi franchement que possible à ces interrogations mais j’ai vraiment faim. Alors nous parlerons en mangeant si tu le veux bien.
Le jeune homme approuva et la suivit. Ils s’approchèrent du feu où les gens continuaient de chanter et danser et un homme leur tendit deux écuelles avec un sourire. La jeune femme le remercia chaleureusement et entraîna le dragonnier à l’écart du bruit où ils entamèrent leurs repas :
- Que veux-tu savoir ?
- Qui êtes-vous ? Pourquoi êtes-vous si nombreux ? Et pourquoi vivez-vous sur un navire ?
- Ca fait beaucoup de questions d’un coup, fit la rôdeuse, amusée, Mais je peux le comprendre. Tu es ici dans mon clan. Nous faisons partie de la même famille avec les héritiers principaux et d’autres plus éloignés, ce qui explique que nous soyons autant. Tu as vu mon oncle, il y a également mes cousins, plus ou moins proches, des tantes…
- Vous restez toujours ensemble ?
- Certains d’entre nous partent pour quelques mois mais on finit toujours par revenir !
- Pourquoi ? Pourquoi ne pas vivre votre vie loin d’ici ? demanda le dragonnier.
- Pourquoi partir ? Aucun de nous n’a encore trouvé une bonne raison de quitter le berceau familiale tout simplement.
Murtagh secoua la tête. Pour lui, il s’agissait de s’enchaîner à quelque chose d’aussi dérisoire que la famille, de renier une liberté qu’on pouvait acquérir. Il avait toujours pensé que la jeune femme était quelqu’un d’indomptable qui n’appartenait à personne, ce qui l’avait impressionné. Ses révélations le décevaient quelque peu.
« Tu devais te faire une haute opinion d’elle alors, » fit Thorn qui assistait à la conversation.
« Non, ce n’est pas ça. Je pensais juste qu’elle était comme moi, qu’elle n’avait pas d’attache…Mais tout ce monde autour d’elle… »
« Quel mal y-a-t’il à être entouré d’êtres aimés ? »
Murtagh ne répondit pas et enchaîna :
- Un navire, c’est une maison quelque peu originale…
- Oui, c’est ce que m’a dit ton frère également, dit la rôdeuse en riant. Je suis née sur ce bateau et on m’a dit que nous vivions sur cette coque de noix depuis des siècles. Pour être tout à fait exacte, nous sommes recherchés, je le sais. Il nous arrive d’être attaqués mais nous nous défendons et nous repartons de plus belle, c’est ainsi. Alors c’est sûr, un navire est une excellente chose pour éviter d’être capturé.
- Tu sais que c’est le roi qui vous cherche ?
La rôdeuse fronça les sourcils :
- Non, je l’ignorais. Nous avons très rarement été attaqué depuis que je suis en âge de me battre et les troupes envoyées n’avaient pas de couleur ou de bannière particulière. Pourquoi le roi nous chercherait-il ? Nous ne sommes qu’une troupe de voyageurs…
- Conséquente et vous êtes des rôdeurs ! expliqua le dragonnier. Vous êtes alliés aux Vardens, c’est souvent suffisant pour lui, je t’assure !
Mais Calyst l’interrompit :
- Nous ne sommes pas tous des rôdeurs…et pas encore alliés aux Vardens à ce que je sais !
- Quoi ? Mais tu n’es pas…demanda le jeune homme, étonné.
- Et bien oui, mais je suis la seule de mon clan ainsi !
Murtagh fronça les sourcils et se tut, attendant les explications :
- En réalité, lorsque nous atteignons notre majorité, on nous donne des attributions en fonctions de nos compétences. C’est ainsi que je suis rôdeuse depuis mes 16 ans. Mon frère est voleur, mon cousin était un assassin, nous avons également des herboristes, médecins, des chasseurs…Et évite de dire que nous sommes des mercenaires, ça fait mauvais effet ici.
Le jeune homme haussa les épaules et demanda :
- Et Attorio ?
- C’est un alchimiste, répondit simplement la jeune femme.
- Alchimiste ? Avec son caractère ? dit Murtagh, mi-moqueur, mi- inquiet. Vous ne craignez rien ?
Calyst éclata de rire :
- Oh, il a bien failli faire exploser ce navire une bonne dizaine de fois mais mon père lui remonte les bretelles à chaque fois ! Non, il n’en pas l’air mais c’est quelqu’un de bien. Il m’a…
Elle s’interrompit, gênée :
- Enfin bref ! C’est un homme merveilleux…
« Pour t’avoir sauvé, ce n’est sûrement pas un démon ! » assura Thorn.
« Il est vraiment bizarre, renchérit le dragonnier. Il est…protecteur ! »
« Et alors ? Ca ne peut pas te faire de mal, toi qui fait tellement de bêtises ! »
Murtagh grogna et regarda la rôdeuse :
- Comment il s’appelle ?
- Qui ça ?
- Ton clan.
- Nous n’avons pas de nom, enfin pas à ma connaissance. Tu sais, hormis nos supérieurs, nous ne savons que ce que nous avons besoin de savoir.
Murtagh se tut, réfléchissant à tout ce qu’il venait d’apprendre. Un clan autonome parcourait donc les mers de l’Alagaësia, défiant pour une raison obscure l’autorité de Galbatorix qui les traquaient. Et Calyst faisait partie de cette famille :
- Pourquoi ton oncle m’a sauvé ?
- Il ne te l’a pas dit ?
- Non.
- Alors, je n’en sais rien non plus !
Ils se turent un instant , achevant leurs repas puis Calyst se leva :
- Attorio m’a demandé de te ramener à lui, nous ferions mieux d’y aller !
Murtagh soupira et la suivit. Ils remontèrent sur le navire et la rôdeuse l’entraîna à travers les couloirs sombres avant de déboucher devant une immense porte en bois. Un étrange symbole noir y était gravé mais Calyst frappa et entra rapidement avant de dire :
- Ah tu es là…Oui, il est ici…
Elle fit signe au dragonnier d’entrer et ce dernier se figea devant Attorio et un second homme au regard de fauve qui se trouvait assis derrière un bureau. Calyst fit les présentations :
- Voici Amràn. Mon père. »
Le concerné le fixa, une aura menaçante émanant de lui. Un mauvais pressentiment envahit alors le jeune homme.
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Dim 11 Mai - 12:21

Attorio lui adressa un sourire rassurant avant de s’adresser à son frère :
- Je t’ai expliqué la situation, il n’est pas dangereux…
- J’ai compris, répondit Amràn d’une voix froide. Tu peux partir Calyst.
- J’aimerais rester.
Les deux frères se retournèrent, stupéfaits avant de reprendre contenance. Ledit Amràn ne devait pas être habitué à être contredit pensa Murtagh en observant leurs réactions. Ses yeux flamboyèrent mais son frère intervint :
- Ce n’est pas une mauvaise idée, tu sais. Ils se connaissent…
- Il ne manquait plus que ça, soupira Amràn.
Il fixa sa fille du regard mais celle-ci tint bon et ne cilla pas. Au bout de quelques secondes, le jugement tomba :
- Très bien, reste si cela te fait plaisir…
La rôdeuse inclina la tête et adressa un regard de reconnaissance à son oncle. Amràn reporta alors son attention sur le dragonnier qui était resté silencieux durant l’échange.
- Alors…Murtagh, qu’allons-nous faire de toi ?
- J’ignore pourquoi on ne m’a pas tué, avoua celui-ci, un peu déstabilisé par la question.
- Oh moi, je sais…répliqua l’homme en fusillant Attorio du regard. Mon frère a la sale habitude de ramasser tous les chiens perdus qu’il croise même si ce sont ceux de Galbatorix !
Murtagh blanchit et serra les poings. L’attaque avait été imprévisible, rapide et violente. Tout le monde avait été si prévenant avec lui qu’il en avait oublié son statut : Parjure au service de l’Empire qui les traquait. Il capta néanmoins le regard de reproche que lança Attorio et sentit à peine Calyst qui s’approchait de lui comme pour le rassurer. Mais le père de la jeune fille ne semblait pas s’en soucier :
- Ca suffit Amràn, soupira le frère de ce dernier. Me crois-tu fou au point de ramener ici quelqu’un qui pourrait nous nuire ? J’ai confiance en lui…
- Et moi aussi, assura vigoureusement la rôdeuse. Je m’en porte garante !
Leurs paroles lui réchauffaient le cœur mais Murtagh devait avouer qu’il comprenait l’homme antipathique qui le dévisageait. Ce dernier se tourna vers Attorio :
- Que lui as-tu fait ?
- Eh bien, je l’ai ramené, je l’ai soigné en lui appliquant un onguent de ma composition, tu sais celui où j’ai eu besoin d’une silimaüré…Enfin bref, il m’a fallu des jours pour fabriquer ce liquide et d’un coup paf ! Il ne m’en reste plus ! Alors moi, tu me connais, j’ai…
Le dragonnier regarda Attorio, désorienté. Il débitait tout son discours d’une traite, marchant de long en large dans la cabine en faisant de grands moulinets avec ses bras, le visage éclairé d’une nouvelle joie. Il entendit Calyst pouffer de rire derrière lui et ne put retenir de se mordre la lèvre. Amràn se massait les yeux, visiblement lassé du comportement de son frère, et la situation avait quelque chose de comique si on repensait au caractère solennel de la réunion qui avait lieu plusieurs secondes auparavant. Murtagh en profita pour les observer. Ils étaient tous les deux bruns aux cheveux plus ou moins longs. Mais l’un deux avait des yeux verts enjoués alors que l’autre possédait un regard qui reflétait la mort. Et leurs caractères était diamétralement opposés, l’un était froid et dangereux tandis que l’autre respirait la joie et la tendresse. A bien y regarder, Calyst ressemblait plus à son oncle, heureusement. La voix de Thorn résonna dans son esprit :
« Je sais que c’est le père de Calyst mais je ne l’aime pas ! Il sent la Mort… »
« Je ne l’aime pas non plus ! J’ai du mal à croire que ce soit le frère d’Attorio ! »
Ce dernier continuait toujours son babillage mais Amràn intervint :
- J’ai compris. Ce que je voulais savoir, c’était les précautions prises vis-à-vis de Galbatorix ! Si nous sommes repérés par sa faute, tu…
- Aucun risque, le rassura son frère. Il a eu le droit à tous ce que nous avions de plus fort. Potion d’entrave, filtre d’escorte, charme du disparu sans compter le sort du Mort en sursis…
- Oh attendez, fit Murtagh qui commençait à paniquer. C’est quoi ça ? Vous m’avez fait avaler une potion ?
Amràn s’apprêtait à lui dire de se taire mais Calyst intervint :
- Il a le droit de savoir, Père.
Ce dernier la fusilla du regard mais une fois encore, la rôdeuse le défia. Son oncle soupira :
- Il n’y a rien de nocif pour toi ou ton dragon, je te rassure. La potion d’entrave te libère de tes serments…La contrepartie, c’est que tu ne peux plus utiliser l’ancien langage. Le filtre d’escorte t’oblige à être accompagné de l’un de nous à chaque fois et le charme du disparu t’a rayé de cette terre. Plus personne ne sentira ta présence et tu ne peux entrer en contact avec personne d’autre que nous. Le Mort en Sursis…Disons que lorsque ton agresseur t’a planté son épée dans le dos, le roi a du ressentir que tu étais mort, ce qui est faux bien sûr mais bon…
- Je suis libre ?
Le dragonnier était abasourdi. Ca semblait tellement simple…Mais Amràn intervint, agacé :
- Tu n’écoutes donc rien ? C’est étonnant que tu sois toujours en vie, à moins que pour toi être en libre signifie ne plus pouvoir user de la magie et être enchaîné à nous pour le reste de ta vie.
- Je vous rassure, vous êtes si détestable que c’est comme si j’avais été capturé par le roi lui-même, répliqua le jeune homme sur le même ton. Ca ne va pas tellement me changer !
Attorio et Calyst le regardèrent effarés mais Amràn restait impassible, ce qui énerva le dragonnier. Il détestait le personnage qui se croyait au-dessus de tout et il avait raison de dire qu’il ressemblait au roi. Même suffisance, même confiance en soi, même cruauté qui émanait de lui…Amràn se tassa plus confortablement dans son fauteuil et croisa les bras sur sa poitrine. Il appela :
- Carev !
Murtagh reconnut le soldat aperçu dans la bataille qui entra subitement, une épée ceinte à ses côtés.
- Oui Général ?
- Conduis-le au cachot ! Si il résiste, tue-le.
- Bien !
- Père ! protesta Calyst.
Amràn se leva brusquement, ce qui fit reculer sa fille, et prononça d’une voix glaciale :
- J’ai été suffisamment patient avec toi Calyst ! Kean m’a raconté tes exploits à Uru’baen et tu as eu de la chance que le roi soit si clément ! Si ça avait été moi, je t’aurais réservé le même sort que lui !
La jeune femme baissa la tête. C’en était trop pour Murtagh qui se retourna brusquement.
- Je vous interdis de lui…
Il ne vit pas le poing d’Attorio arriver dans son estomac et lui couper le souffle :
- Emmenez-le, dit simplement ce dernier.
Il sentit qu’on le soulevait sans ménagement et se retrouva bientôt dans une geôle sombre et humide. Ses poignets et ses jambes étaient attachés par des chaînes en fers. Le jeune homme grimaça et se massa l’endroit douloureux.
« Thorn ? Tu es là ? »
« Oui… »
« J’ai eu peur… » avoua Murtagh.
« Pourquoi ? »
« Tu n’as pas bougé, je ne t’ai pas senti et tu as rarement pris contact avec moi…Où étais-tu ? »
« Pardon, s’excusa son ami, mais Calyst m’a supplié de ne rien faire de tout ça. Crois-moi, ça a été dur d’assister à cette discussion sans intervenir mais elle devait se douter que ça allait se passer ainsi ! »
Murtagh se tut, avant de reprendre, la voix vibrante de colère :
« Son père vaut bien le roi ! Bon sang, il est haïssable, c’est incroyable ! Je la plains sincèrement ! »
« Hormis lui, elle n’a pas l’air si malheureuse. Je pense qu’elle passe plus de temps avec son oncle et sa famille plutôt qu’Amràn. »
« Oui, elle m’a parlé d’un frère et de cousins…Je préfère quand même être ici plutôt que dans les cachots d’Uru’baen. »
« Moi aussi, » assura le dragon.
Soudain, un cliquetis se fit entendre. La porte s’ouvrit et laissa place à Calyst qui s’avança vers lui, les yeux rougis. Elle se baissa sans un mot et le détacha avant de se relever et de se retourner. Elle esquissa le geste de s’éloigner mais le jeune homme se redressa brusquement et lui attrapa doucement le poignet :
- Ca va ?
- Oui, murmura-t’elle sans se retourner.
- Bien sûr que non…souffla Murtagh.
Quelle question idiote ! Il était pourtant bien placé pour savoir ce que ça faisait. Leurs mains restèrent ainsi, reliées l’une à l’autre sans qu’aucun d’eux ne fasse un geste pour se séparer, puis Calyst se dégagea avant de dire d’une voix neutre :
- Oncle Attorio est intervenu en ta faveur. Tu as le droit d’avoir une cabine et nous ferons en sorte de rester près des côtes pour que tu puisses rejoindre Thorn. N’oublie pas, tu ne peux pas t’éloigner de notre clan.
Le dragonnier acquiesça en silence. Il s’approcha du garde qui l’escorta à sa chambre, identique en tout point à celle où il s’était réveillé. Il vit que des affaires avaient été suspendues et s’allongea sur le lit en réfléchissant à la situation :
« Bon, ça pourrait être pire et au moins, nous sommes loin de Galbatorix… »
« Nous devrions en profiter pour trouver un moyen de nous libérer de son emprise, » suggéra Thorn.
« Tu n’as pas tort, il ne s’agit là que d’une solution secondaire. Comme nous l’a si bien fait remarquer Amràn, nous avons juste changé de geôlier ! répondit amèrement son ami. »
Le silence s’installa avant que Thorn ne demande :
« Tu n’as pas demandé à Calyst ce qu’elle avait dit à Eragon et Nasuada ? »
« …non. »
« Pourquoi ? »
« Je n’ai pas envie de le savoir. Je n’ai pas non plus envie de savoir ce qu’ils ont décidé de faire. J’ai décidé de ne plus me reposer sur les autres mais uniquement sur moi…et toi, » Ajouta-t’il avec un sourire.
« C’est une erreur, Murtagh ! »
« Nous verrons bien…En attendant, tu as raison ! Nous sommes libres de nous renseigner sur la façon de nous libérer de nos serments. Et Attorio a l’air de s’y connaître ! »
« Tu as de la chance, il t’aime bien on dirait ! »
Le jeune homme haussa les épaules lorsqu’il entendit une conversation derrière sa porte. Il se releva et colla son oreille contre la paroi de bois :
- N’insiste pas Calyst, ton père m’a déjà donné ses ordres ! Et tu sais comment il est quand on le contrarie…
- Allons Carev ! Je te demande juste de me laisser l’accompagner ! Tu as sûrement mieux à faire que de rester planté devant cette porte.
- Oui, assura le concerné. Ton oncle a décidé de tester une de ses nouvelles inventions dont il a le secret et je préfèrerais le surveiller…mais je n’ai pas le choix !
- Franchement, je crois qu’Amràn se fiche du gardien du moment qu’on ne le laisse pas s’éloigner et fourrer son nez partout !
- Je ne pense pas qu’il veuille que ce soit toi ! Tu sais très bien ce qu’il pense de…
- Oui, merci, répliqua la jeune femme sèchement. Ecoute, ce n’est pas une demande mais un ordre ! Et si le Général n’est pas content, tu n’as qu’à lui dire que c’est de ma faute !
Le dragonnier entendit un long soupir puis des pas qui s’éloignèrent lentement. Il recula au moment où la porte s’ouvrit et Calyst sursauta :
- Oh, tu m’as fait peur !
- Calyst, si ça doit t’apporter des ennuis, je préfèrerais…
- Mais non, allez viens !
Elle le prit par la main et le fit sortir de sa cabine. Ils descendirent ensuite du navire, évitant les enfants qui chahutaient, et rejoignirent Thorn, allongé à l’écart. Ce dernier grogna à leur approche et ronronna lorsque son dragonnier s’assit contre lui. La rôdeuse prit la parole :
- Pardonne le comportement de mon père ! Il n’est pas très commode…
- Je suis habitué avec le roi, c’est plutôt toi que je plains !
La jeune femme haussa les épaules :
- Je l’ai toujours connu ainsi mais il paraît qu’avant que ma mère ne disparaisse, il était un peu différent. Enfin, c’est ce que m’a dit mon frère mais il a tendance à enjoliver la réalité.
- Tu as un frère également ? fit Murtagh, curieux.
- Oui, plus âgé mais il est en mission, tu ne le verras pas tout de suite.
- Vous êtes vraiment une grande famille…
Calyst fit les gros yeux, ce qui amusa le dragonnier :
- Heureusement pour moi ! Tu m’imagines seule avec mon père ? Je n’aurais pas survécu !
« C’est ce qui m’est arrivé à moi, » pensa tristement le jeune homme.
- Qu’est-il arrivé à ta mère ?
- Je l’ignore. Quand on en parle, on utilise toujours le terme « disparu » mais je ne sais pas si ça veut dire qu’elle est partie ou qu’elle est morte !
- Et tu n’es pas curieuse ?
- Amràn n’aime pas qu’on parle d’elle, répondit sombrement Calyst, et mieux vaut ne pas le contrarier. Et Oncle Attorio ne semble pas connaître le fin mot de l’histoire donc…
Murtagh se tut, un peu surpris. L’attitude de son amie le laissait perplexe mais il devait avouer qu’il trouvait la jeune fille un peu différente de lors de leurs rencontre à Uru’baen. Celle-ci demanda :
- Ta cabine te convient ?
- Oui, ne t’en fais pas ! Où avez-vous trouvé des vêtements à ma taille ?
Le regard de Calyst se chargea de tristesse :
- Ils appartenaient à mon cousin, Erel. Il est mort voilà six mois.
- Désolé, répondit simplement le dragonnier.
La jeune femme le fixa brièvement avant d’ajouter :
- C’était l’unique fils d’Attorio, il ne s’en est pas encore remis…
- Je n’aurais pas dû prendre ses vêtements alors, fit remarquer Murtagh un peu gêné.
Mais Calyst secoua la tête en souriant :
- Ne t’en fais pas. C’est mon oncle lui-même qui a insisté en voyant que tu faisais à peu près son gabarit. Je crois qu’il t’apprécie, je me demande bien pour quoi d’ailleurs, ajouta-t’elle avec un clin d’œil.
Le jeune homme ne put s’empêcher de rire en repensant à leurs disputes quotidiennes lorsqu’ils se trouvaient au château du roi. Finalement, Calyst n’avait pas tellement changé.
- Que vas-tu faire maintenant ? demanda cette dernière.
- Eh bien comme me l’a très justement dit ton père, je ne suis toujours pas libre. Je crois que je vais chercher un moyen de me libérer une bonne fois pour toute de ces maudits serments !
- Mais où est passé le Murtagh abattu que j’ai quitté il y a deux semaines ? se moqua gentiment la jeune femme.
Le concerné grommela :
- Félicite ton oncle…Il sait redonner le moral aux gens désespérés !
- Il a l’habitude, assura la rôdeuse.
« On a de la visite…grogna Thorn ».
Calyst se retourna et pâlit légèrement en voyant deux silhouettes approcher. Une femme d’une trentaine d’année venait vers eux en tenant par la main un petit garçon blond aux cheveux bouclés, âgé d’à peine quatre ans. Murtagh se releva et attendit qu’ils arrivent à leur hauteur avant d’entendre la rôdeuse sermonner la femme :
- Kialen ! Je croyais t’avoir dit de ne pas l’éloigner du camp !
- Pardon Calyst mais il voulait absolument te voir. Tu le connais, il est comme sa mère, quand il veut quelque chose…
Elle poussa le petit garçon qui se jeta dans les bras de la jeune femme. Celle-ci l’étreignit avec ferveur avant de le prendre dans ses bras et de l’embrasser. L’enfant enfoui son visage dans le cou de la rôdeuse et répondit maladroitement à ses caresses. Thorn demanda à Murtagh, surpris :
« Qui est-ce ? »
« Je l’ignore…Sans doute quelqu’un de sa famille ! »
Sentant venir les questions, la jeune femme se retourna et dit :
- Je vous présente Lukan. Mon fils… »

