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 Tome 3 d'Eragon

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mar 20 Mai - 18:32

Vive les postes constructifs.. *sors*

OURA!!! tu as presque rattrapé l'autre forum dit donc ><!!!!!!

Attorio *ptit soupir* Que je le n'aimeuh!!!!!!!!!!
Et Calyst! et Mumu pis Thornichou I love you

(internée moi je deviens folle)

Tu leur montre enfin tout ton don en leur mettant ces sublimes chapitres... Raah!! je vais allé lire (plutot dévorer!) le dernier chapitre sur Eragon que tu m'a envoyé et le corriger, pour que tu puisses le donner aux monstres affamés qui attendent >< (Vive les métaphores et les comparaisons Razz )

En tout cas, meme ci ce n'est pas vieu du tout, relire ce chapitre sublime.. Ou tu fais si bien passé les émotions des personnages à tes lecteurs..

Notre petit Mumu d'amour qui laisse couler une larme à la fin.. Trop meugnon!!

De superbes descriptions.. M'enfin, je me répéte, tu connais déjà mon avis sur ce chapitre, comme sur tout les autres que tu as posté ici =) Mais le redire et te complmenter est si bon flower
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mer 21 Mai - 12:44

Ce qui suit est un "Spécial" ! Suite à une demande sur un autre forum, je me mets à écrire des bonus pour faire patienter les gens ! Normalement j'envoie cet écrit par MP à ceux qui demandet mais ici c'est spécial donc je le poste^^

CHAPITRE BONUS :