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Lun 12 Mai - 13:02

CHAPITRE 16 : Début d’un nouveau périple



Eragon regardait Nasuada et Arya d’un œil anxieux. Les deux femmes semblaient hésiter entre le rire et la perplexité. Visiblement, aucune d’elle ne savait sur quel pied danser. Attendant leurs réactions, le semi-elfe se mit à détailler la pièce dans laquelle ils se trouvaient. Islanzadi lui avait révélé le nouvel abri des Vardens, partis voilà plusieurs jours. Le jeune homme avait alors rattrapé la princesse elfe et la jeune souveraine dans la chaîne de montagne qui encerclaient Kuasta. Leur nouveau refuge se trouvait non loin de Belatona et Eragon devait admettre que cela ne changeait pas trop de Farthen Dûr. Il était vrai que les grottes dans les rochers restaient le plus sûr des endroits, caché aux yeux de Galbatorix. Néanmoins, il ne s’agissait que de vastes trous creusés par les intempéries et il n’était guère facile de vaquer de l’un à l’autre sans difficultés, tant ils étaient hauts perchés sur les falaises. Le dragonnier reporta son attention sur la pièce. Malgré le fait que ses occupants venaient tout juste de s’installer, elle était richement décorée, de lourdes draperies partant de part et d’autres du plafond, des tapis dorés ornant le sol, un bureau placé au centre de la pièces. Tous ces apparats servaient à souligner le rang de celle qui l’habitait cependant, de nombreux soldats ne cessaient d’aller et venir dans la pièce. Suivant son regard, la reine des Vardens soupira :
« - Je sais que ce n’est pas ce qu’il y a de mieux mais en cas d’attaque du roi, nous sommes en hauteur et donc mieux placés pour riposter.
- Sauf si c’est Murtagh qui est envoyé…Il suffira à son dragon de cracher des flammes dans ces grottes et vous n’aurez aucune issue !
Un sourire étira les lèvres de Nasuada et son visage ébène s’éclaira :
- D’après ce que m’a dit Calyst, nous n’avons pas à le craindre. Il semblerait que son objectif premier soit de te capturer et il est assez malin pour trouver une parade à ses serments nous concernant. Il l’a déjà fait…
- Puisse-t’il t’entendre, murmura le jeune homme.
- Pour en revenir à ce que tu viens de nous révéler, intervint Arya, c’est tout bonnement impossible ! Le Peuple Gris a disparu depuis des siècles, comment auraient-ils pu vivre encore sur cette terre, sans que nous, les elfes, en ayons entendu parler ?
- C’est justement un elfe, le plus sage de tous les sages, l’Estropié qui est tout qui me l’a dit !
Arya se tut, mais à ses seuls yeux flamboyants, Eragon sut qu’elle n’approuvait pas cette croyance :
- Je t’ai expliqué qu’ils s’étaient mêlés aux hommes. Sans doute, se font-ils passer pour des mortels et ainsi, ils sont restés inaperçus aux yeux de tous !
- Ce que je trouve incroyable, c’est que l’on te l’ait dit à toi et non à moi, lâcha l’elfe à contre-cœur avant de se mordre la lèvre, réalisant son acte.
Nasuada ne put empêcher un léger ricanement et Eragon, lui-même, se retint de sourire :
- C’est de la jalousie, Arya ?
- Bien sûr que non, répliqua brusquement celle-ci en piquant un fard.
Elle se détourna et fixa la pierre la plus intéressante qu’elle put trouver. Agacée par les petits rires de ses compagnons, elle se retourna :
- Et donc tu souhaites les trouver ? Mais tu as dit que c’était eux qui apparaissaient aux autres, comment comptes-tu t’y prendre ?
« C’est ce qu’on appelle noyer le poisson, » fit Saphira en riant.
Son ami se retint et ne releva pas avant de poursuivre en fixant la princesse elfe de son regard perçant :
- Gryffleyd va m’y aider !
Les deux femmes pâlirent et Nasuada se leva brusquement :
- Gryffleyd ? Mais tu n’y penses pas, c’est bien trop dangereux ! Tu as vu les dégâts qu’elle a déjà provoqué ?
- Comment le sais-tu ? demanda Eragon en fronçant les sourcils.
Arya croisa les bras sur sa poitrine :
- C’est moi qui lui ait dit. Ce n’était pas compliqué à deviner, tu es si prévisible. On t’envoie vers une épée qui a le pouvoir de changer les gens, et l’instant d’après, tu sautes à la gorge d’Amràn, qui n’est pas le meilleur des hommes je le conçois, mais de ta part à toi…Le garçon qui fait confiance à tout le monde…
Le dragonnier grimaça sous le reproche. Décidément, ce manque de tact allait le poursuivre tout au long de sa vie. Nasuada enfonça un peu plus le clou en renchérissant :
- Nous avons failli faire une croix sur de précieux renforts, sans compter un allié de poids. Cette épée est maudite, ne lui fais pas confiance, acheva-t’elle sur un ton suppliant.
Le jeune homme se tourna vers l’elfe, cherchant un soutien invisible mais elle se contenta de soupirer :
- En quoi pourrait-elle t’aider ?
- Si je la maîtrise, dit-il en regardant sa cicatrice argentée, si je la maîtrise alors peut-être me conduira-t’elle vers ce que je cherche…
« Il faudra tuer quelqu’un, » rappela amèrement sa dragonne.
« Sans doute, le plus difficile. Qui mérite de mourir pour une si minuscule cause ? »
« Mais qui pourrait avoir des conséquences extraordinaires ! »
« Quand bien même Saphira ! Personne n’accepterait un acte pareil, gratuit de surcroît, surtout venant d’un dragonnier ! »
« Galbatorix mériterait d’être tué mais cela ne nous avancerait pas à grand chose, » ricana son amie ailée.
« Peut-être y a-t’il un autre moyen ? »
« Hummm… »
Visiblement, elle ne semblait pas convaincue. Nasuada soupira :
- Que pourrions-nous dire ? Depuis le début, tu suis ton propre chemin, Eragon, même si tu déclares m’avoir prêté allégeance. Oh bien sûr, tu me consultes et tu me tiens informé de tes faits et gestes mais je pense que si un jour je te dis « non »…Tu ne m’écouteras pas !
- Tout dépend de vos arguments, sourit le concerné, honteux.
Il essayait de faire bonne figure mais au fond de lui, le jeune homme savait qu’elle avait raison.
- J’estime que nous nous rendons mutuellement service, avoua-t’il. Je suis officiellement à vos ordres afin de ne pas déstabiliser les Vardens mais en échange, laissez-moi menez ma quête comme je l’entends. Je suis persuadé de suivre la bonne route pour la chute de Galbatorix, pour le renouveau des Dragonniers et pour la libération de mon frère…
Ce dernier argument, il l’espérait, calmerait la jeune reine. Mais cette dernière n’était pas dupe :
- Bien sûr, et tu fais cavalier seul en prenant des risques inconsidérés ! Lorsque tu seras mort en vain, que va-t’il nous arriver ? Les Vardens s’effondreront et les nains et les elfes, malgré toute leur vaillance, succomberont également. Tu sais ce que ça signifie ?
Eragon se tut mais Arya répondit pour lui, d’un ton neutre :
- La fin de tout espoir sur cette terre…Notre fin à nous.
La colère envahit doucement le dragonnier qui parvint à peine à contrôler sa voix tremblante :
- Vous rendez-vous compte de ce que vous me demandez ? Je n’ai jamais rechigné à la tâche mais pour une fois, j’aimerais suivre mon instinct. (Voyant l’elfe sur le point de protester, il ajouta : ) Je ferais attention et je reviendrais si il y a un problème, je le jure, précisa-t’il en ancien langage.
- En effet, j’y veillerais puisque cette fois, je viens avec toi, assura la princesse.
Le dragonnier la fixa et pâlit :
- Pardon ?
- Tu as bien entendu, fit Nasuada avec un petit sourire. Nous avons convenu que lors de ta prochaine escapade, Arya irait avec toi. Ainsi, je m’assure que tu ne fais ni bêtises, ni choses inconsidérées et que tu respectes ton engagement envers les Vardens. Tu es prévenu.
- C’est un manque de confiance, voilà ce que c’est, s’exclama Eragon, outré.
- Ne me dis pas que voyager avec Arya te déplaît, répliqua malicieusement la chef des Vardens.
Tout alla très vite. La concernée détourna les yeux et fit semblant de n’avoir rien entendu tandis que le rire de Saphira vrillait les tympans du jeune homme qui rougissait et bégayait :
- Mais…Je…Enfin, ce n’est pas la question…
- C’est donc entendu, sourit la jeune femme ébène. Tu peux partir, j’aurais l’esprit tranquille.
Le semi-elfe s’apprêtait à protester mais il capta une pensée de Saphira :
« Laisse donc ! Je peux vous porter tous les deux et un renfort supplémentaire ne nous fera pas de mal !»
« Elle posera des questions sur Gryffleyd ! Je ne sais pas si c’est une bonne idée ! »
« Elle a le droit de savoir… »
Eragon soupira avant d’acquiescer :
- Très bien, je n’ai pas vraiment le choix, on dirait !
- Non tu ne l’as pas, assena une ultime fois Nasuada.
Arya resta silencieuse mais quelque chose la contrariait. Le dragonnier se leva pour préparer leurs affaires mais la conversation n’était pas finie :
- Le roi des nains a été élu…
Eragon se retourna brusquement et fixa la jeune femme qui avait dit ça sur le ton de la banalité :
- C’est Orik ?
Sa souveraine grimaça :
- Disons que oui…
- Qu’est-ce que ça signifie ?
- On m’a dit que tu avais été à Tarnag et qu’il y avait eu un incident !
Le visage du dragonnier s’assombrit au souvenir de ce triste épisode :
- En effet…Pourquoi ?
La reine des Vardens se massa la tempe et lâcha :
- Le nain qui t’a invectivé est une personne importante du clan des Larmes d’Anhûin. Les nains ont accepté de faire d’Orik leur roi à condition que Ferban, c’est son nom, l’assiste dans sa tâche et ait un droit de vote à part entière. Comme moi et le Grand Conseil.
- Mais il me considère comme un ennemi ! Je les ai offensés en acceptant le présent de Hrothgar ! cria Eragon, estomaqué.
- Ce qui peut poser problème, avoua Nasuada d’un ton morne. Ils sont en train d’étudier la position à adopter vis-à-vis de Galbatorix mais également de nous-même. Nous serons sans doute fixés un peu plus tard sur notre sort.
Devant l’air contrit du jeune homme, elle ajouta d’une voix apaisante :
- Orik ne nous laissera pas tomber, j’en suis persuadée…
- Oui, sûrement, murmura Eragon.
Cette nouvelle l’abattait considérablement car l’accueil glacial qu’il avait reçu à Tarnag lui avait laissé un goût amer dans la bouche. Là-bas, il avait eu l’impression d’être l’objet d’une violente discorde chez les nains qui aurait pu dégénérer en guerre interne si on était pas intervenu en sa faveur pour calmer les esprits échauffés. L’idée de savoir que les nains allaient être dirigés de concert par un Orik haineux à l’encontre de Murtagh et Ferban qui le détestait, lui, le laissait quelque peu sceptique. Le dragonnier soupira et s’adossa à son siège. Tout cela n’arrangeait pas ses affaires. Tout à coup l’image de son cousin lui traversa l’esprit :
- Où est Roran ? Et comment vont Katrina et les habitants de Carvahall ?
- Tu en as mis du temps à me le demander, lui reprocha Nasuada.
- En vérité, je les pensais avec vous, avoua Eragon.
Arya secoua la tête :
- Ils sont restés à Aberon. C’était préférable en attendant qu’on leur trouve une terre à eux où se reconstruire et ça ne dérange pas Orrin qui a promis de prendre soin d’eux.
- Pour ton cousin et sa fiancée…Ils ont décidé de se concentrer sur leur mariage. Après tout, ils sont fiancés et ils comptent sur toi pour la cérémonie malgré la rancœur de la future mariée à ton égard, semble-t’il, renchérit la jeune femme ébène. Tu ferais mieux de faire profil bas durant quelques temps…
- Oui mais je ne peux m’empêcher d’être content pour eux, sourit le dragonnier.
« Enfin un événement heureux, ajouta Saphira. »
Eragon hocha la tête et se leva, estimant l’entretien terminé, lorsqu’il se rappela d’une chose :
- Concernant ce que Calyst a dit…Vous avez prévu quelque chose pour le troisième œuf ?
Nasuada le fixa, impassible, avant de répondre d’une voix neutre :
- Jörmundur s’en occupe. Avec mon accord, il a envoyé quelqu’un là-bas et nous serons vite fixés.
Ils entendirent Saphira rugir.
« Nous ne devons pas le laisser une seconde de plus entre les mains de cet être maléfique ! »
- Mais votre émissaire…, protesta le dragonnier, inquiet. Vous n’avez pas peur qu’il se fasse capturé et révèle où vous êtes ?
La chef des Vardens laissa échapper un petit rire sans joie :
- Lui-même l’ignore. Nous l’avons contacté par messager, il ne sait pas où nous nous trouvons. Et crois-moi, si il se fait capturer, il aura des choses bien plus importantes à cacher au roi ! Nous n’avons plus qu’à prier pour que tout se passe bien !
- Et trouver rapidement qui est le dragonnier, ajouta Arya.
Tous acquiescèrent en silence, prenant conscience du travail qui les attendait. La fin de la guerre ne semblait pas prête d’arriver mais pour une fois, un avenir un peu plus radieux s’offrait à eux.
« Pour peu qu’il réussisse à le voler », songea amèrement Eragon.
Encore une fois, leur destin à tous reposait entre les mains d’un inconnu ce qui n’avait rien de rassurant. Le jeune homme soupira :
- Je vais préparer mes affaires…
Après avoir salué Nasuada, il s’éloigna, l’elfe sur ses talons, et rejoignit sa dragonne qui piaffait d’impatience.
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Lun 12 Mai - 13:03