Le jeune homme était plongé depuis longtemps dans un profond sommeil lorsqu’une ombre passa furtivement devant sa fenêtre, ce qui l’éveilla. Saisi d’un pressentiment, il repoussa ses couvertures avant de se lever et il s’approcha de sa fenêtre, uniquement vêtu d’un ample pantalon noir. Heureusement, le ciel était dépourvu de nuages et la lune était pleine, ce qui éclairait la baie où ils avaient trouvé refuge le temps d’une nuit. Murtagh se pencha et plissa les yeux pour scruter la mer calme qui s’étendait sous eux. Une étrange créature se mouvait gracieusement dans l’eau chatoyante et cherchait visiblement à rallier la plage où était ancré le navire. Intrigué, le dragonnier décida de sortir à l’air libre voir de quoi il retournait et se faufila discrètement hors de sa cabine. Le vent frais lui fouetta le visage et il s’étira longuement, un léger sourire sur les lèvres. Se rappelant l’objet de son excursion nocturne, il grimpa sur le pont supérieur avant de se pencher au-dessus du bastingage. La créature en question était tout ce qu’il y a de plus humaine et le jeune homme décida de la rejoindre. Lorsque ses pieds s’enfoncèrent dans le sable, le jeune homme frissonna : la nuit se rafraîchissait de plus en plus et il traita mentalement Calyst d’insensée. Cette dernière émergeait de l’eau en secouant ses longs cheveux, vêtue d’une tunique noire ouverte sur la poitrine, lui arrivant sur les cuisses et enserrée à la taille par un filin. La rôdeuse s’écroula sur le sable, essoufflée. Sa poitrine se soulevait rapidement et elle avait fermé les yeux, goûtant les embruns salés avec délice. Murtagh vint se poser à ses côtés et engagea la conversation d’un ton moqueur :
« - Ca t’arrive souvent ce genre d’expédition nocturne ?
Le jeune femme ouvrit les yeux, surprise, mais se détendit lorsqu’elle vit qui était celui qui avait l’outrecuidance de la déranger.
- Quand il fait frais comme ça, c’est excellent pour la santé, tu devrais en faire autant !
- Très peu pour moi, je connais d’autres moyens pour rester en forme !
Calyst sourit et tourna sa tête vers lui :
- Pourquoi tu ne dors pas ?
- On m’a raconté une histoire qui m’a révolté…
- J’espère que ce n’est pas une histoire de fantômes ! Je déteste les fantômes !
Le silence du dragonnier attisa sa curiosité.
- Murtagh, je te parle…
- C’est la tienne d’histoire, ainsi que celle de Lukan, avoua l’interpellé.
La jeune femme se releva brusquement et le foudroya du regard :
- Qui a bien pu…Ah oui, Attorio pour se venger ! Comme c’est puéril !
Elle épousseta les grains de sable collés à sa peau et commença à s’éloigner :
- Calyst ! appela Murtagh.
- Tais-toi !
Elle voulut s’enfuir mais il se lança à sa poursuite et la rattrapa sans peine. Le jeune homme lui attrapa fermement la main et la força à se retourner avant d’éprouver un choc à la vue de son visage, ravagé par les larmes.
- Calyst…
- Je ne veux pas t’entendre…sanglota cette dernière.
- Et moi, je veux des explications ! Je ne t’aurais rien dit car tu avais l’air d’avoir tourné la page mais regarde-toi !
- Lâche-moi, balbutia la jeune fille qui cherchait vainement à se dégager.
- Non…
La rôdeuse cessa de se débattre et le fixa rageusement de ses yeux rougis. Ils restèrent prostrés ainsi quelques secondes avant que Murtagh ne se décide à la relâcher en soupirant :
- Très bien, je te lâche mais je t’interdis de t’enfuir !
Malgré son envie de détaler à toute jambe, la voix brisée de son ami la retint près de lui et elle se contenta de se masser les poignets en le regardant avec méfiance. Quelque peu rassuré, le jeune homme reprit la parole d’une voix étrangement émue :
- Je sais que ça ne regarde que toi et je voulais juste te dire que je connaissais les circonstances de la naissance de ton fils mais quand je te vois ainsi…
Calyst détourna les yeux et sécha ses larmes mais c’était trop tard :
- Je n’ai qu’une envie : retrouver cet homme et lui faire payer ce qu’il vous a fait !
- C’est inutile, murmura la jeune fille d’une voix sourde. Si je le croise avant toi, je m’en chargerais moi-même !
Murtagh la regarda avec un petit sourire de satisfaction, enchanté qu’elle partage son avis. Mais il se rembrunit bien vite. La rôdeuse affichait un air si triste et torturé qu’il comprit très vite :
- Tu l’aimes encore, n’est-ce pas ?
- Je…
Elle se détourna quelques instants pour refouler ses larmes puis prononça d’une voix frémissante :
- J’ai l’impression qu’il est toujours ici, près de moi. Si je pousse la porte de ma cabine, je m’attends à le voir près de Lukan en train de jouer ou de lire un livre. Il était encore sur ce navire, il y a 6 mois…
Son menton trembla et elle se tut mais Murtagh poursuivit :
- Il est parti, Calyst…
- D’où cette irrésistible envie de lui planter moi-même une dague dans le cœur ! riposta la jeune fille en rivant sur lui des yeux enflammés par la colère.
Elle parcourut la baie du regard. L’eau qui s’étendait à leurs pieds miroitait de mille feux et une légère brise agitait les arbres qui bordaient la plage. Les bruits d’animaux nocturnes ne parvenaient pas à briser la tranquillité ambiante mais entre les deux jeunes gens, la tension était palpable.
- Tu n’as pas répondu à ma question, fit remarquer le dragonnier.
- Parce que je ne sais pas quoi te dire ! déclara Calyst avec un sourire forcé. J’ignore si je l’aime encore, j’ignore si je le reverrais ni ce que je ferais dans ce cas-là…
Elle leva la main d’un geste désespéré avant d’avouer :
- Tout ce dont je suis certaine, c’est qu’il a été le premier homme dont j’ai été terriblement amoureuse et le dernier aussi. Sans compter que c’est le père de Lukan…
Loin de rassurer le jeune homme, cette phrase l’enfonça un peu plus dans les ténèbres :
- Il t’a abandonné, toi et ton fils !
- Ce n’est pas comme si il m’avait laissé en pleine nature, murmura la rôdeuse, visiblement désemparée par l’attitude de son ami. J’étais parmi les miens…
- Je ne te comprends pas, répliqua Murtagh. Je serais ivre de colère à ta place !
- Je n’ai pas dit que je ne ressentais aucune rage à son encontre !
Le ton commençait à monter mais visiblement aucun des deux ne semblait décider à se taire. Le dragonnier ricana :
- Attorio avait raison ! Il t’a littéralement séduit ! Sous prétexte qu’il est bien plus âgé que toi, tout ce qu’il t’a fait doit être pardonné parce qu’il avait une excellent raison d’agir ainsi sans doute ?
Il ne vit pas la gifle arriver et regarda la jeune femme, hébété :
- Calyst…
- Comment oses-tu ? gronda l’interpellée. Insinuerais-tu que je sois naïve ? Tu ne me connais pas si bien que ça, Murtagh, et tu ne le connais pas non plus alors ne nous juge pas !
- Ce que je vois, hurla le dragonnier, hors de lui, c’est que toi comme ton fils vous en souffrez !
Se rendant compte qu’il criait, il s’arrêta, essoufflé, et dévisagea la jeune femme qui avait détourné les yeux et croisait ostensiblement les bras sur sa poitrine.
- Tu ne sais rien…
Elle pointa un doigt rageur sur le jeune homme et le frappa à plusieurs reprises en sanglotant :
- Mais qu’est-ce qui va pas chez toi ? Pourquoi te mêles-tu de cette histoire ?
Murtagh la regarda se défouler sur sa poitrine puis lui saisit délicatement les poignets :
- Je suis navré pour toi mais le peu d‘amis que j’ai, je les protège du mieux que je peux et tant pis si ça leur déplaît ! Il est plus que temps que tu tournes la page ! Tu n’oses même pas t’avouer à toi-même ce qui t’est arrivé ! Ce n’est pas ainsi que tu avanceras !
- Je sais ce qui nous est arrivé, cria la jeune fille en larme, il nous a abandonné !
Elle sanglotait et frappait le torse du jeune homme mais l’objectif était enfin atteint : elle était en train de se libérer de ses démons.
- Il m’a laissé toute seule alors que c’est lui qui m’a assuré qu’il serait toujours prêt de moi pour s’occuper de Lukan ! C’est lui qui m’a convaincu d’avoir cet enfant ! Et il m’a abandonnée à la merci de mon père avec un petit garçon dont je ne savais même pas m’occuper ! Ce n’est qu’un lâche !
Elle répéta ce dernier mot plusieurs fois avant de complètement s’effondrer sur le dragonnier qui l’attrapa par la taille et l’attira à lui. Il l’enserra tendrement et posa une main rassurante dans ses cheveux pour la calmer. Le corps de la jeune femme était secoué de sanglots et elle-même n’arrivait pas à articuler le moindre mot tant le flot de larme qui s’écoulait le long de ses joues était incontrôlable. Les mots que Murtagh lui chuchotait d’une voix douce parvinrent cependant à la calmer au bout de quelques minutes. Le dragonnier prit son visage entre ses mains et essuya les larmes qui en coulaient :
- Ca va mieux ? dit-il en souriant.
Elle hocha la tête et se laissa entraîner lorsqu’il lui saisit la main pour marcher un peu. Au bout de quelques mètres, la jeune femme prit la parole d’une voix brisée :
- Quand on a appris que j’étais enceinte, j’étais terrifiée. J’étais très jeune, je ne me voyais pas m’occuper de lui et ne parlons pas de la réaction de mon père ! Mais lui, il m’a pris la main et m’a remercié de lui offrir ce merveilleux cadeau. Je lui ai répliqué qu’il était hors de question qu’on le garde sans me justifier davantage mais il a très vite compris : Il m’a pris dans ses bras et m’a juré de toujours être près de moi. Alors j’ai laissé ce petit être grandir en moi pendant 9 mois…
La jeune femme se caressa le ventre, mélancoliquement :
- Il a tenu toutes ses promesses. Il m’a protégé de la fureur d’Amràn et il était de toutes les attentions pendant ma grossesse. Le jour de l’accouchement a été dur et douloureux mais je me raccrochais à la pensée qu’il attendait derrière la porte. Les trois ans qui suivirent ont été magnifiques : il adorait son fils et j’avais l’impression que son amour pour nous était sans limite. Mais quand je me suis aperçue que mon père avait scellé la voix de Lukan, je suis allée le chercher, persuadée qu’il pourrait résoudre ce problème et il était parti…