Cette dernière salua la princesse d’un signe de tête lorsqu’ils la rejoignirent sur la falaise où elle était perchée.
« Bonjour Arya ! Ravie de voyager avec toi ! »
« Moi également Saphira ! »
Eragon, qui avait suivi la conversation, grommela et commença à harnacher la dragonne avec les affaires qui avaient été préparées pour eux. L’animal s’allongea ensuite et l’elfe grimpa agilement avant d’être rejoint par le jeune homme qui sentit la douce poigne d’Arya lui enserrer le torse . Saphira s’approcha alors du gouffre qui s’étendait devant eux et planta les griffes dans la roche avant de prendre son envol. Le voyage se passa en silence. Ni l’un ni l’autre des passagers ne semblait prêt à le briser, certain que cela empirait la situation gênante. Mais c’était sans compter le caractère spontané de la dragonne qui s’adressa à son ami d’un ton espiègle :
« Vous comptez restez ainsi encore longtemps ? Je m’ennuie, les croassements des corbeaux sont bien plus intéressants que votre conversation ! »
« Arrête, Saphira ce n’est pas drôle ! J’ignore totalement comment me comporter sans faire de maladresses. J’aimerais lui parler de Gryffleyd mais elle m’en voudra sans doute de ne pas lui avoir dit plutôt… »
« Oh oui, sûrement mais si tu attends encore ça va empirer et tu connais Arya ! »
« Malheureusement » soupira le jeune homme.
Elle avait raison, il devait lui parler maintenant. Qui sait, elle pourrait trouver une solution à leurs problèmes. Eragon attrapa donc la main blanche de la princesse qui tressaillit :
- Je dois te parler de quelque chose Arya…
- Tu auras mis le temps, lui reprocha cette dernière.
Le cœur du dragonnier manqua un battement. Sans se retourner, il demanda d’une voix tremblante :
- Que veux-tu dire ?
- Tu es très étrange depuis quelque temps, avec les autres mais aussi avec moi ! J’ai cru un moment que c’était à cause de tes sentiments à mon égard…
- Arya je t’ai assuré que cela ne changerait rien à notre relation !
- Je sais, répondit l’elfe d’une voix plus douce. Et je te fais confiance, je sais que tu ne m’as pas menti en me le disant. Fut un temps où tu m’aurais dit immédiatement ce qui te tracassait, tes interrogations mais j’ai l’impression que ce n’est plus le cas.
Eragon sentit une douleur s’insinuer violemment dans son cœur. Il dut admettre qu’elle avait raison. Lorsqu’ils étaient au Du Weldenvarden, le semi elfe avait apprécié leur complicité mais depuis la bataille des Plaines Brûlantes et surtout sa vision, la situation avait changé et cela semblait attrister la princesse. Saphira intervint :
« C’est le moment ! Elle ne semble pas si furieuse alors dis-lui ! »
Le jeune homme inspira avant de lâcher d’un ton sincère :
- Je suis vraiment désolé si mon attitude t’a blessée mais crois bien que c’était pour ta sécurité…
- Occupe-toi d’abord de toi avant de te soucier de ma survie, répliqua sèchement Arya.
- C’est à propos de Gryffleyd !
La nouvelle eut l’effet escompté puisque l’elfe se tut aussitôt. La peur de l’arme était toujours présente et Eragon sentit sa poigne se resserrer autour de sa taille. Il s’en voulut de l’effrayer ainsi et posa une main rassurante sur celle de son amie. Elle demanda d’une voix neutre :
- Qu’est-ce que Gryffleyd a à voir avec nous ?
- Son pouvoir s’est activé…
Le corps chaud de la jeune femme se pressa un peu plus contre lui et il put sentir son souffle dans sa nuque :
- Que s’est-il passé ?
- J’ai compris pourquoi vous en aviez si peur…Elle contrôle notre Wyrd en nous envoyant des images du passé ou du futur pour nous influencer…
Le silence s’installa mais le dragonnier savait qu’elle avait compris :
- Cela expliquerait-il ton attitude face à Amràn ?
- En effet…J’ai eu peur pour toi…
- Qu’as-tu vu exactement ? demanda l’elfe, méfiante.
Eragon lui expliqua alors en détail la vision qu’il avait eu à Helgrind et se tut, attendant sa réaction. Mais ce fut Saphira qui relança la conversation en demandant :
« Nous t’avions demandé si Amràn avait des raisons de vous en vouloir à toi et ton peuple, t’en souviens-tu ? »
- Oui, je comprends mieux à présent !
- Tu dois t’en méfier Arya, tu n’imagines pas à quel point il semblait enragé ! supplia le jeune homme.
- Eragon, tu as rencontré cet homme tu sais que c’est un déchaîné de nature ! Il aboie beaucoup mais il ne mord pas, ce n’est pas si inquiétant, le rassura la princesse.
Visiblement, elle essayait de se convaincre elle-même car le petit tremblement de sa voix soulignait une inquiétude grandissante. Il le lui fit remarquer :
- Tu es peut-être en danger, toi comme Islanzadi ou les autres elfes. Fais attention c’est tout ce que je te demande !
Elle secoua la tête :
- N’oublie pas une chose…C’est Gryffleyd qui t’a envoyé cette prémonition. Tu me demandes de croire en une épée, qui s’est révélée maintes fois maléfique, plutôt qu’à un homme qui s’est joint à nous et nous a rendu de multiples services, malgré un caractère emporté ! A qui dois-je accorder ma confiance ?
- …A moi, fit simplement Eragon en se retournant.
Leurs regards se croisèrent et il devait la fixer avec intensité car une légère rougeur teinta les joues pâles de l’elfe qui détourna la tête et fixa un point imaginaire dans le ciel.
« Eragon, surveille tes paroles, l’avertit gentiment Saphira. Ce n’est pas le moment de l’embarrasser ou de vous brouiller pour des bêtises ! »
« Mes sentiments pour elle sont loin d’être des bêtises ! répliqua le jeune homme, cinglant. Et je n’y peux rien si je souhaite plus que tout la protéger ! Tu pourrais essayer de comprendre Saphira ! »
« Je perçois ce que tu ressens pour elle et je compatis petit homme mais…C’est un tourbillon de sensations chaudes et douces qui se mêlent à des douleurs insupportables ! Comment puis-je comprendre et réussir à faire la part des choses ? »
« C’est l’amour tout simplement, avoua Eragon d’une voix triste. »
« C’est ridicule ! »
Son ami sourit légèrement :
« Attends que ça t’arrive ! »
« Tu n’es pas prêt de le voir, grogna la dragonne, je ne serais jamais aussi stupide que toi… »
« Nous verrons ! »
Le jeune homme sentit soudainement une main se poser sur son épaule. Il se retourna et vit le sourire timide d’Arya qui le fixait avec chaleur :
- Je te fais confiance, Shur’tugal ! Cependant, tu es jeune et il te manque beaucoup d’éléments avant de porter un jugement si rapide. Je suis sûre que tu ignorais qu’Amràn était le père de Calyst !
Eragon dut s’accrocher à sa selle pour ne pas tomber dans le vide :
- Pardon ?
« Qu’a-t’elle dit ? »
Saphira et lui-même étaient abasourdi mais bientôt la surprise fut remplacée par la peur :
- Calyst a parlé à Murtagh ! La fille de cet homme…Qui sait ce qu’ils ont pu manigancer ?
Arya fronça les sourcils :
- Qu’es-tu en train d’imaginer ? Qu’Amràn et son clan sont du côté de Galbatorix ? Tu vas un peu vite en besogne. Si je puis t’assurer d’une chose, c’est que Calyst et son père ne s’entendent pas très bien pour diverses raisons ! Et pour la dernière fois, Amràn est, pour l’instant du moins, de notre côté alors détends-toi, soupira-t’elle. Et puis elle t’a parlé, non ? T’a-t’elle semblé manipulatrice ?
- Non, bien sûr, avoua le dragonnier, honteux. Mais tu la connais, elle est un peu étrange. Elle cache bien des choses…
- Comme nous tous ! Si je me souviens bien, toi aussi tu es mystérieux, lui reprocha la princesse.
« Elle a raison une fois encore, fit Saphira. Et souviens-toi, je t’ai dis qu’elle avait une bonne odeur. Moi, je lui fais confiance alors attends d’en savoir un peu plus avant de porter un quelconque jugement ! »
« Je ne peux m’empêcher d’être méfiant ! »
« Et c’est une bonne chose mais fais attention à ne pas tomber dans l’extrême ! Ca pourrait te conduire à commettre d’irréparables erreurs ! »
« Tu as raison, que ne ferais-je sans toi Saphira ? » Demanda Eragon en souriant.
« Des bêtises ! »
Ils rirent silencieusement et le jeune homme lui caressa l’encolure avec tendresse. Oui, sans sa dragonne, il était perdu. Elle était sa raison, sa conscience, celle qui le freinait dans ses ardeurs pour mieux qu’il s’envole.
« Mais toi aussi, tu m’es indispensable ! assura son amie ailé d’une voix douce. Et tu mûris à une telle vitesse qu’un jour tu n’auras plus besoin de moi ! »
Eragon releva la note de tristesse avec un sourire et riposta gentiment :
« J’aurais toujours besoin de toi ! Tu ne m’abandonneras pas, n’est-ce pas ? »
« Evidemment ! »
Leur lien mental se coupa mais il sentait toujours l’esprit de Saphira près de lui, lui procurant de sa chaleur et s’en sentit revigoré. Se surprenant lui-même, il trouva le courage de demander à Arya :
- Que comptes-tu faire concernant ma prémonition ?
- Rien.
- Mais…
- Il ne s’est encore rien passé, Eragon, je ne vais pas attiser le feu si il n’est pas encore allumé !
Le jeune homme resta silencieux, ne sachant pas ce qu’il devait demander puis :
- Quand je t’ai demandé si Amràn avait quelque chose à reprocher aux elfes, tu t’apprêtais à me dire quelque chose. Qu’est-ce que c’était ?
L’elfe ne dit rien mais son silence était éloquent.
« Arya ? » demanda Saphira, sentant le danger.
- Je ne peux vous le révéler !
- Il va bien falloir, répliqua calmement Eragon. Ne me fais pas regretter de t’avoir révélé ma vision, s’il te plaît !
La princesse soupira avant d’ouvrir la bouche mais elle fut interrompue par la dragonne qui les avertit :
« Regardez en bas ! »
Ils baissèrent la tête et virent un énorme cercle de cendre dessiner un étrange symbole sur la plaine sous eux.

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mar 13 Mai - 12:03

CHAPITRE 17 : L’attaque



Murtagh se tournait et retournait dans son lit, sans parvenir à trouver le sommeil. La découverte de la veille le hantait plus qu’il n’aurait voulu. Un enfant…Elle avait un fils ! Il avait d’abord été surpris, voir choqué puis avait digéré la nouvelle avec une rapidité surprenante, notamment devant le regard affecté de la jeune femme. Depuis, une question taraudait son esprit : qui était le père ? Cela devait être un homme exceptionnel pour s’être attiré les faveurs de cette entêtée. Mais lorsque le dragonnier avait voulu aborder le sujet, la rôdeuse s’était détournée de lui et avait commencé à s’occuper de son fils :
« Tu t’y es pris comme un manche aussi ! » lui reprocha Thorn.
« Oh ça va, c’était une simple question, ce n’était pas difficile d’y répondre ! »
« Enfin Murtagh, mets-toi à sa place ! C’est sans doute très dur pour elle d’en parler puisque le père de cet enfant n’est apparemment pas ici. Donc disparu ou mort…Je ne pense pas que ce soit très facile d’en parler alors respecte ça ! »
« Je ne suis pas un monstre ! » se défendit le jeune homme.
« Je sais mais comme tu as du mal à comprendre, je vais être plus clair, lui reprocha son ami ailé. La même lueur brille dans vos yeux, la même détresse…Tu n’aimes pas lorsque l’on parle de ton père ou de ton enfance, ne lui parle pas de ce moment de sa vie. »
Murtagh soupira et se retourna une ultime fois sur sa couche, ses mèches brunes tombant librement devant ses yeux :
« Je me demande si Saphira est aussi moralisatrice avec Eragon ! »
« J’en suis sûr ! Vous êtes frères, vous avez les même défauts ! »
Comme à chaque fois, le mot frère résonnait à ses oreilles comme une douce mélodie qui se muait aussitôt en tristesse, au souvenir des erreurs commises qui les avaient séparés. Il secoua la tête pour se libérer l’esprit. C’était sa première nuit depuis longtemps où les serments du roi ne hantaient pas son esprit alors il ne devait plus se torturer ainsi.
« Mais quand même, je me demande bien qui c’est… »
Il sentit que son dragon s’apprêtait à répliquer de se mêler de ses affaires mais l’inquiétude soudaine de l’animal le toucha de plein fouet :
« Thorn, que se passe-t’il ? Thorn ? »
« Ils arrivent… »
« Qui ça ? »
« Murtagh, le bateau va être attaqué ! »
Le jeune homme se leva d’un bond, effrayé. C’était un dragonnier, il n’avait pas peur des combats mais la perspective de retourner à Uru’baen le terrifiait.
« Ne t’éloigne pas Thorn, nous devons les prévenir ! »
Il courut vers la porte et l’ouvrit brusquement avant de se retrouver nez à nez avec un garde qui pointa son épée sur sa gorge :
«- Oh là ! Que fais-tu dragonnier ?
- Vous allez être attaqués, je dois voir Calyst, fit le jeune homme sans le quitter des yeux.
Le soldat fronça les sourcils :
- Que vas-tu inventer là ? Ne pense pas que je vais te croire simplement parce que tu es un ami de Cal…
- Je n’invente rien, mon dragon les a senti ! répliqua Murtagh qui sentait la fureur prendre part de ses membres.
« Dépêche-toi, ils approchent !! »
Le dragonnier inspira pour se calmer avant de répondre rapidement, d’un ton nerveux :
- Ecoutez…Carev. Des gens s'avancent vers cet endroit. Qui ils sont je l’ignore, tout ce que je sais, c’est qu’ils viennent avec de mauvaises intentions. Cet endroit est la meilleure chose qui me soit arrivé depuis longtemps et les gens qui m’ont accueilli…Je leur dois quelque chose ! Je ne veux pas voir ce bateau en cendre, ni ses occupants baignant dans leur sang. Emmenez-moi voir Calyst ou Attorio, ils m’écouteront eux !
Le soldat le dévisagea comme pour le sonder avant de se détourner et de grommeler :
- Je le savais qu’il nous amènerait des ennuis…Fichus alchimistes qui n’en font qu’à leur tête !
Murtagh le suivit en poussant un soupir de soulagement. Quelques mètres plus loin, Carev s’arrêta devant une porte en bois que le jeune homme reconnut comme la cabine où il s’était réveillé plusieurs jours auparavant.
« Murtagh ! »
« On y est, Thorn ! »
Le soldat frappa puis entra lorsqu’une voix ensommeillée lui répondit. Le dragonnier pénétra dans la pièce et vit une silhouette sortir de son lit. Calyst se trouvait devant eux, l’air interrogateur, les cheveux dénoués et une fine robe blanche tombant à même le sol.
- Que se passe-t’il ?
- Il dit que nous allons être attaqués, fit Carev en le désignant d’un signe de tête.
Un lueur d’inquiétude traversa le regard de la rôdeuse qui ramena ses cheveux en arrière.
- Par qui ?
- Je l’ignore, répondit Murtagh. C’est Thorn qui me l’a dit et il n’est pas rassuré..
- Merci Carev, fit la jeune femme en congédiant ce dernier.
L’interpellé lui jeta un regard surpris avant de s’incliner et de tourner les talons. Calyst attrapa une robe de chambre sombre et sortit de la pièce, entraînant le dragonnier à sa suite. Ils se rendirent à la cabine frappée d’un symbole noir et la jeune femme rentra précipitamment sans frapper. Ils s’arrêtèrent subitement en voyant Amràn, assis à son bureau éclairé par une bougie, en train de lire une lettre qu’il rangeât en les voyant arriver. A la vue du jeune homme, son regard s’enflamma mais sa fille tenta de l’apaiser :
- Nous allons être attaqués, il est venu me prévenir !
Le général se leva de son bureau et s’approcha des deux jeunes gens avant de fixer longuement Murtagh :
- Comment le sais-tu ?
- Mon dragon l’a senti, répondit ce dernier avec un air de défi.
L’homme regarda sa fille qui hocha la tête. Il réfléchit encore quelques instants avant d’annoncer :
- Préviens Attorio et Kean et sonnez le branle-bas ! Les femmes et les enfants prennent le plus d’affaires possibles et se rendent dans la grotte que nous avons trouvé ! Tu t’occuperas du navire avec Kean !
- Bien…
C’était une manœuvre qui semblait habilement rôdée car Calyst sortit immédiatement. Mais ils semblaient oublier un détail :
- Et nous ?
Amràn le dévisagea, surpris :
- Quoi toi ?
- Thorn et moi nous voulons vous aider ! Il suffira de nous dire ce que nous devons faire et je ne contesterais aucun ordre !
- Il n’en est pas question.
La réponse avait été donnée d’un ton calme et froid mais qui n’admettait aucune réplique. Cependant, le jeune homme ne se démonta pas :
- Pourquoi ? Si c’est parce que nous nous sommes affrontés la prem…
- Ca n’a rien à voir, le coupa sèchement Amràn. Je suis Général, je sais faire la part des choses !
- Alors quoi ? Un dragonnier à vos côtés n’a rien d’un luxe !
Murtagh ne savait plus quoi penser. Il avait prouvé sa bonne foi en les avertissant et ils ne semblaient pas le craindre alors pourquoi se priver d’un renfort pareil ? Le père de Calyst soupira et ses yeux flamboyèrent, signe d’une nervosité extrême :
- Je te rappelle que tu es sensé être mort ! Quels que soient les hommes qui sont dehors, nous ne pourrons sûrement pas tous les éliminer ! Si ils te voient, crois bien que la nouvelle de ta survie miracle ne tardera pas à parvenir aux oreilles du roi ! C’est ce que tu veux ?
- Non…répondit le dragonnier en fixant son interlocuteur avec colère.
Il se sentait frustré de ne pouvoir participer à la bataille pour prouver qu’il n’était pas du côté du roi mais il devait avouer qu’Amràn avait raison. Ce dernier reprit :
- Toi et ton dragon, vous irez avec les femmes et les enfants…
Les joues du jeune homme brûlèrent soudainement à cette involontaire comparaison. De toute sa vie, jamais il n’avait subi une telle humiliation et le Général releva la réaction avec un petit sourire de contentement. Néanmoins, il reprit son sérieux :
- Cependant, si jamais ils venaient à découvrir votre cachette, j’ose espérer une quelconque protection de ta part !
Murtagh grommela et se détourna lorsqu’un soldat aux longs cheveux noirs pénétra dans la cabine :
- Vous m’avez appelez ?
- Syaz, tu accompagneras ce jeune homme à la grotte avec les autres. Ne le quitte pas des yeux et si il cherche à s’échapper, tue-le sans hésiter !
- Bien Général !
Sans plus attendre, le dragonnier partit en silence, le soldat sur ses talons. Lorsqu’ils sortirent sur le pont principal, leurs yeux s’habituèrent à l’obscurité et Murtagh vit l’effervescence qui agitait le clan. Des hommes couraient s’armer en hurlant des ordres aux femmes et aux enfants sur le quai qui préparaient les bagages. Une longue file était déjà en train de se diriger sur la plage. Un bruit d’aile se fit entendre et Thorn se posa près de la forêt.
« Je sais que cela ne t’enchante pas de rester en retrait et mes griffes le regrettent également mais il a raison ! »
« Je sais… » soupira son ami en observant l’agitation autour de lui.
Soudain, il avisa Calyst, un genoux à terre qui parlait à son fils. Ce dernier se frottait les yeux et serrait la main de sa mère en l’écoutant attentivement :
« Elle est habillée pour combattre ! » nota le dragon rubis.
« Oui, elle participe à la bataille… » répliqua amèrement le jeune homme.
Elle portait une jupe noire qui descendait sous les genoux et un corset argent. Seule une manche noire était reliée à ce corset. Deux bottes foncées montaient jusqu’à ses genoux et une épée était ceinte sur le côté. La jeune femme enlaça Lukan avant de le confier à sa nourrice. Murtagh s’apprêtait à l’appeler lorsqu’une vieille femme le bouscula :
- Amràn m’a dit que tu venais avec nous alors rends-toi un peu utile, mon garçon !
- Qui êtes-vous ? répliqua le jeune homme brun, un peu vexé.
- Je m’appelle Elia mais tout le monde m’appelle Mimanna, répondit-elle avec un sourire qui dévoilait sa bouche édentée.
Bizarrement, malgré son aspect misérable, elle semblait énergique et pleine de vie. Il soupira avant de la décharger d’un gros sac et de se diriger vers la grotte.
« Viens Thorn, allons-y ! »
Le dragon s’envola alors et plana au-dessus d’eux, sous les regards émerveillés des enfants. Arrivé à la grotte, il aida à décharger avant de jeter un coup d’œil à l’endroit où ils se trouvaient. L’endroit était suffisamment haut pour que Thorn puisse y tenir debout et des petits lacs parsemaient le sol. Des diamants étaient incrustés dans les parois en pierre et les stalagmites se dressaient fièrement vers le haut. Les femmes et leurs enfants, ainsi que les vieillards étaient là, se soutenant mutuellement. Thorn s’approcha de lui et Murtagh enfouit sa tête dans le creux de ses bras. Il resta ainsi prostré quelques minutes jusqu’à ce que Thorn le tire de sa rêverie :
« Regarde, nous avons un visiteur ! » fit-il d’un ton réjoui.
L’interpellé releva la tête, surpris, et remarqua le petit garçon qui se tenait face à eux. Lukan…Il portait un pantalon noir ample et une chemise blanche un peu grande pour lui qu’il mordillait tout en les dévisageant avec curiosité. Ses yeux ne quittaient pas Thorn, ce qui amusait ce dernier :
« Il a le regard de sa mère en tout cas… »
« Où est la femme qui s’occupe de lui ? Kialen ? »
Apparemment, l’enfant l’avait semé car personne ne semblait se soucier de lui. Murtagh jeta un coup d’œil sur son surveillant. Syaz était en pleine conversation avec Elia qui s’énervait contre lui pour une raison un peu obscure. Rassuré, le jeune homme brun se tourna vers l’enfant et lui fit signe d’approcher. Ce dernier jeta un coup d’œil interrogatif autour de lui avant de courir et s’arrêter maladroitement devant eux.
- Bonjour, fit doucement Murtagh.
Lukan ne répondit pas mais tendit sa petite main que le dragonnier serra en souriant. Il le détailla tandis que le garçonnet regardait Thorn, admiratif :
« Des cheveux blonds…Mais tous les enfants foncent ensuite, il sera sans doute châtain plus tard. Des yeux marrons très clairs…Sans doute ceux de son père ! »
« Et alors, rit son dragon. Tu vas regarder tous les hommes présents ici qui ont ses yeux pour savoir qui est son père ? »
« Ca m’intrigue, je l’avoue. Mais oui, il a le sourire de sa mère… » poursuivit le jeune homme.
Thorn approcha alors sa grosse tête rubis de l’enfant et le renifla :
« Il a son odeur aussi. Mais une autre, plus étrange, y est mêlée…Plus inquiétante… »
« Plus inquiétante ? Ce n’est qu’un enfant en quoi est-il inquiétant ? »
« Ce n’est peut-être pas la sienne mais celle de l’homme mystérieux… »
Murtagh resta silencieux. Le petit concerné approcha alors sa main du museau de l’animal ailé et le caressa. Le dragon laissa échapper un ronronnement de plaisir qui fit sourire son jeune maître.
« En tout cas, il n’est pas très causant. N’est-ce pas étrange pour un garçon de son âge ? »
« Je ne l’étais pas non plus, avoua tristement le dragonnier. »
Soudain, Lukan releva la tête, effrayé et courut se cacher derrière une des immenses pattes du dragon rubis. Les deux amis le regardèrent, surpris, avant de sentir une autre présence. Elia se tenait devant eux avec un petit sourire :
- Je vois que vous avez fait la connaissance de Lukan…
- En effet, répondit le dragonnier, méfiant.
La vieille femme ne lui inspirait pas confiance comme si elle cachait quelque chose. Malgré tout, il devait avouer qu’elle le surprenait à être si énergique. Mais elle semblait terrifier le fils de Calyst qui se blottissait en tremblant contre Thorn.
- Où est Kialen, grommela Elia. C’est elle qui doit s’occuper de lui pas vous !
- Il ne me dérange pas, assura le jeune homme.
La vieille femme lui décocha un regard noir comme les ténèbres :
- Ce n’est pas le problème. Lukan est spécial, il a besoin d’être surveillé !
- Parce que c’est le fils de Calyst ?
- Parce qu’il est malade…
Le jeune homme observa le petit garçon qui les regardaient d’un air craintif :
- Il m’a pourtant l’air en bonne santé…
Elia ricana d’une voix chevrotante avant de tousser :
- C’est une maladie qui ne se voit ni ne s’entend…Il est muet ! Il n’a pas prononcé un seul mot depuis qu’il est né…
Murtagh haussa les épaules :
- Il est très jeune, ce n’est pas forcément irréversible ! Quel âge a-t’il ?
- Il va avoir quatre ans dans trois semaines…Mais ça ne changera pas grand-chose !
Le regard du dragonnier se mua en une légère angoisse. Dans trois semaines, cet enfant fêterait son anniversaire, sa mère était en train de battre…Et lui, il était bloqué ici ! Il serra les poings, c’en était rageant !
- Pourquoi cela ne changera rien ?
- C’est Amràn qui a scellé sa voix ! Lui seul pourrait le défaire de ce puissant sortilège !
La colère envahit l’esprit du dragonnier et les yeux de son dragon rougeoyèrent de rage tandis que l’image du Général leur revenaient en mémoire. Ils tournèrent leurs regards attristés vers le garçon qui les fixait attentivement, sentant que l’on parlait de lui.