Elle resserra sa main sur celle de Murtagh et poursuivit d’une voix triste :
- Dès lors, Amràn reprit son contrôle sur moi, notamment en éloignant Lukan. Je n’ai pas vraiment eu le cran ni la volonté de résister et c’est quelques mois plus tard que nous nous sommes rencontrés tous les deux !
Le jeune homme la regarda, un peu surpris :
- C’est vraiment récent…Et Lukan ?
- Il le vit bien. Pour lui, son papa est parti lui chercher un très gros cadeau mais un jour, il sera en âge de comprendre !
- Qui sait ? Le crois-tu mort ?
Calyst secoua la tête, catégorique :
- Non, il est bien trop malin pour se faire prendre par qui que ce soit !
- Alors peut-être qu’il va revenir ?
- Il risque d’avoir une sacrée surprise, ricana la rôdeuse. Je ne suis pas la seule sur ce navire à avoir une dent contre lui. Et je ne me laisserais plus avoir par ses belles paroles !
- Tu es bien amère, nota Murtagh.
Mais la jeune femme ne répondit rien. Ils s’adossèrent à un rocher et s’assirent quelques instants, goûtant à la fraîcheur qui se dégageait de la pierre, avant que Calyst ne demande d’un ton malicieux :
- A toi maintenant !
- Quoi à moi ?
- Je t’ai raconté mes amours malheureux, alors c’est à ton tour !
Le dragonnier éclata de rire :
- Il n’en est pas question, nous n’avons passé aucun marché !
- C’était un accord de principe tacite ! Sinon, je fouille dans ton esprit !
- Tu n’y arriveras pas, répliqua-t’il d’un ton moqueur.
La rôdeuse fronça les sourcils et se concentra plusieurs secondes mais le jeune homme savait le défendre, et plus que bien. Il repoussait ses attaques comme des mouches et elle songea, vexée :
« Demain, je vais voir Thorn ! »
- Très bien, je dois donc t’obliger à me le dire !
Murtagh sourit et s’allongea sur le sable :
- Je ne te ferais aucun serment…
- Ca m’est égal, je trouve injuste que tu saches tant de choses sur moi et ma famille, sans compter les secrets que t’enseigne Attorio, tandis que moi en retour, j’ai cette impression de côtoyer un inconnu. Alors dis-moi une chose sur toi !
Le jeune homme la fixa et vit qu’elle semblait vraiment ennuyée. Mais qu’est-ce qui pouvait bien l’intéresser chez lui ? D’ordinaire, les gens le fuyaient et ne cherchaient pas à savoir si il avait été heureux, enfant, ou bien le nombre de fois où il était tombé de cheval. Il abdiqua en soupirant :
- Que veux-tu savoir ?
- Je te l’ai dit : parle-moi de tes amours !
- C’est très indiscret…
- Je te trouve mal placé pour faire des réflexions, répliqua Calyst qui se mit face à lui.
- Têtue !
- Borné !
Ils se dévisagèrent longuement avant que Murtagh ne se décide :
- Nous dirons que nous sommes quittes. Je te préviens, c’est court !
Mais la rôdeuse haussa les épaules, l’enjoignant à continuer :
- Bon, comme tu veux. J’ai connu beaucoup de femmes, tu as entièrement raison, en revanche je n’ai pas eu d’amour malheureux.
- Pourquoi ?
- Je ne les aimais pas. J’étais attiré le temps d’une nuit et le lendemain, elles disparaissaient aussi vite qu’elles étaient entrées dans ma vie !
- C’est d’un romantique, railla Calyst. Les femmes ne sont pas des objets, tu sais…
- Tu es en train de me juger ? fit le jeune homme en levant un sourcil. Je n’ai pas forcé ces demoiselles, qui plus est, cela valait sans doute mieux pour elles. Puis-je aimablement te rappeler que je suis un Parjure ? Je préfère ne pas te dire le sort que le roi réserve aux filles intrépides…
- J’imagine bien, répliqua son amie d’une voix sombre. Et Nasuada alors ?
- Quoi Nasuada ?
- Tu m’en as parlé à Uru’baen et elle ne semblait pas être n’importe quelle fille à tes yeux…
Le ton était innocent et désintéressé mais la rôdeuse tendait ces deux oreilles :
- Je ne sais pas, fit le dragonnier, pensif. Elle a été si gentille et attentionnée avec moi lorsque j’étais à Farthen Dûr que ça m’a bouleversé. De plus, elle possède un sacré caractère sans compter qu’elle est très loin de toutes les superficialités d’une cour…Elle connaît mon ascendance et je n’ai pas eu l’impression que ça l’ait rebuté. Pour toutes ses raisons, je la respecte bien plus que les autres femmes que j’ai connues et il est vrai que j’aimerais la voir, quand tout sera fini…Si elle le veut bien.
Il regarda Calyst qui le fixait attentivement, un petit sourire en coin :
- Quoi encore ?
- Rien, c’est peut-être ta façon à toi d’être amoureux !
Murtagh secoua la tête, agacé et se releva :
- Je rentre…
- Oh mauvaise tête, te voilà soudainement devenu timide ! rit son amie.
Elle le suivit et ils se chamaillèrent tout le long du chemin. Une fois sur le point de se séparer, la jeune femme se retourna et avoua les yeux brillants :
- Je te souhaite vraiment de trouver la personne qui te suivra tout le long de ta vie et je suis persuadée que ce sera quelqu’un de bien, qui t’aimera profondément. L’amour n’a pas que des désavantages, Murtagh, je suis contente d’avoir rencontré le père de Lukan… »
Ce dernier haussa les épaules et la salua avant d’aller se coucher pour méditer sur la nuit qu’il venait de passer.