Dernière édition par Lymel le Mer 14 Mai - 14:09, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mar 13 Mai - 12:04

Calyst tourna son regard vers la plage, anxieuse.
« J’espère que Murtagh n’a pas fait de scandale ! »
Un fauve couleur de neige s’avança lentement vers elle :
« Cesse donc de t’inquiéter pour lui ! Je pense qu’il a compris où était son intérêt et qu’il a saisi qui était Amràn ! C’est un jeune homme intelligent ! »
La jeune femme haussa les épaules et soupira :
« Ca dépend des fois ! »
Kean grogna avant de se tourner vers la vingtaine d’hommes qui se trouvaient derrière eux. Ils étaient tous armés de lances, d’épées et d’arc. La particularité de ce clan était leur refus de porter des armures ou une quelconque protection. Les seules parures qu’ils s’accordaient étaient des jambières ou des coudières en argent, portant le symbole de la cabine d’Amràn. Pour la plupart, ils étaient torses nus, des symboles noirs tracés sur la poitrine et parcourant leurs visages. Chacun arborait un air différent, l’indifférence, la colère, l’anxiété. Calyst les regarda en souriant car tous faisaient partis de sa famille et chaque membre l’avait choyé depuis sa naissance. Kean se retourna brusquement vers le ciel et gronda :
« Les voilà ! »
Le regard de la rôdeuse s’assombrit et elle fixa la pleine lune, située haute dans le ciel. Grâce à cette lueur blanche, ils virent des silhouettes se détacher de l’obscurité et approcher du navire. La jeune femme écarquilla les yeux et s’approcha rapidement du bastingage tandis que ses hommes murmuraient derrière elles :
- Qu’est ce que c’est que ces créatures ?
« Ils volent ? » pensa Calyst, affolée.
Ce fut Kean qui répondit d’une voix grave :
« Des dragons, générés par la magie des Ombres. Eux-même ne doivent pas être loin ! »
- Il faut prévenir le Général, fit un des hommes.
- Tu as raison. Viörd, appela la rôdeuse, porte lui le message. Dis-lui également que nous allons retarder les unités volantes mais pour les tuer, il faudra sans doute éliminer les Ombres qui sont ici !
Un jeune homme d’une vingtaine d’année sortit des rangs et se dirigea vers le pont mais Calyst le retint :
- Dis-lui bien sinon je ne donne pas cher de notre peau !
- Ne t’inquiète pas, je le ferais ! le rassura ce dernier.
Il s’approcha du bastingage et l’enjamba prestement avant de disparaître dans la nuit. Kean demanda :
« Où sont-ils ? »
« Oncle Attorio devait les attirer dans la forêt…Mais nous avions prévu qu’ils arriveraient par le sol ! Et Amràn leur portait le coup final au Nord cependant j’ai l’impression que nous allons devoir réviser nos plans !
« On dirait… »
La jeune femme se retourna et effectua quelques signes pour que les soldats se mettent en place.
« Tu as un plan ? » demanda le fauve.
« Non…et toi ? »
« Non plus ! » avoua-t’il.
« Le plus important, c’est de les tenir éloignés de la plage, réfléchit la jeune femme, puis éviter que le navire n’ait trop de dégâts, gagner du temps afin qu’Amràn et Oncle Attorio fassent déguerpir les Ombres…Tout ça en tâchant de rester en vie bien sûr ! »
« Cela va de soi, » ironisa son ami.
Un cri horriblement aigu retentit et, malgré tous leur courage, ce hurlement leur glaça le sang.
- Les voilà ! Hurla un des soldats.
Presque aussitôt, le pont trembla. Les cinq créatures venaient d’atterrir face à eux et les fixaient de leur yeux rouges où se reflétaient la cruauté de leurs maîtres. Calyst les jaugea rapidement, sentant un frisson lui parcourir l’échine. Effectivement, elles avaient quelques traits communs avec la race des dragons, entre autre leurs crocs et leurs griffes incroyablement longues et acérés. Mais leurs ailes étaient également pourvues d’armes car des serres les terminaient. Leurs têtes, ornées de cornes, étaient écrasées et des langues de feu claquaient dans leurs gueules. Ils étaient tous de la couleur des ténèbres et de la fumée les entourait comme pour les cacher au vu et au su de tous. Cependant, leurs carrures étaient impressionnantes car ils dominaient les soldats effrayés de toutes leurs hauteur, en se tenant sur leurs deux pattes arrières. Ces derniers se tenaient en position de combat et attendaient les ordres en silence. Durant quelque secondes, on entendit seulement le vent qui sifflait dans les cordages. Soudain, un hurlement retentit et lorsque la rôdeuse tourna la tête, elle vit un de ses hommes se faire happer par un nuage d’ombre qui l’entraîna par dessus bord avant de le laisser se faire engloutir par la mer. Ce fut le signal. Les soldats se ruèrent en poussant de puissants cris, toutes armes dehors. Loin de reculer, les bêtes assenèrent des coups de griffes, faisant tomber les courageux guerriers, les uns après les autres. Kean sauta sur l’une d’entre elle et planta ses crocs dans la chair de l’animal avant de rugir :
« Ils n’ont pas de corps ! »
Calyst, aux prises avec l’un des monstres, crut qu’elle allait défaillir à cette annonce. Un soldat s’approcha dans le dos de l’animal et lui planta sa lance dans une de ses pattes. Profitant de la surprise, la jeune femme enfonça rapidement son épée dans le poitrail sombre qui s’offrait à elle. Son arme s’y enfonça sans difficulté, jusqu’à disparaître entièrement, engloutie par son ennemi qui ne semblait pas ressentir la moindre douleur. D’un revers de la queue, il balança le courageux soldat qui finit sa course dans le mât du navire, avant de retomber sur le sol, inanimé. Il se tourna alors vers la rôdeuse qui ne le quittait pas des yeux.
« Kean ! »
Mais le fauve était bien trop occupé à faire reculer l’une des créatures à grands renforts de griffes. Calyst vit trop tard la patte qui s’abattit sur elle et l’envoya se cogner brutalement contre le rebord en bois du navire. Sonnée, la jeune femme secoua la tête avant d’attraper une hache qui traînait sur le sol.
« Pas moyen de les blesser physiquement et nous n’avons aucun magicien dans nos rangs ! » récapitula la rôdeuse, affolée.
Il ne fallait plus que compter sur l’aide de son père et de son oncle, ce dont elle avait horreur. La rôdeuse se glissa prestement sous les pattes de la bête monstrueuse qui se précipitaient vers elle. Cette dernière hurla de rage et son cri s’accentua quand la hache vint se planter dans son dos :
« C’est inutile, déplora la jeune femme en voyant sa hache disparaître de la même manière que son épée, nous frappons des fantômes ! ».
Soudain, elle se sentit violemment saisie par la poitrine et retournée brutalement. Une des créatures la tenait dans son immense main et la fixait de son regard impitoyable. Calyst paniqua et se débattit lorsque l’animal resserra sa prise, la faisant hurler de douleur. Elle haleta et jeta un regard autour d’elle. Ses hommes tombaient les uns après les autres, ses cousins, ses oncles, et pas une seule de ces créatures n’avaient péri. Elle reporta son attention de la créature qui grognait de plaisir. De la fumée sortait de ses naseaux et la jeune femme vit qu’ils commençaient à être tous les deux enveloppés d’un nuage de fumée noire. La créature ouvrit sa gueule et une boule de feu commença à se former à l’intérieur :
« Non ! »
La rôdeuse le frappa, le griffa mais rien n’y fit. Désespérée, elle poussa un cri strident avant d’entendre :
- Garjzla !
Une lumière intense les aveugla avant que la poigne meurtrière de la bête ne se relâche et que la jeune fille ne tombe à terre. Aussitôt, elle sentit une main la saisir par la taille et la tirer en arrière :
- Père ?
- Je ne pense pas que ton père se serait déplacé pour toi, sans vouloir t’offenser, lui répondit une voix grave.
Calyst crut que ses jambes allaient se dérober :
- Murtagh ?! Mais tu ne dois pas…
Le jeune homme la regarda. Il la tenait contre lui et offrit un sourire moqueur :
- Les Ombres ne connaissent pas mon visage et Thorn est resté à la grotte pour retenir Syaz ! Il est entêté cet homme !
La jeune femme bafouilla et le dragonnier la relâcha :
- Laisse-moi m’en occuper, j’ai une dette envers vous, et tant pis pour ton père ! Je ne peux pas les tuer mais je crois que vous avez pris des dispositions pour éliminer leurs créateurs !
« En effet ! Ravi de te revoir, jeune homme ! »
Le concerné se retourna, surpris, et dévisagea le fauve avant de comprendre :
- Kean ? Tu es Kean ?
Le tigre ailé poussa un grognement pour acquiescer :
« Comment comptes-tu t’y prendre ? »
- Ils n’aiment pas la lumière, sourit le dragonnier. Je vais leur en donner un peu ! En espérant que d’ici là les Ombres seront morts ou bien partis…
« Nous t’aiderons, assura le tigre ailé, n’est-ce pas Calyst ? »
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mar 13 Mai - 12:05

Sceptique, cette dernière hocha néanmoins la tête. Les trois guerriers se remirent en place et Calyst siffla le rappel. Ils furent bientôt rejoints par la dizaine d’homme encore debout. La rôdeuse regarda autour d’elle, dépassée. Le navire était parsemé de petits foyers qui ne demandaient qu’à s’embraser et, hormis le rugissement guttural des créatures, la moitié des soldats étaient à terre, gémissant et baignant dans leur sang. La jeune femme sentit la peur lui saisir la gorge avant de remarquer une étrange lueur qui brillait dans les yeux de Murtagh. Celui-ci leva les bras et murmura quelques mots dont la rôdeuse ignorait la signification. Une lumière blanche apparut au creux des ses paumes et lorsqu’il les abaissa en direction des créatures, elle éclaira tout le navire. Les bêtes renâclèrent avant de rugir et de se couvrir les yeux. La lueur devint de plus en plus forte et aveuglante et elles reculèrent lentement vers la mer. Les guerriers se précipitèrent alors vers elles, les menaçant de leurs armes. La rôdeuse se tourna vers Murtagh, le visage rayonnant, mais son sourire s’effaça aussitôt. Le jeune homme était pâle et tremblant, sans compter les gouttes de sueur qui tombait le long de son visage.
« Si Amràn ne se dépêche pas d’intervenir, il ne tiendra pas longtemps, constata Kean. »
La rôdeuse jeta un regard angoissé sur les alentours mais ne vit aucun renfort arriver. Ce qui l’inquiétait, c’était l’absence de trace de combat dans la forêt. Si ils ne combattaient pas, ce la signifiaient que les Ombres seraient encore là pour un bon bout de temps. Au même moment, un sifflement se fit entendre. Les bêtes se tordaient sur le sol en poussant des rugissements aigus de douleur. Ils griffaient le bois comme si ils étaient transpercés de lames invisibles, s’enfonçant sans fin dans leurs chairs. Murtagh cessa d’émettre la lueur et s’avança, haletant, vers elles. La voix de Kean retentit :
« Méfie-toi dragonnier… »
Murtagh se retourna et eut un sourire rassurant :
« Je ne pense pas que… »
Une onde noire se propagea alors et il fut projeté subitement contre une des parois en bois du navire avant de retomber lourdement à terre. Kean et Calyst se précipitèrent vers lui :
- Murtagh !
« Eh petit, ça va ? »
Mais le jeune homme était inanimé au grand dam de ses deux amis. Un long filet de sang coulait de sa tempe et il respirait difficilement :
« Comme la dernière fois…nota amèrement la jeune femme. »
Ce n’était pas la première fois qu’il lui sauvait la vie et mettait la sienne en péril. Un des soldats s’avança, l’air enjoué :
- Ils ont disparu…Le Général a réussi !
« Tu devrais remercier Murtagh plutôt, » rectifia Kean.
Le guerrier avisa alors le jeune homme, allongé à terre :
- Il va bien ? fit-il embarrassé.
Un grognement se fit entendre :
- …j’ai connu pire…
Calyst soupira de soulagement en le voyant éveillé et s’agenouilla :
- Tu m’as fait peur idiot !
Spontanément, elle se jeta à son cou et l’étreignit mais le dragonnier grimaça :
- …Pas que ça me déplaise mais je crois que j’ai une côte cassée !
- Oh désolé !
Kean gronda :
« Nous te devons une fière chandelle en tout cas ! »
- Nous sommes quittes plutôt !
- Voilà Amràn, murmura Calyst.
La jeune femme se releva et alla à la rencontre de son père, la peur au ventre. Celui-ci semblait furieux, le visage blafard et ses yeux noirs lançaient des éclairs de fureur. Bien qu’elle s’y attende, la gifle eut le même effet que si il l’avait brûlé avec un tison et le sang dans sa bouche avait un goût salé.
- Tu es donc si faible qu’il faut un Parjure pour t’aider à survivre ? J’ai honte de toi !
La jeune femme baissa la tête et ne répondit rien. Il l’ignora et s’approcha du dragonnier qu’il releva en l’attrapant par les cheveux. Kean gronda pour montrer sa désapprobation mais d’un regard, il lui intima de se taire.
- Que t’avais-je dit ? murmura le Général d’un ton qui n’avait rien d’amical.
- Vous auriez laissé mourir votre propre fille ? riposta Murtagh. Je ne suis peut-être pas le seul à avoir eu un homme qui n’a de père que le nom…
Amràn pâlit et l’envoya avec une force incroyable contre le mât. Le jeune homme se retint de hurler sous la douleur et serra les dents avant de fixer son ennemi :
- Je sais très bien qui était ton père et j’aurais dû lui intimer d’être plus sévère avec toi quand nous nous sommes rencontrés !
L’effet fut celui escompté car le jeune homme tomba des nues. Ils s’étaient rencontrés ? Calyst s’approcha et aida son ami à se tenir debout avant de lancer un regard de défi à son père :
- Cela suffit ! Murtagh vient de me sauver et il l’a fait en respectant vos ordres ! Personne ne sait qu’il est en vie car personne n’a vu Thorn ! N’est-ce pas là le principal ?
- Fais-toi discrète Calyst, je ne me souviens pas que tu ais accompli un quelconque exploit aujourd’hui ! Quand à lui, dit-il en désignant le dragonnier d’un mouvement de tête, puisqu’il a l’air décidé à ne suivre aucun ordre, il n’y pas de raison pour qu’il ait des privilèges. Il passera la nuit dans la cale !
La rôdeuse s’apprêtait à protester lorsqu’elle sentit une main apaisante sur son épaule.
- Laisse, je lui parlerai demain lorsqu’il sera calmé, murmura Attorio. Si d’ici-là, Murtagh survit à un petit séjour dans une cale !
Ce dernier hocha la tête, épuisé, avant de retomber au sol. Calyst s’agenouilla à sa hauteur :
- Je vais chercher les médecins…
- Ca ira, je peux me soigner tout seul…Et tu es blessée aussi, fit-il remarquer en désignant sa lèvre.
- Ce n’est rien…
- Au moins, Lukan aura sa mère pour son quatrième anniversaire…
La jeune femme le regarda, surprise :
- C’est Elia qui me l’a avoué…
- Il y a des jours où je me dis qu’elle ferait mieux de se mordre la langue !
Attorio, qui avait assisté à la conversation, sourit et aida le dragonnier à se rendre dans une des cabines, sorte d’infirmerie, suivi de près par sa nièce. La pièce était remplie de bandages et de lotions qui embaumaient l’air. Thorn demanda :
« Bonhomme, tu vas bien ? »
« Oui, ne t’en fais pas ! Et toi ? »
« Tout ce que j’avais à faire c’était menacer un humain tout tremblant armé d’un cure-dent ! Rien de très dangereux, ni de palpitant comparé à toi ! »
« J’ai revu les Zaïros… »
Il entendit son dragon renâcler et demander :
« Où sont-ils ? »
« Morts. Tués par Amràn et ses hommes… »
Thorn ne dit rien et se tut. Calyst s’approcha et lui ôta sa chemise sans qu’il n’oppose de résistance, avant de rester interdite devant ce qu’elle voyait. Murtagh ne dit rien et se contenta de regarder la fenêtre. Son corps musclé était tailladé de cicatrices plus ou moins fraîches et tous les bleus n’avaient pas disparus.
- La dernière fois…
- J’étais brûlé, tu n’as pas pu les voir, fit Murtagh en haussant les épaules. Et le roi s’est un peu plus énervé depuis que tu es partie…
Devant son silence, la jeune femme n’ajouta rien et soigna ses plaies. Tout ça lui rappelait une des rares périodes agréables d’Uru’baen. Mais c’était méconnaître Calyst :
- Pourquoi le roi s’est-il acharné sur toi ?
- Il est fou, ne va pas chercher plus loin ! Et toi, pourquoi Amràn a scellé la voix de ton fils ? contre-attaqua le jeune homme.
La rôdeuse le fusilla du regard avant de soupirer :
- La prochaine fois, j’arrache la langue d’Elia…
- Si tu veux mais ça ne répond pas à ma question !
- Il a dit que c’était pour me punir…
- Te punir de quoi ?
- D’avoir aimer le père de Lukan tout simplement…
Calyst lui lança un étrange regard et Murtagh soupira, se rappelant des recommandations de son dragon, puis changea de sujet :
- Tu savais qu’Amràn avait rencontré mon père ?
- Je sais que, durant une période, il était en relation, si on peut dire, avec le roi. Peut-être qu’ils se sont rencontrés là-bas…
- Avec le roi ? Ca ne m’étonne pas, ils se valent autant l’un que l’autre…
La rôdeuse le fixa, impassible, avant qu’il ne rectifie, embarrassé :
- Enfin, je veux dire…Tu as bien vu comment il est avec toi !
Elle ne dit rien et soupira tandis que le dragonnier lui caressait la joue, encore rouge du coup porté :
- Je suis navré qu’il t’ait frappé, tu ne mérites pas ce qu’il t’a dit…
Calyst eut un triste sourire avant d’attraper doucement la main du dragonnier et de déposer un léger baiser sur ses doigts.
- Il y a beaucoup de choses que nous ne méritons pas !
C’est le moment que choisirent les trois soldats pour entrer et escorter le jeune homme dans sa cellule.

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mer 14 Mai - 14:12

CHAPITRE 18 : Le fils de Galbatorix



Nasuada renversa sa tête en arrière et soupira. Décidément, elle n’arrivait à rien aujourd’hui. La jeune femme venait de durement congédier la pauvre Farica qui avait commis l’erreur d’évoquer les problèmes liés à leur nouvelle tanière. Agacé, la chef des Vardens l’avait rabroué en lui conseillant de retourner au Surda si cela ne lui convenait pas. La servante avait pincé les lèvres et murmuré qu’une quelconque tâche l’attendait ailleurs. Nasuada se massa les tempes en grognant. Cela faisait maintenant quelques semaines qu’une conversation ne cessait de hanter son esprit. Elle se maudissait d’avoir retenu Calyst ce fameux jour car depuis, ses mots tournaient et retournaient dans sa tête, sans aucun espoir de disparaître. Les yeux noirs de la jeune femme ébènes se voilèrent et elle replongea quelques temps auparavant…

« - Calyst, veux-tu rester un instant ? J’ai à te parler…
Cette dernière hocha la tête et Arya sortit, suivi d’Eragon qui lança un regard reconnaissant à la rôdeuse. Lorsque la porte claqua, Nasuada ne put retenir un sourire de contentement :
- Je pense que tu ne réalises pas l’épine que tu nous retires du pied !
- Cela valait bien 2000 pièces, renchérit Calyst avec un petit rire fatigué.
La chef des Vardens la détailla des pieds à la tête, critique :
- Tu es sûre d’aller bien ? Que s’est-il passé là-bas ? Qu’a dit Murtagh ?
- Nous avons peu discuté mais je vous assure que tout ce que j’ai dit précédemment est véridique !
- Je connais Murtagh alors je te crois, rassura la jeune femme ébène. Comment va-t’il ?
La rôdeuse grimaça :
- Je ne vous cache pas que la situation n’est pas la meilleure qui soit mais il n’est pas du côté du roi. Même s’il ne me l’a pas dit clairement, il tient énormément à Eragon et je pense qu’une des raisons pour laquelle il ne cherche pas à se débattre plus que ça, c’est seulement qu’il pense éviter le pire à son frère en restant près du roi…
- C’est ridicule, murmura Nasuada.
- Sans doute, mais c’est ainsi qu’il voit les choses…
Les deux jeunes femmes marquèrent une pause avant que la chef des Vardens n’hésite à demander :
- Et sur un plan plus personnel…Vous-êtes vous appréciés ? Suffisamment pour qu’il te fasse confiance ?
La rôdeuse fixa Nasuada de ses yeux impassibles :
- Pourquoi cette question ? Serais-je amenée à le recroiser ?
- Si nous parvenons à le libérer pourquoi pas ?
Toutes deux se jaugèrent un moment avant que la femme à la peau d’ébène ne soupire :
- Je suis curieuse de savoir ce que tu as pensé de lui…
- Je ne comprends pas ce que vous lui trouvez ! Certes, c’est un beau jeune homme mais il est arrogant, agressif et bien trop sûr de lui !
La chef des Vardens rougit et ses yeux flamboyèrent devant le ton moqueur de son interlocutrice. Voyant que sa déclaration avait l’effet escompté, cette dernière sourit avant de se radoucir :
- Mais il peut se montrer courtois et délicat sans compter qu’il est cultivé. J’ai parfois discuté avec lui et c’était relativement agréable. Et même s‘il ne semble aimer que son dragon, il est terriblement attentionné avec lui. Je pense qu’à long terme, nous aurions pu devenir amis…
Nasuada fronça les sourcils :
- Tu ne comptes pas le revoir ? Même libéré de ses serments ?
Calyst haussa les épaules et se tut. La chef des Vardens commença alors à lire un des nombreux papiers qui jonchaient son bureau et la rôdeuse la regarda, un petit sourire en coin. Au bout de quelques secondes, la jeune reine reposa sa lecture violemment et soupira avec colère :
- Je t’en prie, cesse de me fixer avec des yeux pareils ! Si tu as quelque chose à dire, dis-le !
- Vous ne voulez pas savoir ? demanda son amie en mordillant une de ses mèches avec un rire moqueur.
Toute la fatigue présente sur son visage semblait s’être effacée et avait été remplacé par une joie maligne.
- Quoi donc ? répliqua la jeune reine, agacée.
- Ce que votre dragonnier pense de vous ?
Nasuada restait impassible mais l’imperceptible tremblement de ses mains n’échappât pas à la rôdeuse qui jubilait de la situation :
- Ce n’est pas mon dragonnier comme tu dis, rectifia la jeune femme. Et que pourrait-il bien penser de moi ?
- Vous allez vous marier ? demanda innocemment Calyst.
Son amie la fusilla du regard et la rôdeuse éclata de rire.
- Tout d’abord, je trouve que tu vas un peu vite en besogne…
- Mais la vie est courte, vous devriez en profiter !
- Ensuite, ce n’est pas aussi simple que tu sembles le penser ! Puis-je te rappeler qu’il s’agit d’un Parjure ? Et il n‘est pas dit que nos sentiments sont réciproques !
Le regard de la jeune reine se voilà de tristesse mais Calyst la réconforta :
- Ce que je vous ai révélé ne vous rassure donc pas ? C’est vrai qu’il a un sale caractère mais lorsqu’il dit que les projets du roi sont bénéfiques pour notre monde, ses yeux mentent…
- Ce n’est pas le problème, Calyst ! Je te fais confiance mais il a déjà commis beaucoup de dégâts ce qui lui a valu d’augmenter son nombre d’ennemi…Je crains l’accueil que pourraient lui réserver les nains !
- Les nains sont irascibles mais attendez qu’ils aient un nouveau roi ! Il pourrait bien renverser la situation !
- Cela n’a rien de sûr…
Un silence de plomb tomba, traduisant le malaise ambiant. Le visage de Nasuada semblait encore plus sombre et la rôdeuse restait impassible. Néanmoins, devant le visage attristé de son amie, elle lâcha :
- Il a été très surpris d’apprendre que vous étiez mon commanditaire.
Notant le tressaillement de l’épaule soulignant l’intérêt de son interlocutrice, elle poursuivit :
- Il pensait que vous le teniez pour responsable de la mort d’Ajihad en plus de sa trahison.
- Jamais…, murmura Nasuada.
- Il pensait que tout le monde lui avait tourné le dos et vous la première, surtout avec la mort du roi des nains…
- Jamais, répéta-t‘elle inlassablement.
- Je ne peux vous décrire le visage qu’il m’a offert quand je lui ai assuré que vous teniez encore à lui…
La chef des Vardens releva la tête et Calyst put voir que ses yeux brillaient. Feignant l’indifférence, elle sourit :
- Incroyable, non ? Ce dragonnier est si froid qui l’eut cru ? Enfin, le fait est qu’il m’a raconté comment vous vous étiez rencontré.
Elle plongea ses yeux dans ceux couleur ténèbres de son interlocutrice :
- Vous êtes la première à l’avoir rencontré en connaissant sa véritable identité et vous lui avez accordé votre confiance et votre amitié. Pour cela, il vous garde une place particulière dans son cœur…si il en a vraiment un, acheva la rôdeuse d’un ton moqueur.
Nasuada ne put retenir un léger rire de soulagement :
- Enfin que vous est-il arrivé à tous les deux ? Je n’arrive pas à savoir si tu le détestes ou si tu l’apprécies…
La jeune femme s’esclaffa avant d’avouer :
- Nous nous sommes souvent affrontés. Si avant c’était en tant qu’ennemi, au final j’ai fini par l’estimer. Je lui souhaite de se libérer et j’avoue que malgré son odieux caractère, je lui dois une vie, c’est quelque chose que je n’oublie pas…
-Tu ne me dis pas tout.
Ce n’était pas une question mais une constatation cependant la souveraine ne chercha pas plus loin.
- Je ne peux vous dire si il éprouve un quelconque sentiment d’amour pour vous…
- Ce n’est pas ce que je te demande, répliqua Nasuada en rougissant.
La rôdeuse se leva et avant de franchir la porte, elle prononça d’une voix douce :
- Mais des liens très forts vous unissent…Ne les brisez pas, ils sont précieux !
Puis elle sortit, laissant la jeune reine dans un doux état d’euphorie. Elle ne put ainsi voir la larme qui roula sur la joue ébène avant de s’écraser sur un papier qui l’absorba aussitôt, effaçant toute trace de ce passage.
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mer 14 Mai - 14:13

Etat d’euphorie qu’elle peinait à quitter depuis. Calyst avait trouvé les mots justes pour la réconforter sur tous les plans. La jeune femme laissa échapper un sourire involontaire avant de se replonger dans ses feuilles et les problèmes des Vardens. Mais décidément aujourd’hui, on semblait pas vouloir la laisser en paix. Jörmundur arriva devant son bureau et se tint droit, attendant qu’elle l’interroge :
- Qu’y-a-t’il Jörmundur ?
- Il est ici…
- Déjà ? fit Nasuada, surprise.
- Oui moi aussi j’ai été étonné, répondit l’homme en se grattant la barbe ennuyé, mais une chose est sûre : il l’a !
- Amène-le moi !
Le membre du Conseil acquiesça avant de tourner les talons. La jeune femme se leva puis ajusta les manches de sa robe couleur myosotis et patienta. Jörmundur revint alors accompagné d’un jeune homme. Il s’effaça pour le laisser passer, une lueur brillante dans les yeux. Nasuada le congédia d’un geste puis elle désigna un siège du regard et l’étranger s’y assit. Il avait environ 25 ans, de courtes mèches noires tombant juste au dessus de ses yeux, soulignant son regard clair et sa jeune barbe. Il était de taille moyenne, légèrement musclé mais sa silhouette était fine et svelte, assurément pas un soldat. Une tunique sombre et un pantalon dans les même tons le couvraient de même que la cape qu’il avait ôté. Il ne semblait pas vouloir se séparer de son sac et la salua d’un léger signe de tête avant de prononcer d’une voix grave :
- Ravi de vous voir dame Nasuada. J’aurais préféré traiter avec vous plutôt que Jörmundur…
- Ne me fais pas languir, répondit la concernée d’un ton neutre. Où est-il ?
- Je vois que la patience n’est toujours pas votre qualité première, fit-il avec un petit rire.
- Pour ton information, je me suis énormément améliorée Hiram, dit la jeune femme sans quitter son sac des yeux.
L’interpellé sourit avant de sortir de son sac un objet enveloppé dans une étoffe noire. Un éclat vert transperça le tissu et Nasuada ne put retenir une exclamation étouffée. L’œuf était parfaitement ovale et d’un vert émeraude splendide qui emplit la chef des Vardens d’une sensation nostalgique. Elle ne put s’empêcher d’effleurer la coquille, rabrouant la petite voix dans sa tête qui chantait dragonnière, avant de ressentir une note de désappointement devant l’absence de réaction de la chose couleur émeraude.
- Enfin le dernier œuf…Comment as-tu fait ?
Le jeune homme se pencha alors en avant et murmura :
- Il y a eu un événement imprévu et j’ai eu énormément de chance, je l’avoue ! Lorsque je suis arrivé au château, tout le monde était en effervescence. Le roi était parti…sur son dragon ! L’œuf était extrêmement bien gardé mais il avait du s’en aller précipitamment car toutes les précautions n’ont pas été prises !
- Son dragon ? lâcha Nasuada sur le même ton.
Son bureau n’était pas une pièce fermée et si ce que le jeune homme disait était vrai, c’était une information à ne pas ébruiter.
- Mais le roi n’a plus volé à dos de dragon depuis…depuis…
- Depuis très longtemps, acheva le jeune voleur en approuvant. Même lorsqu’il a cherché le potentiel dragonnier, il ne s’est déplacé qu’à cheval et en grande pompe. C’est pour cela que j’ai cherché à me renseigner et j’ai surpris une conversation qui pourrait bien faire pencher la balance en votre faveur !
- Quoi donc ?
- Son Parjure…
Le cœur de la jeune reine fit un bond.
- Il est mort ! annonça le jeune homme avec un sourire.
- Non !
Nasuada plaqua les mains sur sa bouche, au bord de la nausée. Murtagh mort ? C’était impossible ! Pas maintenant, alors que presque tous semblaient disposer à l’aider ! La jeune femme sentit un couteau s’enfoncer douloureusement dans son cœur. Hiram la regarda en fronçant les sourcils :
- Je pensais vous annoncer une bonne nouvelle mais on dirait que vous avez perdu un proche !
- Comment l’as-tu appris ? implora la souveraine, ne parvenant pas à refluer ses larmes.
- Je vous l’ai dit, j’ai surpris une conversation, répondit le voleur, interdit. Deux soldats de la garde rapprochée du roi ont évoqué une colère comme il n’en a jamais eu il y a 3 jours. Il semblerait que Galbatorix se soit brusquement levé de son trône en hurlant des malédictions et tuant tous ceux qui étaient autour de lui. Il frappait les murs sans relâche en poussant d’horrible cris et son dragon n’était pas en reste croyez-moi ! Il a du ressentir la disparition de son serviteur ce qui explique sa rage. Tout Uru’baen en parle…
- Impossible, murmura Nasuada en s’enfonçant dans son siège.
Les larmes coulèrent sans bruit et sans retenue et Hiram respecta les sentiments de la jeune reine en baissant la tête. Au bout de quelques secondes, il déclara :
- J’ignore pourquoi cette nouvelle vous attriste alors qu’elle en réjouirait plus d’un mais vous avez sûrement vos raisons et je les accepte !
La jeune femme le remercia d’un signe de tête et s’apprêtait à prendre la parole lorsque Jörmundur surgit, essoufflé :
- Pardonnez-moi mais…L’un de mes espions qui est en poste à Gil’ead vient de m’apprendre une nouvelle des plus surprenantes !
- Si c’est la mort du Parjure, vous êtes en retard, railla Hiram.
Mais le vieil homme, bien qu’il resta coué par la nouvelle, secoua la tête et reprit :
- Non mais le roi s’est posé là-bas et mon espion a pu entendre une phrase…
- Laquelle ? soupira Nasuada, déboussolée.
- Saviez-vous que Galbatorix avait un fils ? »