A Suivre... pirat
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Jeu 22 Mai - 9:28

CHAPITRE 23 :




« Eragon, cesse de te pencher sinon tu vas tomber ! »
Le sermon de Saphira fit sourire son ami qui se redressa. Arya et lui chevauchaient la dragonne depuis le lever du jour mais ils n’avaient échangé aucun mot, aucune parole et ne comptaient visiblement pas le faire dans les prochaines minutes. Le dragonnier ne cessait de jeter de rapides coups d’œil vers Rùmil qui montait un cheval noir en contrebas. Le jeune homme avait acheté sa monture dans une ferme qui se trouvait sur leur route et depuis, ils s’acharnaient à suivre l’itinéraire imposé par le cavalier. Ce dernier se taisait quand au lieu où ils se rendaient mais il semblait savoir parfaitement où aller. Arya avait questionné Eragon tout le long de la soirée mais ni lui ni la dragonne n’avait lâché le morceau. Si l’elfe avait découvert l’identité de leur nouvel ami, nul doute qu’elle aurait tenté de le tuer sans somation d’aucune sorte. Néanmoins, le regard suspicieux qu’elle lui lançait soulignait toute la méfiance qu’elle éprouvait à l’égard du jeune homme et Eragon sentait que la princesse n’avait pas dit son dernier mot.
« Il s’est arrêté ! » souligna Saphira qui amorça sa descente.
Ils se posèrent en douceur et Eragon s’approcha de Rùmil, sans remarquer qu’Arya restait en retrait.
- Que se passe-t’il ?
Le fils du roi regardait l’horizon, pensif. Au loin devant eux s’élevaient de gigantesques montagnes dont les sommets se perdaient dans les nuages. Une fois sur place, le jeune homme put voir au travers des parois couvertes de verdures qu’un étroit passage s’offrait à eux, sur lequel débouchait un tunnel, qui n’avait absolument rien d’engageant.
- Quel est cet endroit ? demanda durement Arya.
- C’est le passage obligé pour rejoindre ce que nous cherchons…C’est de l’autre côté !
- Comment le savez-vous ? Et quelle est cette chose que nous cherchons avec tant d’assiduité ? ironisa la princesse.
- Vous devriez le deviner pourtant, je ne pense pas que ce soit à moi de vous le dire, se moqua le jeune homme en dévisageant outrageusement l’elfe.
Celle-ci pinça les lèvres et fusilla Eragon du regard, comme pour le punir d’avoir amené cet impudent avec eux. Le jeune homme eut un pathétique sourire avant de se tourner vers Rùmil :
- Ca va être difficile pour Saphira de se glisser là-dedans !
« J’ai une taille de guêpe, je m’y faufilerais comme une petite souris dans sa tanière ! » affirma la concernée dans un grognement.
- Une fois dehors, tu auras un espace incroyable Saphira ! De plus, c’est un site protégé par la même magie que le Du Weldenvarden. Lorsque nous serons là-bas, le roi ne pourra nous atteindre mais Saphira ne peut s’y rendre en volant !
« Dans ce cas, un effort s’impose ! »
Mais Arya ne l’entendait pas de cette oreille :
- Qui es-tu ? Comment connais-tu toutes ces choses ? Je n’ai jamais entendu parler d’elfes qui vivraient de ce côté de l’Alagäesia alors comment toi, un simple humain, pourrais-tu le savoir ?
Tout son être vibrait et le regard qu’elle posa sur le dragonnier était sombre et chargé de tristesse. Il semblait dire « Pourquoi lui fais-tu confiance et pas à moi ? ». Le jeune homme eut un sourire d’excuse avant de questionner Rùmil :
- Il est vrai que tu es un peu trop mystérieux à mon goût également ! Il va falloir nous en dire plus si tu veux que nous nous engagions là-dedans !
Son interlocuteur lui lança un regard désespéré et Eragon renchérit :
- Oui, tu as été très honnête…Avec moi en tout cas mais je partage l’avis d’Arya ! Qu’allons-nous trouver là-bas ?
La concernée eut un sourire de satisfaction avant de croiser les bras sur sa poitrine. Rùmil inspira avant de lancer à l’adresse de l’elfe :
- Un chat-garou m’a révélé une bien étrange prophétie qui n’a trouvé sens à mes yeux seulement il y a deux jours lorsqu’Eragon et moi nous nous sommes rencontrés. Elle disait : Lorsque le shur’tugal arrivera devant toi, répare ton erreur et conduis-le vers la lumière qui te sauva autrefois ! Tu pourrais bien y retrouver l’oiseau que tu as perdu et pour l’Alagaësia, un nouvel espoir s’y trouvera !
Il marqua une pause mais Arya répliqua :
- Quelle erreur as-tu commise ?
Le dragonnier resta surpris par la suspicion de l’elfe. Encore une fois, elle le devançait. Lui ne s’était attardé que sur la partie le concernant comme la lumière mais elle posait une question qui semblait élémentaire. Cependant, le fils du roi ne se départit de son assurance pour autant :
- Rien qui n’est causé du tort à l’Alagäesia ou bien à la cause des dragonniers. Il s’agit d’une erreur qui n’engage que moi et une autre personne à qui j’ai causé du tort…Quand à la lumière dont il est ici question, vous la trouverez à l’autre bout de ce tunnel !
- De quelle sorte de lumière s’agit-il ?
- Cela dépendra de vous ! Chacun y trouvera un sens différent et ce n’est pas une lumière au sens propre !
- Qu’as-tu trouvé toi ? demanda le semi-elfe, curieux.