Nasuada se sentit complètement terrassée, perdue. L’arrivée d’Hiram et de l’œuf plus tôt que prévu avaient bouleversé ses plans. Mais la mort de Murtagh l’avait complètement anéantie. Comment l’annoncer à Eragon sans faire de vague ? Et puis cette révélation…La jeune femme se tourna vers Hiram mais comme elle s’y attendait, le voleur était resté impassible. Elle demanda alors au vieil homme :
- Explique-toi ! Si le roi avait un fils, je pense qu’il l’aurait placé à ses côtés au vu et au su de tous, et qu’il aurait tenté d’en faire un dragonnier !
Jörmundur s’avança, reprenant son souffle :
- Nous n’avons pas tous les détails mais l’espion faisait partie de l’escorte qui accompagnait le roi. Il est entré dans la forteresse et a pénétré dans une pièce qui était condamnée…Il y avait un magicien qui semblait être séquestré là depuis des années. Galbatorix est entré et a commencé à le frapper en hurlant « Où est mon fils ? » avant de tous les congédier. Il semblait avoir complètement perdu la tête, oubliant même leur présence. C’est incroyable !
Hiram croisa les bras en soupirant :
- Qui vous dit qu’il ne l’a pas fait volontairement ?
La chef des Vardens fronça les sourcils :
- Que veux-tu dire ?
- Eh bien le roi est loin d’être idiot et même si je ne conteste pas sa folie, je ne pense pas que cet accès de soi-disante crise ait été spontanée et irréfléchie.
Il les dévisagea avec un petit sourire :
- Osons une hypothèse…Admettons que votre espion ait été découvert…cela ferait beaucoup de choses à remettre en question comme par exemple le vol de l’œuf. Bien que je sois extrêmement doué, je pense que le roi a délibérément laissé son trésor sans trop de protection. Si il a remarqué votre espion, plutôt que de le tuer moi, je m’en servirais contre vous. Et maintenant allez savoir si cette histoire de descendance est la vérité…
- Pourquoi ces mensonges alors ? demanda Jörmundur, surpris.
Le jeune homme leva les yeux au ciel mais ce fut Nasuada qui répondit à sa place :
- Il y a deux explications : l’enfant n’existe pas et il veut nous entraîner dans un piège, nous détourner de notre but mais dans ce cas-là je ne comprend pas qu’il nous ait laissé l’œuf. Es-tu sûr d’avoir volé le bon au moins ? fit-elle en fixant le voleur d’un regard inquisiteur.
Ce dernier s’offusqua :
- Bien sûr voyons ! Je sais reconnaître un œuf de dragon d’un œuf de poule quand même !
- Ne te fâche pas, allons c’était une simple question !
Le membre du Conseil poursuivit :
- Quelle serait la seconde explication ?
- Qu’il a réellement un fils mais j’en doute. Cependant si c’est le cas, il semblerait que ce dernier ait disparu. En révélant ainsi ce mystère, il espère sans doute nous lancer à sa recherche et le retrouver. Je me demande ce que nous avons de plus que lui pour qu’il nous fasse ainsi « confiance » !
Tous se turent ne sachant que penser. Ce fut Nasuada qui rompit le silence d’une voix épuisée :
- La mort de Murtagh puis cette descendance…Ce sont beaucoup de rumeurs même si j’ai confiance en vous deux, déclara-t’elle en les voyant protester. Nous devons d’abord les vérifier toutes les deux avant d’annoncer la nouvelle à nos alliés ! Jörmundur, contacte un de tes espion et demande-lui de se renseigner. Est-ce que ce fils existe ? Son âge, sa mère, je veux tout savoir !
- Comme vous voulez…fit ce dernier en s’inclinant légèrement avant de s’éloigner.
La jeune femme ébène plongea alors la main dans un des tiroirs de son bureau et en sortit une bourse rondement garnie qu’elle jeta devant Hiram. Ce dernier s’en saisit et la tâta avec un léger sourire avant de la vider sur le bureau dans un tintement de pièce. Surprise, la reine demanda :
- Que fais-tu ?
- Vous avez suffisamment d’ennui, inutile que je vous ruine en plus ! Cette mission a été rondement menée avec l’aide du roi semble-t’il. Je me contenterais…
Il se saisit d’une pièce qu’il lança en l’air avant de la glisser dans sa poche avec un sourire charmeur :
-…De ceci.
Nasuada le remercia d’un sourire chaleureux, un peu étonnée.
- Bien, comme tu voudras…
- Qu’allez-vous faire maintenant ?
La chef des Vardens se renferma :
- La perte de Murtagh, si elle est exacte, va changer beaucoup de choses pour le roi, pour les Vardens, pour Eragon…pour moi aussi. Je vais attendre de voir si tout cela est exact et si c’est le cas nous devrons réunir tous les autres chefs. Le point positif, c’est que les nains vont être ravis et les indécis se rallieront à nous…
La bile monta soudainement et sa gorge se bloqua. Comment pouvait-elle parler ainsi de la perte d’un être si cher à son cœur ? Elle porta la main à sa bouche et se détourna quelques instant, refoulant son envie de vomir. Les larmes coulèrent lentement sur les joues. Elle entendit Hiram se lever et s’approcher en soupirant. La jeune femme sentit une main chaude se poser sur son épaule de façon rassurante. Il se pencha et chuchota à son oreille :
- Je suis vraiment désolé…
Il restèrent quelques instants front contre front jusqu’à ce qu’il se relève et tourne les talons pour s’éloigner. Avant qu’il ne disparaisse, Nasuada avait repris contenance et déclara d’une voix ferme :
- Il y en a une qui a de la chance de t’avoir…
Le jeune homme se retourna et eut un sourire charmeur :
- Mon cœur appartient à toutes les femmes de l’Alagaësia, vous savez ! »
Il lui envoya un baiser imaginaire avant de s’éloigner avec un joyeux rire. Nasuada secoua la tête en souriant avant de replonger dans les papiers, le cœur néanmoins brisé.

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 15 Mai - 12:03

CHAPITRE 19 : Liorr le conteur




Eragon attendait le verdict d’Arya mais cette dernière restait prostrée dans son silence. Cela faisait plusieurs minutes qu’ils s’étaient posés dans la plaine pour inspecter l’énorme cercle de cendre. D’en haut il semblait minuscule mais comme l’avait fait remarquer Saphira, il était bien plus imposant vu du sol. La princesse elfe se pencha et plongea ses doigts dans la terre brûlée avant de les retirer.
«- J’ai du mal à y croire mais on dirait que c’est le souffle d’un dragon qui est responsable de ça, constata-t’elle.
« Un dragon ? renâcla Saphira. Je ne sens pas d’odeur familière pourtant…»
« Par odeur familière, tu entends celle de Thorn ? » demanda le semi-elfe.
La femelle approuva et huma longuement l’air :
« Mais c’est vrai qu’il y a une senteur étrange qui flotte par ici ! »
Le dragonnier observa les environs d’un œil inquiet. La plaine était verte et agitée par le souffle du vent, tout comme la forêt qui se trouvait derrière eux.. Seul le cercle de cendre tranchait avec le naturel ambiant. Le jeune homme réfléchit avant de demander :
- Lorsqu’on était là-haut, fit-il en désignant le ciel, j’ai eu l’impression que cela évoquait un symbole…
- En effet mais je suis bien incapable de te dire ce que cela représente ! avoua la princesse elfe en pinçant les lèvres.
Saphira commença à s’agiter et se mit à faire les 100 pas :
« Il y a un autre problème. Je suis persuadée que Thorn et Murtagh ne sont jamais venus ici. Par conséquent, et si Arya a raison, qui a fait ce cercle ? »
Le silence tomba et Eragon fit un rapide calcul :
- Et bien les seuls dragons connus sont toi et Thorn ainsi que celui du roi mais ils ne sortent jamais de la capitale…Alors qui ? Le troisième œuf aurait éclos ? conclut-il avec une note d’inquiétude dans la voix.
Arya secoua la tête :
- Je pense que nous l’aurions appris d’une manière ou d’une autre ! Et il aurait du éclore il y a longtemps pour pouvoir cracher du feu.
La peur que le dragonnier avait ressenti quelques secondes auparavant se dissipa mais les interrogations étaient restées :
- Alors qui ? Le roi ?
L’elfe eut une moue qui en disait long sur ce qu’elle pensait de cette hypothèse. Soudain, la voix étrangement timide de Saphira résonna :
« Et pourquoi pas…un autre dragon ? »
Ses deux amis la dévisagèrent, incrédules, avant qu’Arya ne réagisse :
- D’autres dragons ? Mais ils ont disparu depuis des siècles peut-être même se sont-ils éteints ! Pourquoi revenir maintenant ? Pourquoi faire une chose pareille ? demanda-t’elle avec un signe de tête en direction du symbole.
Eragon sentit que les questions de l’elfe déstabilisaient la dragonne mais il avait rarement senti un tel espoir chez elle que lorsqu’elle avait posé sa question.
« Saphira… »
« On dirait qu’elle ne veut même pas penser à cette solution, grogna son amie ailée. Pourtant c’est possible ! »
« Je sais, soupira le jeune homme, mais avoue que ça paraît invraisemblable ! Où sont-ils à présent ! Même les elfes l’ignorent et on dit d’eux qu’ils sont sanguinaires ! »
« Ca pourrait peut-être expliquer l’état d’Arya ! »
Eragon se retourna et vit que l’elfe, bien qu’impassible, affichait une mine circonspecte. Les bras croisés sur la poitrine, elle ne quittait pas la marque des yeux, fronçant parfois les sourcils.
- Arya ?
Cette dernière releva la tête avant de lui adresser un sourire rassurant :
- Cela pourrait très bien être autre chose qu’un dragon !
- Mais tu as dit toi-même que…
« Quelqu’un arrive, prévint Saphira. »
Ils tournèrent leurs têtes vers le nord et virent un nuage de poussière arriver dans leur direction. La réaction d’Arya fut immédiate :
- Dans la forêt vite, intima-t’elle d’une voix forte.
Ils se détournèrent et coururent pour se cacher derrière les arbres qui formaient un abri invisible pour eux. Saphira grogna car les branches la gênaient pour se glisser dans la forêt mais au prix de douloureuses contorsions, elle finit par se placer près de ses deux amis. Ils s’accroupirent derrière les branches et observèrent la plaine et les arrivants. Eragon chuchota :
- Pourquoi ne pas être resté là-bas ?
Arya le regarda, légèrement effrayée :
- Enfin Eragon, tu ne regardes pas autour de toi on dirait ! Tu n’as pas vu le point sombre dans le ciel ?
- Quel point sombre ?
La princesse elfe désigna discrètement l’horizon et le dragonnier suivit son doigt du regard. L’angoisse s’installa comme une énorme boule de peur lui rendant le corps et l’esprit aussi lourd que de la pierre. La tâche noire grossit et s’approcha de plus en plus jusqu’à se révéler complètement, faisant trembler de peur et de rage Eragon et Saphira.
« Le roi, gronda Saphira. C’est Galbatorix j’en suis certaine… »
Le jeune homme se tourna vers l’elfe qui plongea son regard impassible dans le sien avant de hocher la tête :
- Oui c’est lui ! Et son dragon…
Ils attendirent alors, dans un silence terrifiant, que le dragon noir ait atterri puis observèrent le roi, détaillant leur ennemi jusqu’ici invisible.
« Shruikan ! » frémit la dragonne.
C’était le dragon le plus imposant qu’ils n’avaient jamais vu, bien plus grand que Saphira et plus puissant que Thorn. Sa robe était de la couleur des ténèbres, seuls tranchaient les multiples cicatrices rougeoyantes qui brillaient au soleil et ses crocs et griffes d’un blanc usé. Il tourna alors son énorme tête et riva ses yeux noirs sur eux sans les voir. Ce presque contact fit trembler le semi-elfe qui reporta son attention sur l’homme qui venait d’en descendre. Il ne put s’empêcher de faire un rapprochement entre la bête et son dragonnier. Aussi sombre et ténébreux l’un que l’autre. Même en plissant les yeux, Eragon ne pouvait distinguer le moindre de ses traits à cause de l’immense cape noire qui le recouvrait. L’homme qui faisait régner la terreur sur ce monde était grand mais surtout, il devait l’avouer, il était majestueux. Chaque mouvement était calculé et effectué avec lenteur. Etrangement, cela correspondait à l’image que le jeune homme se faisait des rois d’antan. Il secoua la tête pour chasser l’admiration naissante et déplacée qu’il éprouvait pour ce tyran et se tourna vers Arya :
- Que fait-il ici ? Je croyais qu’il ne voyageait que très rarement avec son dragon !
- Je n’en ai aucune idée mais nous n’allons pas tarder à le savoir !
La silhouette s’avança vers l’endroit au symbole et son dragon huma l’air avant de se tourner vers le roi. Celui-ci sembla l’écouter et les trois compagnons retinrent leurs souffles. Mais il n’avait pas du les sentir car le roi baissa la tête et observa la trace de cendre au sol. Il releva la tête et appela un des gardes qui l’accompagnait à cheval. Celui-ci s’approcha et ils tendirent l’oreille, captant des brides de conversation portées par le vent. Ils entendirent une voix douce et menaçante susurrer :
- Alors ? Qu’ont dit ces bons à rien ?
- Ils ne savent rien Monseigneur…Ils disent avoir entendu un bruit monstrueux comme un hurlement et quand ils se sont rendus ici, ils ont vu ceci…fit le soldat en désignant le cercle d’un air craintif.
Le silence s’installa et l’homme n’osait pas lever les yeux vers son souverain. Celui-ci se détourna et prononça d’une voix morne :
- Brûlez-moi cette ferme.
- Mais Monseigneur, ils ne…
- J’ai dit brûle-la ! hurla soudainement le roi.
Le soldat sursauta et les oiseaux jaillirent de la forêt en poussant des piaillement d’effroi. Il bredouilla :
- Bi..Bien Monseigneur !
Il se retourna vers ses subordonnés et leur hurla un ordre avant de monter à cheval et de s’éloigner avec l’imposante escorte. Eragon se releva mais Arya le plaqua au sol et chuchota rapidement :
- Mais qu’est ce que tu fais ? Es-tu devenu fou ?
- Tu as entendu ? répliqua le semi-elfe sur le même ton. Il va tuer des paysans ! Je dois les en empêcher !
- Tu n’empêcheras rien du tout ! Nous ne pouvons rien faire pour eux, ils sont déjà perdus…
Eragon lui jeta un regard terrifié car cet événement lui rappelait une autre mort mais seule Saphira comprit :
« Je suis désolée, dit la dragonne, mais je me range du côté d’Arya…»
« Mais… »
« Garrow est mort petit homme ! Et le fait de sauver ces gens ne le ramènera pas sur terre ! »
Elle leva sa patte avant et le cloua au sol tandis que son ami se débattait vainement.
« Tu veux te précipiter là-bas mais le roi te sautera dessus à la seconde où nous sortirons de ce sous-bois ! Et tu sais très bien ce qui va se passer…Je ne veux pas qu’il t’arrive malheur, Eragon sinon je n’y survivrais pas ! »
La voix torturée de sa dragonne lui transperça le cœur. Lui qui jusqu’ici n’entendait que sa voix qui lui dictait de se précipiter sur le roi, il venait de ressentir toute l’émotion de son amie qui se révéla aussi efficace qu’une douche glacée. Il secoua la tête et inspira lentement avant d’articuler chaque mot qui lui écorchait les lèvres :
- Vous avez raison…Attendons qu’ils soient loin puis nous verrons ce que nous pouvons faire !
Ses deux amies hochèrent la tête silencieusement, peinées par l’impuissance du dragonnier. Ce dernier serra les poings avant de se reconcentrer sur la silhouette du roi et de son dragon. L’animal était agité de tics nerveux. Sa queue fouettait l’air et un grondement incessant brisait le silence ambiant. Le roi resta quelques secondes, qui leur semblèrent une éternité, à fixer le sol puis il remonta sur Shruikan et s’envola aussi rapidement qu’il était arrivé. Arya leur fit signe d’attendre de longues minutes puis elle se leva, sortit discrètement du bosquet et cria :
- C’est bon, ils sont loin maintenant !
Saphira et Eragon émergèrent à leur tour et le visage du jeune homme pâlit lorsqu’il pointa une fumée qui s’élevait du ciel.
- Vite !
Il se précipita dans cette direction, la dragonne sur ses talons, et n’entendit pas l’elfe qui murmura :
- C’est sans doute trop tard…
Tous trois dévalèrent la pente qui les séparait de l’habitat en flamme et stoppèrent net. Le feu avait déjà ravagé le trois quart de la ferme qui menaçait de s’écrouler d’une seconde à l’autre. La chaleur embrasaient leurs visages et une insoutenable odeur de brûlé flottait dans l’air.
- Trop tard…Encore une fois, murmura le dragonnier au bord des larmes.
Saphira grogna doucement pour le soutenir :
« Ce n’est pas toi qui a allumé la mèche de ce brasier… »
Arya s’apprêtait également à le rassurer mais un gémissement plaintif se fit entendre. La dragonne releva brusquement la tête :
« Ca vient de l’intérieur… »
- Adurna !
Arya et Eragon avaient prononcés la formule simultanément et cela ne tarda pas à se déclencher. Du brasier jaillit subitement une trombe d’eau qui retomba en fin pluie clair au-dessus d’eux. Les flammes se calmèrent petit à petit mais très vite et ils pénétrèrent dans la fragile bâtisse :
« Dépêchez-vous ! » les pressa Saphira, restée au dehors.
Eragon évita de justesse une poutre qui s’effondra et avisa une silhouette allongée. Il s’approcha rapidement et s’agenouilla :
- Vous allez bien ?
La jeune fille se releva, le visage baigné de larme :
- Ma jambe, gémit-elle.
Arya s’approcha, souleva le morceau de bois qui coinçait la jeune femme et Eragon la prit dans ses bras avant de sortir. Il la posa délicatement à l’abri et l’observa. Elle avait des cheveux blonds recourbés qui descendaient jusqu’à ses oreilles. Seules quatre mèches descendaient jusqu’à sa poitrine ce qui lui donnait un air singulier. Ses yeux verts étaient nerveux et lorsqu’ils se posèrent sur la dragonne, la jeune fille étouffa un cri et voulut s’enfuir. Mais le semi elfe la retint et l’apaisât :
- Calmez-vous allons !
- Vous êtes au service du roi ! Vous êtes son Parjure !
Eragon resta interdit, partagé entre le rire et l’ahurissement. C’était bien la première fois qu’on se méprenait au point de lui prêter des liens avec le roi. La lueur de frayeur qu’il venait de voir le blessa légèrement et il se surprit à compatir pour son aîné. Mais la princesse elfe s’avança et plongea son regard dans celui de la paysanne :
- Je ne pense pas qu’un Parjure serait accompagné d’un elfe, sois réaliste !
La jeune fille fixa Arya avant de se renfrogner et de dévisager la dragonne avec suspicion. La voyant calmée, Eragon demanda :
- Y-en-a-t’il d’autres à l’intérieur ?
Mais ses yeux se remplirent de larmes et elle désigna quelque chose du regard. Ils se retournèrent et virent deux silhouettes allongées au sol, baignant dans leurs sang.
- Je suis navrée, murmura le dragonnier.
Mais l’elfe la dévisagea avec méfiance avant de demander :
- Pourquoi ne pas t’avoir tué avec eux ?
- Arya ! s’offusqua son ami.
Mais la jeune fille secoua la tête :
- J’ai mordu leur chef…avoua-t’elle, un peu honteuse.
Saphira rit ce qui la fit sursauter mais son ami la tranquillisa de nouveau :
- Tout va bien maintenant…Quel est ton nom ?
- Milane…Milane Deltorio…
“ C’est singulier comme nom… » releva Saphira.
Eragon approuva avant de noter la crainte qui se dégageait de la paysanne. Il lui sourit et leva sa paume vers sa jambe qui formait un angle étrange :
- Waise Hell !
La lueur argentée brilla et l’os se ressouda de lui-même devant le regard éberlué de la dénommée Milane qui bégaya :
- Comment…Comment est-ce possible ?
- Le roi n’est pas le seul à avoir des capacités particulières, ironisa Arya devant l’ignorance de la jeune fille.
Cette dernière la regarda avant de se lever prudemment et de poser doucement sa jambe au sol sans ressentir aucune douleur. Eragon demanda :
- Quelle est la ville la plus proche ? Nous ne pouvons décemment pas te laisser ici !
- Bullridge…
- Et tu connais quelqu’un là-bas ?
- Je me débrouillerais, assura la jeune fille, la voix brisée. Il faudra bien qu’on revienne pour…pour les enterrer.
Elle s’effondra en sanglot.
- Très bien, soupira le dragonnier.
Il l’aida à se relever et ils commencèrent à se mettre en route lorsque Arya demanda :
- Que voulait savoir le roi ?
Milane renifla :
- Les soldats voulaient des informations sur le signe qui est dans la plaine. Nous leur avons dit qu’il était apparu il y a deux jours…Que nous avions entendu un énorme hurlement juste avant…Après, ils ont commencé à frapper Madame Elanor et…
Elle inspira fortement avant de poursuivre d’une voix tremblante :
- Et Monsieur Batisnor s’est jeté sur eux…L’un d’eux est revenu pour mettre le feu ici. Ils ont voulu m’emmener mais je les ai mordu alors…
- Ce n’était pas tes parents ? demanda Eragon, légèrement soulagé.
- Non, c’était des amis de mon patron. Je travaille à l’auberge de Bullridge.
Arya questionna :
- C’était la vérité ?
- Quoi donc ?
- Ce que vous avez dit sur la marque…
- Oui, ils me l’avaient confirmé avant l’arrivée des soldats !
- Ca ne nous avance pas tellement, murmura Eragon.
Milane les observa à tour de rôle avant de demander :
- Vous vous y intéressez ?
- En effet…
- Monsieur Batisnor n’a pas eu le temps de leur dire mais…
La jeune fille hésita à poursuivre mais ses deux sauveurs venaient de s’arrêter et la dévisageaient longuement :
- Continue, demanda l’elfe.
- Eh bien, quand ils se sont rendus dans la plaine pour voir d’où venait ce cri, une silhouette est passée au-dessus d’eux…
- Une silhouette ? Quelle silhouette ? questionna brusquement le dragonnier.
La paysanne jeta un coup d’œil à Saphira avant de dire :
- Il y a avait le soleil qui voilait leur vision mais…ils ont clairement vu une gigantesque créature ailée !
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 15 Mai - 12:04

Eragon et Arya se dévisagèrent interdit, mais la voix de Saphira rugit dans leurs têtes :
« Un dragon ? C’était un dragon ? »
- Mais elle parle ? hurla Milane, au bord de l’hystérie.
- Euh oui…elle parle, fit Eragon un peu surpris, mais revenons à la silhouette !
Milane ne pouvait détacher ses yeux de la dragonne mais elle déglutit :
- Ils ne savaient pas ce que c’était…Et ils ne pourront plus le dire, à présent. Monsieur Bastinor l’a comparée à une sorte de gros oiseau…avec des griffes.
Tous se turent, digérant la nouvelle. Le semi-elfe ne savait pas quoi penser mais il ressentait toute l’excitation de son amie :
« Saphira… »
« Imagine Eragon ! Des dragons libres ! »
« Ce n’est peut-être pas ça ! » temporisa son petit homme.
« Quoi d’autre ? »
« Je ne sais pas, avoua le jeune homme, mais je ne veux pas que tu te fasses de faux espoirs ! Si jamais tu venais à être déçue…Souviens-toi de Glaedr ! »
L’enthousiasme de la dragonne retomba aussi sec. Elle regimba :
« Peu importe en tout cas, il faudra tirer ça au clair ! Et si c’était bien un dragon… »
Elle se tut et n’acheva pas sa phrase. Eragon soupira et flatta Saphira avec une tendre caresse avant de se retourner vers Milane :
- C’est loin Bullridge ?
La jeune fille haussa les épaules :
- Une bonne journée de marche…
Arya fit remarquer :
- Nous n’avons pas une journée à perdre !
« Elle est fine et m’a l’air légère ! Je peux sans doute vous porter tous les trois… » fit Saphira en jaugeant Milane.
« Très bien ! »
Il se tourna vers les femmes qui l’accompagnaient et Saphira s’allongea pour leur permettre de grimper. Arya comprit et sauta sur la dragonne avec un léger sourire tandis que Milane les regardait sans saisir. Le semi-elfe lui montra le flanc de la dragonne et lui sourit :
- Saphira va nous emmener, nous irons plus vite ainsi…
- Monter sur un dragon ? Oh non, non, non, fit la jeune fille en secouant la tête, visiblement terrorisée.
- Ne sois pas stupide, fit Arya, tu arriveras plus vite chez toi !
Mais la jeune femme continua de secouer la tête, le visage pâle. La dragonne rugit :
« Dis-lui que si elle ne grimpe pas, elle fera le voyage dans mes griffes ! »
« C’est peut-être pas indispensable… »
« Regarde-là ! »
Milane tremblait de tous ses membres et Arya commençait à s’impatienter. Il traduit donc les paroles de son amie et ajouta :
- J’ignore pourquoi tu as si peur des dragons mais Saphira ne te fera aucun mal, je te le promets !
La jeune femme se contenta de lui lancer un regard implorant avant de s’exécuter avec appréhension. Saphira l’aida avec sa patte avant et lorsque tout le monde fut installé, elle décolla en douceur. L’elfe grimaça soudainement :
- Milane, tu me serres un peu trop fort…
- Désolée, répondit celle-ci, crispée.
Elle desserra son emprise mais garda les yeux fermés. Le voyage se passa dans le silence, sans aucune trace du roi. Au bout de quelques heures, la dragonne atterrit à l’abri et ses passagers descendirent. Milane épousseta sa robe avant de leur adresser un sourire nerveux.
- Je vous remercie…C’était…c’était…
Elle se tut et salua la dragonne de la tête. Eragon et Arya se retournèrent et se préparèrent à partir lorsque une petite voix se fit entendre :
- En fait…Si vous vous intéressez aux dragons, nous avons un vieux conteur ici, Liorr…Il en sait un rayon !
L’elfe sourit avant de désigner Saphira :
- Comme tu peux le constater, nous nous y connaissons également !
- Cependant, j’aimerais bien le rencontrer ! avoua le jeune homme.
Arya le regarda, surprise.
- Mais nous devons…
- Nous ne savons pas où aller et personne ne semble savoir ce qu’est le Peuple Gris, la coupa-t’il. Je le savais déjà avant de partir mais j’espérais trouver un indice. Et puis ce symbole est apparu subitement, comme si on voulait me guider vers quelque chose d’inconnu. Peut-être que cela n’a aucun rapport avec ce nous cherchons mais je ne peux pas passer à côté !
- Mais ce n’est qu’un simple conteur de village !
« Le dernier conteur de village que nous avons rencontré s’est révélé être un redoutable dragonnier ! » se moqua Saphira.
Arya les dévisagea longuement. Le semi-elfe s’apprêtait à répliquer qu’elle n’était présente qu’en tant que garde-fou mais la princesse rabattit sa capuche et s’approcha de Milane pour demander :
- Où peut-on le trouver ?
- A l’auberge…
Elle lui emboîta le pas alors, bientôt suivi du jeune homme tandis que Saphira s’allongeait pour patienter. Ils grimpèrent alors la colline qui les séparait de la ville et marchèrent en direction des murailles de pierre. La ville semblait relativement grande, c’était sans nul doute une ville commerciale avec le Ramr qui coulait derrière. Deux soldats étaient postés à l’entrée mais Milane les gratifia d’un simple sourire et ils les laissèrent entrer. Les bâtisses étaient dispersées sans ordre particulier et les rues étaient pavées de pierres blanches. Construites à base d’argile, les maisons arboraient des symboles complexes sur leurs murs. Suivant leurs regards interrogateurs, Milane sourit :
- C’est pour mettre en avant le métier de chacun ! C’est plus mystérieux qu’une simple pancarte en bois !
Elle les entraîna dans l’auberge imposante qui se dressait devant eux. A l’intérieur, une odeur de vin, une ambiance chaude et le sourire d’un aubergiste jovial les accueillirent.
- Milane, tu en as mis du temps. Bastino a bien eu le panier et les victuailles ?
Au souvenir de ce triste événement, la jeune femme baissa la tête et ne put empêcher son menton de trembler.
- Je suis désolée Monsieur Elfryn ! Les soldats du roi ont débarqué…Pour le signe dans la plaine du Harmsföld ! Ils ont voulu savoir comment il était arrivé là et ont brutalisé Madame Elanor !
Elle se tut et laissa échapper une larme. Elfryn serra les poings et sa moustache frémit mais devant l’air navrée de sa jeune employée, il sourit tristement et lui ébouriffa les cheveux.
- Ne te sens pas coupable, tu n’y es pour rien si notre roi en a décidé ainsi !
La serveuse acquiesça et disparut se changer. Lorsqu’elle fut loin, le poing s’abattit violemment sur la table, faisant sursauter les clients :
- Maudits chiens galeux !
Il releva la tête, se servit un verre d’alcool qu’il leva avant de déclamer à la cantonade :
- Bastino et Elanor nous ont quitté ! Apprenez que Notre bon roi Galbatorix, ironisa-t’il, leur a permis de rejoindre leurs ancêtre ! A coup de brasier !
L’aubergiste tonnait, obtenant toute l’attention des personnes présentes qui buvaient littéralement ses paroles :
- Mais le jour viendra…le jour viendra où les choses changeront !
Tous approuvèrent avec une certaine mesure avant de vider leurs verres d’un trait. Elfryn les resservit avant d’aviser Milane qui revenait, parée d’un tablier. Elle présenta Arya et Eragon :
- …Sans eux je serais morte, finit-elle par dire.
Il leur adressa un sourire de reconnaissance :
- Alors je vous dois une fière chandelle car j’aurais perdu une aide précieuse ! Il est temps que tu serves d’ailleurs, Milane !
Cette dernière acquiesça et les salua de la main avant d’aller vers les clients. L’aubergiste la suivit du regard avec un sourire attendri avant de reporter son attention sur les deux jeunes gens devant lui. Il fixa Arya qui portait toujours sa cape sur elle et demanda :
- Que faites-vous dans les parages ?
Eragon se racla la gorge :
- Nous cherchons un conteur, Liorr…Milane nous a dit que nous pouvions le trouver ici !
L’aubergiste approuva avant de désigner un coin de la pièce où était assis une silhouette avachie sur la table. Ils remercièrent Elfryn avant de se diriger vers l’homme. Le semi-elfe s’assit et demanda d’une voix douce :
- Excusez-moi…Etes-vous Liorr ?
La silhouette se redressa lentement et l’homme qui se tenait devant eux répondit d’une voix grave et éraillée :
- Ca dépend de ce qu’on lui veut, à ce Liorr…
- Juste lui parler…
Le conteur releva la tête et les fixa tandis qu’Arya, restée en retrait, le dévisageait. C’était un homme de grande taille et sa silhouette volontairement bossue ne pouvait dissimuler une belle carrure. Ses cheveux blancs étaient courts et seuls quelques mèches noires tranchaient avec sa peau très pâle. Mais le côté gauche de son visage était strié de cicatrices et son unique œil noisette se dardait sur eux nerveusement. Le dragonnier demanda :
- Il paraît que vous êtes conteur !
- Seulement quand je suis saoul, riposta l’homme.
- Fais pas ta mauvaise tête, Liorr, cria Milane en passant, un plateau entre les mains.
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 15 Mai - 12:04