Le jeune homme se contenta de lui décocher un sourire mélancolique avant de reprendre :
- Quoi qu’il en soit, ce que vous trouverez de l’autre côté vous aidera dans votre quête et j’aurais rempli ma part du marché !
Arya et Eragon se dévisagèrent quelques secondes puis Saphira prit les devants. Elle s’avança près du passage et huma l’air avant de s’y engager avec difficulté :
« Ils n’avaient pas prévu que des dragons passeraient par là ou quoi ? » bougonna-t’elle.
Eragon traduisit la question mentale de sa moitié en pensant dérider Arya mais ce fut Rùmil qui répondit d’un ton énigmatique :
- En réalité, ce passage a sûrement accueilli plus de dragons que nul autre sur cette terre ! Encore que nous pouvons dire, lorsque nous aurons franchi ce tunnel que nous serons dans un autre monde…
- Un autre monde ?
- Un monde où nos règles ne sont plus en vigueur ! Mais pour cela, nous aurons quelques épreuves à franchir !
- Des épreuves ?
La dragonne stoppa net et Rùmil vint heurter une de ses puissantes pattes. Il poussa un juron avant de se retourner en se frottant le front pour voir que ses deux amis le fixaient avec un air de reproche :
- Tu ne nous a jamais parlé d’épreuves, accusa Eragon.
- Je t’avais dit qu’il nous cachait quelque chose ! murmura Arya tandis que Saphira claquait sa mâchoire.
- Enfin, vous vous doutiez bien qu’un tel lieu, si protégé, ne possédait pas seulement un tunnel comme barrière !
La remarque était teintée d’excuse mais Rùmil laissa échapper un ricanement ironique, amusé par les mines déconfites de ces interlocuteurs.
- Mais quels genres d’épreuves nous attendent exactement ?
- Rien d’insurmontable pour un dragonnier. Je ne peux dire en quoi elles consistent puisque moi-même, je suis passé par un autre chemin ! Ce sera une découverte pour nous tous alors croyez-moi : je ne nous aurais jamais conduit à la mort !
- Voilà sans doute notre premier obstacle, souffla Arya qui se retenait depuis un certain temps de ne pas lui sauter à la gorge :
Une minuscule lueur scintillante s’approchait d’eux, illuminant les parois rocheuses luisantes d’eau. Une voix caverneuse retentit, ricochant sur les pierres :
- Qui ose pénétrer dans ce sanctuaire et le souiller de son impureté ?
Rùmil regarda ses camarades avant de prendre la parole d’une voix assurée et de s’exprimer en ancien langage :
- Je m’appel…
- Douleur est ton nom et ton âme ! Repars sur tes traces avant de le regretter amèrement ! Ton avenir est sombre tout comme ton ascendance et ton amour est destructeur !
L’interpellé resta sans voix devant ce prodige avant d’annoncer sans aucun tremblement :
- Je suis venu récupérer ce qui me revient de droit et réparer ma faute. C’est ma pénitence…
Un grondement retentit et la présence semblait réfléchir. Eragon en profita pour demander :
- Que veut-il dire par Douleur est ton nom et ton âme ?
- Rùmil signifie Celui qui infligera la douleur dans un ancien langage très élaboré que peu connaissent, répondit Arya en appuyant sa réponse par un regard insistant.
« Restons sur nos gardes vis-à-vis de lui ! » renchérit sa dragonne.
Soudain, la lueur réapparut juste devant les yeux d’Arya :
- Tu es tellement loin de chez toi, princesse. Tu rejettes toutes les responsabilités qu’on souhaite t’imposer et tu vis dans le passé…Que viens-tu chercher en ces lieux ?
La jeune femme répondit d’un ton impassible :
- Je suis venu accomplir mon wyrd et accompagner un ami. Je remplis mon devoir à ma manière, n’en déplaise à mon peuple…
La lumière s’éteignit à nouveau et devant le regard interrogateur des deux jeunes hommes, elle haussa les épaules :
- Si ce sont des elfes, autant être sincère !
De nouveau, l’étincelle blanche se plaça devant le dragonnier :
- Eragon…Ce nom signifie tellement ici, te sens-tu prêt à porter ce fardeau, toi, descendant d’une famille perdue et dont le nom est traîné dans la boue ? Seras-tu celui qui plongera ce monde dans les ténèbres ou bien l’emmèneras-tu vers la lumière grâce à de nombreux sacrifices ?
Le concerné soupesa chaque parole et réfléchit aux mots qu’il prononcerait mais la voix s’adressa à Saphira :
- Tant d’années se sont écoulées depuis que tu as quitté ce lieu…Les racines que tu cherches sont bien ici mais tourne-toi plutôt vers celles que tu pourrais créer !
« C’est un vrai charabia !» souffla la dragonne.
« Il semblerait que tu sois déjà venue ici ! » expliqua Eragon.
Ils voulurent répondre comme l’avaient fait leurs camarades mais la lueur s’éteignit subitement, les plongeant dans les ténèbres. Soudain, le semi-elfe ne perçut plus aucune présence autour de lui, autre que la sienne. Le lien qui le maintenait en relation avec Saphira n’était pas brisé mais cette dernière semblait absente :
- Saphira ? Arya ?
Il continua d’appeler mais seule sa voix résonnait comme un écho. Il effectua alors quelques pas hésitants, ne sachant ou mettre les pieds. Illusion ou réalité, il l’ignorait mais le jeune homme avait l’impression de marcher au dessus d’un gouffre sans fin, comme si il flottait. Soudain, un bruit de pierre se fit entendre :
- Arya ?
Des pas précipités comme si quelqu’un courrait :
- Rùmil, c’est toi ?
Un ricanement, qui le fit frissonner tant il était dénué de vie, lui parvint aux oreilles avant de perdre dans les méandres des ténèbres.
« Saphira ! »
Quelque chose le frôla et le fit sursauter. Cette fois, il en était persuadé, quelqu’un se jouait de lui. Il voulut dégainer Gryffleyd mais celle-ci resta coincée dans son fourreau. Sentant la peur le gagner, il se força à inspirer :
« C’est donc une épreuve d’esprit ! » songea-t’il.
Fils de maudit…Le vent soufflait mais ne pouvait couvrir cette étrange voix qui lui vrillait les tympans.
« Ces paroles n’ont aucun sens… » se força-t’il à penser.
Eragon tomba à genoux, essoufflé. Il se vidait de ses forces pour ne laisser place qu’à une colère résignée :
- Qui êtes-vous ? Montrez-vous !
Son esprit s’embrouillait et Saphira semblait connaître quelques difficultés également puisque la peur l’envahissait.
Un être si jeune ne sauvera jamais personne, il est si faible et colérique…
- Taisez-vous…
Laissons-le à son triste destin…
Il s’écroula au sol, haletant, griffant le sol, afin de ne pas quitter prématurément cet endroit mais le froid engourdissait chaque parcelle de son corps.
Il est bien faible, comme la plupart des autres l’étaient de toute manière…
Un cri retentit. Un cri vibrant, strident. Un cri qu’il aurait reconnu entre mille.
- Arya ! rugit-il.
Le jeune homme se releva avec peine avant de fixer la silhouette blanche devant lui. Une voix ironique retentit :
- Un destin noir t’attend…jonché de morts qui te sont chers, de sang, de souffrance et de trahison ! Qui voudrait hériter d’un tel fardeau ? Laisse-toi aller et rejoins tes ancêtres avant de commettre l’irréparable !
- Ce que j’entends là…haleta Eragon, ce n’est pas mon futur ou une quelconque prédiction de votre part, comme je l’ai cru au départ. Ce sont des choses que l’on m’a dites auparavant ou que l’on a tenté par maintes fois de me faire comprendre…
Il reprit son souffle avant de poursuivre :
- Comme le fait que je sois jeune ou que je descende d’un Parjure !
Un rire aigu retentit mais le dragonnier plongea brusquement sa main dans la silhouette qui s’offrait à lui. Un sifflement strident le fit grincer des dents mais il resserra sa prise et dut fermer les yeux lorsque la pièce s’illumina brusquement. Lorsqu’il les rouvrit, Arya, Saphira et Rùmil se tenaient près de lui, aussi hébétés les uns que les autres. A leurs pieds se trouvait une pierre lumineuse : bleue pour la dragonne et son ami et verte pour l’elfe et Rùmil.
- Que s’est-il passé ? balbutia ce dernier.
- Je crois que nous avons remporté l‘épreuve, répondit la princesse d’un ton neutre.
Cependant, son visage était pâle et elle serrait ses mains de façon convulsive. La voix résonna de nouveau, comme pour répondre à leur attente :
- Chacun de vous a remporté l’épreuve qui lui était destinée…D’autres étaient prévus mais nous avons lu dans vos cœurs qu’un plus grand rôle vous attendait. Nos portes vous sont ouvertes…Sachez néanmoins, que dans ce que vous avez entendu, se sont glissés des prédictions qui ne tarderont pas à prendre vie !
Tous trois lâchèrent un imperceptible soupir de soulagement. Visiblement, chacun d’eux avait été secoué, tout comme Eragon qui peinait à se remettre. La poigne glacée ne quittait pas son cœur et une phrase tournait en rond dans sa tête :
Qui crois-tu sauvera l’agneau sacrifié…
Rùmil se racla la gorge avant de se décider à avancer. Saphira lui emboîta le pas et devant son silence, le jeune homme se risqua à demander :
« Qu’as-tu entendu ? »
« Entendu ? »
Sa voix vibrait de colère et de tristesse :
« J’ai entendu des rires de dragon qui se moquaient de moi ! J’ai entendu les gens dire que nous n’étions pas à la hauteur ! J’ai entendu tes cris d’agonie ! »
Elle se tut et rumina sa rage en silence. Eragon comprit alors combien elle s’était sentie faible, humiliée et blessée dans son orgueil. Elle aussi avait du se sentir impuissante et déstabilisée par ces agressions. Il se tourna vers Arya qui semblait ailleurs.
- Arya ? En quoi consistait ton épreuve ?
Il s’apprêtait à se faire rabrouer mais elle répondit d’une voix tremblante :
- Ils m’ont confronté à la déception de ma mère. Ma mère qui me croit incapable de me prendre en charge, incapable de me dévouer à mon peuple…Quand on pense que je leur ai consacré ma vie et que Faolin en est mort !
Elle se tut brusquement, furieuse d’en avoir trop dit mais le jeune homme la réconforta :
- Ils savent ce que tu as du sacrifier pour leur cause, j’en suis persuadé ! Moi, je le sais ! Tout cela n’était qu’une illusion !
La princesse lui adressa un sourire de remerciement :
- Sait-on vraiment ?
Ils continuèrent d’avancer dans le noir lorsque Rùmil pointa la sortie du doigt :
- On y est !
L’air frais leur rosit les joues et Eragon écarquilla les yeux :
- Nom d’un dragon, qu’est-ce que c’est que cet endroit ? »