Il grommela avant de détourner la tête :
- C’est pourquoi ?
Arya prit alors place à leurs côtés et laissa Eragon questionner l’individu :
- Que savez-vous sur les dragons ?
La lueur d’intérêt n’échappa pas au semi-elfe mais Liorr vida son verre d’un trait puis reprit d’un ton moqueur :
- D’où venez-vous pour ne rien savoir sur les dragons ?
- Je me suis sans doute mal exprimé…Je parle de dragons libres, pas de dragons et de dragonnier comme celui du roi !
Cette fois, le conteur fit un signe à Milane qui soupira avant de lui apporter son pichet de vin :
- Je te préviens Liorr, si tu es ivre, je demande à monsieur Elfryn de te coller dehors !
- Occupe-toi de tes oignons, toi !
Il se servit avant de se tourner vers le jeune homme et de lui souffler :
- Pourquoi me demander une chose aussi vieille et oubliée de tous ?
- Pour éviter qu’elle ne soit de nouveau oubliée, justement ! répliqua Arya, toujours cachée par sa cape.
Le conteur la fixa avant de se détourner et de cracher à terre :
- Une elfe ! Je hais les elfes !
La princesse et le dragonnier se dévisagèrent, abasourdis, avant qu’Arya ne décide de se lever et de se diriger vers le bar en disant d’un ton neutre :
- Et moi, je n’aime pas les conteurs menteurs qui prétendent tous savoir sur l’Ancien Temps ! Respectez donc la vérité en déclamant les vraies légendes et non des histoires édulcorées pour les enfants ! Eragon, il est tout à toi !
Le concerné comprit qu’ils n’avanceraient à rien si elle était dans les parages et il la remercia mentalement. Liorr ricana avant de boire à nouveau :
- Toujours aussi présomptueux !
Le jeune homme patienta jusqu’à ce que l’homme ait fini de marmonner pour revenir à l’attaque :
- Milane affirme que vous savez beaucoup de choses à propos d’eux ! J’aimerais les entendre…
- Pourquoi ?
L’homme était vraiment méfiant et Eragon décida de révéler une partie de la vérité :
- C’est à propos du symbole dans la plaine, vous en avez sans doute entendu parler…
- C’est l’elfe qui t’a dit que cela pouvait être le fait d’un dragon ? grogna le conteur.
- Euh non pas vraiment, répondit le jeune homme embarrassé. Je voulais avoir votre point de vue car, comme je l’ai dit précédemment, il semblerait que vous vous y connaissiez…
Sentant que l’homme hésitait, Eragon lui resservit un verre qu’il vida à nouveau d’un trait avant d’inspirer :
- Les dragons…Les dragons, même ceux qui ont des dragonniers, sont des bêtes cruelles et sanguinaires ! Fiers et libres, sans compter leur puissance qui n’a pas d’égal !
Le regard du conteur devint mélancolique. Le jeune homme demanda :
- Où sont-ils alors ? Sont-ils morts ?
Liorr roula des yeux :
- Morts ? Non, des créatures d’une telle puissance et si intelligents n’auraient pu s’éteindre ainsi ! Ils sont partis voilà des siècles pour une contrée lointaine ! Même si la paix avait été signée avec les elfes, ces deux races étaient si différentes qu’elles n’auraient pu cohabiter. Alors les dragons ont fait le choix de partir. Cependant, ils ne souhaitaient pas s’effacer complètement de l’Alagaësia alors c’est une des raisons pour lesquelles ils nous laissent des œufs. Histoire que les elfes n’étendent pas leur influence sur cette terre…
Eragon jeta un coup d’œil à Arya, abasourdi :
- Les elfes ? C’est pour cette raison que les œufs existent ?
Le conteur ricana :
- Ah c’est sûr, ils ne s’en vantent pas ! Les dragons, présents sur cette terre, juste pour leur rappeler qu’ils existent et qu’ils les surveillent…Ce n’est pas très brillant ! Oui, les elfes ne sont pas le peuple parfait et pur que tout le monde connaît ! Méfie-toi, toi qui voyage avec l’une des leurs !
Eragon le dévisagea avant de répondre posément :
- Je sais qu’ils ne sont pas irréprochables…Ils ont fait des erreurs, ils sont parfois vaniteux mais je les respecte quand même pour leur sagesse. Nous faisons tous des erreurs mais je lui fais confiance, fit-il en désignant Arya de la tête.
Liorr le regarda longuement avant de secouer la tête en se moquant :
- Aaaah l’amour ! Avec une elfe en plus ! Tu ne sais pas dans quoi tu t’embarques…
Le jeune homme devint cramoisi. Cela se voyait tant que ça ? Il fixa le conteur qui continuait de boire :
- Où peuvent-ils bien être ?
- Les dragons ? Va savoir ! Mais comme tu l’as deviné…
Il braqua son œil brillant sur lui :
-…Le symbole de la plaine est bien du fait des dragons ! Peut-être qu’ils ne vont pas tarder à réapparaître…
- Pourquoi maintenant ? murmura le semi-elfe, dépassé.
Le conteur haussa les épaules :
- Les dragons sont des créatures imprévisibles ! Même les dragons accompagnés de dragonniers…ils étaient très doués pour deviner les pensées de leurs humains mais les leurs sont souvent impénétrables !
- Ce n’est pas faux, soupira le dragonnier avant de se rendre compte de son erreur.
Il voulut se lever mais Liorr lui attrapa le poignet avant de le tordre violemment et le força à s’asseoir :
- Montre-moi ta paume !
Eragon voulut appeler Arya mais le conteur plaqua sa main contre sa bouche et l’entraîna avec une force incroyable dans la pièce du haut. Là, il le poussa à terre et se jeta avec furie sur le jeune homme qui se débattait. La gedwëy ignasia se révéla soudainement au conteur qui lâcha un juron :
- Dragonnier !
Il se releva et fixa suspicieusement Eragon :
- Parjure ?
- Non ! répondit le jeune homme, complètement perdu.
Il croisa le regard soudainement fuyant de Liorr qui se retourna pour descendre mais ce fut au tour du dragonnier de le retenir :
- Qui êtes-vous ? Assurément pas un simple conteur ! Comment savez-vous toutes ces choses sur les elfes ?
Il voulut lui dégager la paume mais le conteur l’envoya contre le mur avant de maugréer :
- Passe ton chemin gamin, et oublie-moi !
Il descendit rapidement l’escalier mais Eragon l’entendit tonner :
- Que je ne te revoie plus jamais ici !
Le jeune homme resta interdit, les bras ballants. Il n’arrivait pas à comprendre ce qui s’était passé. Qui était cet homme ? Il s’apprêtait à se lancer à ses trousses lorsqu’Arya arriva, inquiète :
- Que s’est-il passé ?
Le dragonnier la regarda avant de lui raconter ce qui venait de se passer, en omettant les informations récoltées sur les dragons . La princesse fronça les sourcils :
- C’est pour cela que je t’ai dit de te méfier ! Je n’aime pas les conteurs, ils sont doubles et cachent bien trop de choses à mon goût ! T’a-t’il révélé quelque chose sur les dragons ?
- Personne ne sait où ils sont mais ils sembleraient qu’ils soient toujours en vie…
- Voilà qui relance l’hypothèse du symbole, fit-elle, pensive.
Ils se turent puis Arya esquissa quelques pas vers la sortie avant de dire :
- Partons de cet endroit et allons retrouver Saphira ! Elle sera ravie de la nouvelle ! As-tu une idée de notre prochaine destination ?
Eragon haussa les épaules
- Maintenant que le roi est dans les parages, nous devrions nous poser quelques temps pour ne pas nous faire repérer !
- Ravie de voir que tu ne veux plus te jeter sur lui…
Le jeune homme regarda l’elfe avant de cueillir un fin sourire navré sur ses lèvres. Elle tentait de lui remonter le moral et il lui en était gré. Il descendit, la tête remplie de questions. La salle était silencieuse et tout le monde les regardait, l’air impénétrable. Arya se dirigea rapidement vers la sortie mais Eragon regarda Milane d’un air interrogateur. Cette dernière eut un petit sourire triste et le salua de la main avant que l’aubergiste ne s’approche d’elle. Il montra la sortie d’un signe au dragonnier et ce dernier s’exécuta, surpris. Une fois hors des portes de la ville, il demanda :
- Qu’avaient-ils ?
- Va savoir…Sans doute un rapport avec ton conteur, » répliqua l’elfe d’un ton neutre, en haussant les épaules.
Eragon jeta un dernier regard vers la ville avant de se jurer de revenir trouver ce mystérieux homme.

A Suivre... pirat
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Ven 16 Mai - 11:48

CHAPITRE 20 : Nouveaux départs


Sa tête cogna violemment le mur en bois, ce qui le fit s’éveiller avec une grimace. Murtagh se frotta la bosse naissante avant d’ouvrir les yeux et de se redresser. Cela faisait deux jours qu’il était plongé dans le noir et aujourd’hui ne différait pas tellement des autres fois. Il fixa le rai de lumière sous la porte pour s’habituer aux ténèbres avant de tendre l’oreille. Hors de sa cellule, l’agitation régnait car les bruits incessants de pas lui vrillait les tympans. Il entendait des cris et sentait le navire tanguer sous le roulis. Le jeune homme baissa les yeux sur ses chaînes qui l’empêchaient d’effectuer quelques pas. Il s’allongea de nouveau et soupira. On allait pas tarder à lui apporter à manger. Attorio était en pourparler avec son frère depuis deux jours mais on traînait à le libérer. Calyst avait expliqué qu’Amràn ne lui faisait aucunement confiance et qu’il ne souhaitait pas mettre son clan en péril à cause de ses bêtises. Depuis, il n’avait plus revu la jeune fille et l’absence de Thorn commençait à se faire cruellement sentir. Il parvenait à flairer sa présence ce qui le rassurait mais ils n’arrivaient pas à communiquer pour une raison obscure et les plaintes lancinantes de son dragon lui brisaient le cœur. Lui-même commençait à dépérir lentement du manque de sa moitié. Même à Uru’baen, on ne les avait jamais séparés ni enfermés dans l’obscurité aussi longtemps. Murtagh ferma les yeux et inspira lentement pour se calmer. Les évènements se bousculaient dans sa tête et lui procuraient une sensation de vertige impressionnante. Il s’était cru en sécurité ici et malgré sa méfiance naturelle, il avait apprécié les moments passés dans ce clan, auprès d’Attorio comme de Calyst. Mais il fallait se rendre à l’évidence, une fois de plus, il s’était fait des illusions. Finalement, sa situation n’avait pas beaucoup changée. Il était toujours enchaîné… Même si il n’en voulait pas au clan, il ne pouvait s’empêcher de ressentir une haine féroce à l’encontre du Général, responsable de son emprisonnement. Soudain, la porte de sa geôle s’ouvrit dans un grincement de gonds et Attorio pénétra dans la pièce avant de s’agenouiller devant lui avec un sourire contrit :
« Tu es libre ! déclara l’alchimiste en le délivrant de ses chaînes. Navré de ce séjour forcé mais Amràn met du temps à revenir à la raison !
- Bonjour à vous aussi, quel temps fait-il dehors ? répliqua Murtagh d’un ton ironique.
Il le regarda en souriant avant de l’aider à se relever :
- Ravi de voir que tu n’as rien perdu de ton sens de l’humour déplorable ! Tu récupères ta cabine. Des vêtements et un déjeuner t’y attendent !
- Mon sens de l’humour n’a rien de déplorable, protesta le jeune homme en s’élançant à sa suite.
L’alchimiste rit et le poussa dehors. Le dragonnier sortit avant d’être ébloui par le soleil. Il s’approcha du bastingage et inspira l’air marin, emplissant ainsi ses poumons de liberté. Soudain, une énorme vague salée l’éclaboussa, lui ainsi que d’autres marins, qui poussèrent des jurons avant d’invectiver le responsable de sobriquets moqueurs.
- Va donc, hé, gros lézard !
- Va t’amuser ailleurs !
Le dragon rubis se retourna vers eux avant de grogner dans un rire guttural. Un sourire rayonnant apparut sur le visage de Murtagh qui tendit la main pour caresser son ami. Celui-ci nageait dans l’eau avec délice mais lorsque son dragonnier s’approcha, il se précipita vers lui, créant des remous qui firent tanguer le navire, et glissa sa grosse tête sous les doigts tendus, avant de laisser échapper un doux ronronnement.
« Enfin te voilà ! »
« Tu m’as manqué aussi bonhomme ! Attorio avait beau m’assurer que tu allais bien, je n’avais aucune nouvelle de toi ! Et ce Amràn qui me surveillait… »
Le flot de paroles de Thorn trahissait une angoisse refoulée depuis longtemps et sa voix grave adoucissait le cœur du dragonnier. Il sourit et caressa tendrement son dragon avant de relever la tête :
- Mais nous sommes en pleine mer ?
Le navire voguait tranquillement sur les eaux calmes de l’océan Varäm et les mouettes jouaient à zigzaguer entre les cordages en poussant des cris aigus.
Attorio s’approcha et expliqua :
- Oui, nous avons quitté Illium après l’attaque, c’était plus sûr !
- Où allons-nous ?
L’homme le fixa avant de répondre :
- Je suis désolé mais tu penses bien que je ne peux te le dire !
- Ah oui, c’est vrai…
Il caressa une dernière fois son dragon avant de suivre l’alchimiste qui le conduisit à sa cabine.
- Je te laisse t’installer, rejoins-moi sur le pont quant tu auras fini, nous devons parler !
Murtagh ne dit rien et attendit qu’il ferme la porte avant de se rafraîchir et de s’habiller. Il dévora le plateau garni de fruit, d’eau et de pain qui avait été laissé à son attention. Tout en mangeant, il se dit que cela devait être le fait de Calyst, Amràn se fichant pas mal qu’il meure de faim, Attorio, trop étourdi pour y penser…Seule la rôdeuse avait dut juger que lorsqu’il réintégrerait sa cabine, il n’aurait rien avalé depuis la veille. Il se promit de la remercier mentalement et sortit de sa cabine pour remonter à l’air libre. Les soldats de la bataille s’étaient transformés en marins affairés qui couraient ici et là. Il avisa Attorio qui se tenait sur le pont arrière près du gouvernail et se dirigea vers lui. L’alchimiste l’accueillit avec un grand sourire :
- Qu’y-a-t’il ?
- Eh bien je me disais que tu n’étais sûrement pas du genre à te tourner les pouces et comme tu vas rester parmi nous pendant une durée indéterminée…
Il plongea ses yeux verts dans ceux du dragonnier qui ne savait pas quoi répondre :
- Mais Amràn me surveille, je ne peux pas faire grand-chose…
- Oublie donc le Général un instant ! Tes serments…Je ne prétends pas les délier mais…pourquoi ne pas effectuer quelques recherches ?
Le jeune homme le regarda, surpris, cherchant la moquerie dans ses yeux mais il n’y vit qu’une pure sincérité :
- Que voulez-vous dire ? Quelles recherches ? Les serments ne peuvent être déliés à part si l’on tue celui qui les a fait prononcer !
Il dévisagea son interlocuteur, un peu effrayé. Voulait-il tuer le roi ? Mais Attorio sourit avant de l’entraîner à l’écart :
- Aaaah la magie ! C’est une chose très complexe à manipuler avec précaution ! Surtout couplée à l’alchimie !
- Où voulez en venir ? demanda Murtagh en fronçant les sourcils.
- Que dirais-tu de devenir mon élève ?
- Je vous demande pardon ? lâcha le dragonnier, estomaqué.
L’alchimiste sourit et commença à faire les 100 pas :
- Cela fait quelques jours que j’y pense…Tu es dragonnier, de ce que j’ai pu constater tu es un excellent bretteur et tu maîtrise l’ancien langage et la magie sur le bout des doigts. Ma seule façon de t’aider c’est de t’apporter mes connaissances !
- Pourquoi ? Pourquoi faire une chose pareille pour moi ? Je suis votre ennemi ! Si jamais je retombe entre les mains du roi, j’userais de votre savoir contre vous ! C’est ce que vous voulez ?
Il se tut, essoufflé, puis Thorn intervint :
« Qu’a-t’il derrière la tête ? »
« Je l’ignore mais je ne le laisserais pas mettre son clan en péril juste parce qu’il est un homme irresponsable ! »
Il fixa Attorio qui porta son regard mélancolique vers la mer. Murtagh baissa la tête, songeur. Il ne comprenait pas pourquoi cet homme était si attentif à lui. Mine de rien, cette conversation lui rappelait qu’il n’était pas du bon côté de la barrière et ça le faisait souffrir. Pour cela, il en voulait à l’alchimiste comme si cette douleur était de son fait. Mais d’un autre côté, autant de sollicitude de la part d’une homme qui n’était pas son père le touchait. Il regarda Attorio et s’avoua le début de sympathie qu’il éprouvait pour cet homme avant de se gifler intérieurement.
« Pourquoi cette réaction ? » demanda Thorn.
« J’ai été bien trop souvent déçu par les adultes ! Mon père, ma mère, le roi et même Tornac…Ils ont tous fini par m’abandonner d’une manière ou d’une autre ! Mon père n’a jamais été un père, ma mère m’a abandonné… »
« Ne dis pas ça, bonhomme, je sais que tu ne le penses pas et tu pourrais le regretter ! »
« C’est pourtant la vérité ! » répliqua violemment le jeune homme.
Son ami ailé se tut mais il continua de lui envoyer sa chaleur par le biais de leur lien mental. Il le sentait, l’attitude de l’alchimiste faisait abaisser les barrières de défense de son dragonnier et ce, bien malgré lui. Sa gentillesse le rendait nostalgique. Le jeune homme s’approcha d’Attorio et s’accouda au bastingage en regardant droit devant :
- Je vous suis très reconnaissant de tout ce que ce clan a fait pour moi, et plus particulièrement Calyst et vous… C’est pour cette raison que je ne veux pas apprendre de choses qui pourraient vous nuire. Vous pourriez le regretter et moi-même, je ne pourrais me le pardonner !
Sa voix se brisa involontairement et il resta silencieux mais Attorio prit doucement la parole :
- A raisonner comme ça, tu n’avanceras jamais à rien ! J’ai peut-être l’air inconscient mais je ne suis pas fou ! Je te le propose en ayant longuement pesé le pour et le contre…Oui, peut-être que nous nous surestimons à supposer que le roi ne te retrouvera jamais ! Mais je crois que la réponse à tes problèmes, aux serments que tu as prononcés, se trouvent en toi !
- Si c’était le cas, je pense que Galbatorix me les auraient ôtés pour asseoir un peu plus son contrôle sur nous…
- Mais c’est ce qu’il a fait !
Le jeune homme se tourna vers son interlocuteur qui poursuivait :
- Tu ne crois pas en toi, tu ne penses pas pouvoir te libérer seul ou même te libérer tout simplement et ce sentiment d’assimilation au destin tragique de ton père…
Il grimaça avant de renchérir d’un ton grave :
- Il t’a brisé, Murtagh ! Brisé ! Tu as toujours été sous le joug du roi, ça a été une chose facile pour lui de te manipuler !
La colère s’insinua dans les veines du dragonnier qui détestait qu’on le mette face au fait accompli, ici, sa soumission au roi.
- Que croyez-vous ? gronda-t’il. Que je me suis laissé faire ? Vous n’imaginez pas les tortures, les coups de fouet, l’huile de Seithr… (il ne se rendit même pas compte qu’il criait : ) Et quand ce n’était pas les tortures mentales, c’est à Thorn qu’il s’en prenait ! Mon propre dragon ! Est-ce que vous vous rendez compte ?
« Murtagh… », appela doucement son ami ailé.
Mais c’était trop tard, le mal était fait. Attorio le dévisageait le visage sombre et les yeux tristes. Il esquissa un geste en direction du dragonnier cependant ce dernier recula et tourna les talons avant de lâcher dans un murmure :
- Si c’est ce que vous souhaitez pour votre famille…
Il descendit sur le pont inférieur et retourna dans sa cabine, sans remarquer le soupir attristé de l’alchimiste qui le regarda s’éloigner. Le dragonnier claqua violemment sa porte et se laissa glisser contre le mur en bois. Il passa la main dans ses longs cheveux bruns et inspira une grande bouffée d’air pour se calmer. Sa rancœur contre le roi arrivait par vagues et agitait son corps de soubresauts de colère. Thorn tenta de le rassurer :
« Nous allons bien, n’est-ce pas le plus important ? »
« Mais pour combien de temps ? Si jamais nous retombons entre ses griffes et qu’il s’en prend de nouveau à toi…Je crois que je ne répondrais plus de rien ! Je pourrais tuer n’importe qui, même Eragon ou Nasuada, pourvu qu’il arrête ta souffrance ! »
Le dragon ne répondit rien. Malgré le fait que cette conversation ne soit que mentale, il ressentait tous les tourments, la peur de son bonhomme. Lui-même ne savait pas ce qu’il serait capable de faire si on s’en prenait de nouveau au jeune homme. Les cris de douleur de ce dernier résonnaient encore et il secoua la tête pour les chasser. La peur de se faire capturer une nouvelle fois par le roi planerait toujours au-dessus d’eux jusqu’à ce qu’une bonne âme le tue mais en attendant, Murtagh ne pouvait rester dans cet état d’abattement. Il était prostré contre la cloison en bois la tête dans les mains et restait silencieux, ruminant de vieux souvenirs. Le dragon soupira avant de s’éloigner chercher celle qui pourrait le remettre d’aplomb. Quelques minutes plus tard, quelqu’un toqua délicatement mais le dragonnier le rabroua violemment :
- Allez-vous en, je ne veux voir personne !
- Si tu n’ouvres pas, je suis capable de faire défoncer cette porte, tu sais, répondit une voix familière.
Il y eut un silence avant que Murtagh ne soupire :
- Laisse-moi seul Calyst, s’il te plaît !
- Non.
- Je ne t’ouvrirais pas !
- Pas besoin que tu ne m’ouvres pour que l’on discute !
Au son de sa voix, il sentit que cette têtue ne partirait pas de sitôt. Il entendit un choc sourd contre la porte avant de deviner qu’elle s’était assise dans la même position que lui :
- Qu’est ce que tu veux ?
- Savoir ce qui te tracasse.
- Que t’a-dit ton oncle ?
- Mon oncle ? répondit la rôdeuse, visiblement surprise. Mon oncle ne m’a rien dit, c’est Thorn qui est venu me chercher. Qu’est-ce qu’il a encore fait ?
Le dragonnier réfléchit quelques secondes avant d’avouer :
- Il m’a proposé de m’apprendre les rudiments de l’alchimie, soi-disant pour me délivr…
- Quoi ? Il a dit qu’il allait t’apprendre ? le coupa la jeune fille, abasourdie.
- C’est si surprenant ? répliqua amèrement Murtagh.
Le silence s’installa entre eux avant qu’il n’appelle :
- Calyst ?
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