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mar 27 Mai - 18:34

Un soleil clair illuminait la vallée verdoyante qui s’offrait à eux. Un immense lac aux eaux miroitantes et cristallines semblait les appeler pour qu’ils y plongent tête la première afin de rejoindre l’île qui se trouvait en son sein et la plage qui le bordait était couverte d’un sable fin et blanc. Du lierre grimpant recouvrait les rochers et les flancs des montagnes qui entouraient ce paradis. En descendant le sentier, les trois jeunes gens aperçurent un immense palais en contrebas, surplombant la plage. Bâti en pierres ocres, couvertes par endroit de plantes grimpantes, il soulignait une présence humaine qui se mêlait avec harmonie à la nature ambiante. Des cris de joies et d’enfants s’en échappaient, mélangés à des pas de courses effrénés. Cet endroit était d’une beauté apaisante et chaque monument, chaque objet avait été crée avec soin, que ce soit les motifs entrelacés qui ornaient les sols et les arches ou bien les balcons qui surplombait le lac, taillés avec finesse. C’était un lieu ouvert et comportant de nombreuses terrasses assez grandes pour accueillir un dragon. Arya et Eragon suivaient Rùmil qui s’avançait vers le palais d’un pas assuré mais son visage était blême, trahissant une légère angoisse. Soudain Saphira s’agita brusquement, elle écarquilla ses yeux clairs et trépigna sur place en claquant des dents :
« Là-bas, regardez ! »
Ils suivirent ses indications et rivèrent leurs yeux sur l’île qui trônait au centre du lac. Au-dessus d’elle, une dizaine de silhouettes reconnaissables planaient, jouant avec délice à des jeux aériens et plongeant dans les abîmes de la mer qui les entourait :
- Des dragons…souffla Eragon, abasourdi.
- C’est impossible, renchérit Arya, complètement perdue.
Mais le fils du roi ne put retenir un rire de satisfaction :
- Je vous l’avais dit !
Saphira s’apprêta à s’envoler pour les rejoindre mais tous les trois eurent le même réflexe :
- Il vaudrait mieux que tu restes ici…assura leur guide d’un ton inquiet.
- Il a raison, reprit la princesse. Je partage son avis…
Devant cette étrangeté, la dragonne replia ses ailes :
« Mais… »
- Ce sont des dragons libres et sauvages, expliqua Rùmil. Ils sont dangereux même pour une créature comme toi. Mieux vaut les rencontrer dans un autre contexte…
Saphira regimba et cracha pour montrer son désaccord mais Eragon s’approcha et lui flatta l’encolure :
« Il a raison ! Restons sur nos gardes, nous ne savons pas à qui nous avons affaire ! »
Elle grogna avant de donner un coup affectueux sur la joue du jeune homme pour lui montrer son affection mais il ressentait tout le tourbillon d’émotion qui l’agitait. Cependant il n’eut pas le loisir de s’y attarder pour la réconforter. Sur le parvis du palais, une assemblée pour le moins étrange les attendait. Au bout d’une rangée de soldats armés jusqu’aux dents, trois hommes et une femme étaient postés comme pour leur interdire l’entrée du bâtiment. Les hommes étaient grands et massifs et si les deux premiers étaient dans la force de l’âge, le troisième portait avec fierté de longs cheveux blancs qui tranchaient avec son habit noir. Loin d’être voûté, il se tenait droit et fier en fixant les arrivants de ses yeux verts pétillants. La femme se tenait en retrait et portait un étendard étrange surmonté d’un symbole noir. L’un des deux hommes prit la parole d’une voix grave et menaçante :
- Rùmil…Je croyais que nous avions été clairs la dernière fois !
Le jeune homme se tourna vers Arya et Eragon en désignant le vieil homme afin de faire les présentations :
- Voici Meldrän, le maître de ces lieux ! Et ses deux sbires Gackel et Valeyn qui ont une dent contre moi !
Ses deux amis le regardèrent, effarés. Elfe ou pas, ce peuple paraissait de toute manière surpuissant à bien des égards et parler ainsi semblait être un signe d ‘hérésie, sans compter l’inquiétante présence de dragons sauvages.
Gackel riva ses yeux sur les deux autres arrivants :
- Pourquoi les avoir amené ici ? Leur heure n’est pas encore arrivé !
- Si vous sortiez de votre bulle, répliqua le fils du roi, vous sauriez que l’équilibre de ce monde est bouleversé ! Il est grand temps pour vous d’intervenir !
Le visage lisse et imberbe du vieil homme frémit et l’un de ses accompagnateurs haussa le ton :
- Impudent ! Sois plus respectueux avec nous sinon il t’en coûtera !
- Vous ne pouvez pas me retirer ce que vous m’avez déjà ôté, riposta férocement le jeune homme.
L’homme s’apprêtait de nouveau à répliquer mais Meldrän eut un geste apaisant :
- Paix ! Cet endroit n’a jamais été un lieu de discorde et il n’a pas de raison de le devenir ! Avant tout, je crois que nous avons deux jeunes gens et une dragonne à accueillir comme il se doit, ajouta-t‘il avec un clin d’œil bienveillant en direction d’Eragon. Nous discuterons du cas du jeune Rùmil plus tard…
D’un geste, il les invita à pénétrer dans son imposante demeure avant de s’effacer à leur passage. Mais le regard assassin qu’il lança au fils du roi ne put échapper au dragonnier qui se jura de garder ce dernier à l’œil. Une fois à l’intérieur, il fut frappé par la beauté et néanmoins la simplicité des mobiliers. Des tapis colorés et chaleureux, des plantes, un ciel ouvert, des draperies de soie reliant les murs et le plafond entre eux, tout contribuait à souligner l’harmonie de cet étrange peuple. Même Arya semblait sous le charme car ce lieu n’avait absolument rien à envier à Ellesméra, bien qu’il soit très différent, plus humain que nature. Meldrän les invita à le rejoindre sur une des terrasses qui surplombaient la plage et ils s’assiérent près du balcon, admirant la vue incroyable que le lac dégageait. Seul Rùmil resta debout, complètement indifférent au paysage mais nul doute qu’il avait du s’oublier des heures à se perdre dans cette contemplation autrefois. Le maître des lieux les jaugea en silence, le visage indéchiffrable cependant le semi-elfe ne put s’empêcher de le briser en posant la question qui lui brûlait les lèvres depuis son arrivée :
- Ce sont bien des dragons que l’on aperçoit au loin ?
- Evidemment ! Séregon ne devrait plus tarder d’ailleurs, il a du être prévenu de votre arrivée !
Un rugissement puissant retentit, faisant trembler la terre et une silhouette massive atterrit brutalement sur le parvis. Eragon avait été soufflé par l’imposante musculature de Shruikan lorsqu’il l’avait aperçu mais le dragon présent devant lui le dépassait en tout point. Il se tenait sur ses pattes arrières qui étaient plus larges qu’un bœuf et son poitrail semblait épais comme de la maille. Ses griffes de même que ses crocs pouvaient sans nul doute transpercer une armure avec une aisance déconcertante, même forgée par le meilleur des nains. Sa tête était droite et fière mais l’un de ses yeux était vitreux, privé de vie par une balafre. Ses yeux noirs tranchaient habilement avec sa couleur de nacre pure, si immaculée que le soleil s’y perdait en reflets lumineux et étincelants. Une voix grave tonna dans leurs têtes et même Arya ne put retenir une grimace sous la force de cet impact :
« Ravi de te voir Meldrän ! »
- Séregon !
Tous deux inclinèrent leurs têtes pour se montrer le respect qu’ils accordaient l’un à l’autre. Puis le dragon fixa ses yeux ténébreux sur Saphira qui ne parvenait plus à contenir son impatience débordante et piaffait littéralement sur place. Elle ne semblait même plus réceptive aux appels de son dragonnier qui l’incitait au calme.
« Contiens-toi sinon la terrasse pourrait bien s’effondrer ! »
La phrase ironique du majestueux dragon eut le même effet qu’une douche glacée sur la jeune créature qui cessa aussitôt son manège. Alors qu’Eragon la réconfortait mentalement, Arya prit la parole d’une voix tremblante. A l’atterrissage de Séregon, elle avait pâli et effectué un brusque mouvement de recul mais la curiosité l’avait emporté sur la peur :
- Pardonnez-moi mais je pense que nous méritons quelques explications ! Où sommes-nous ? Qui êtes-vous, Meldrän ? Et…
La princesse pesa bien chaque mot avant de poursuivre :
- Comment se fait-il que des dragons soient ici ?
Un vague grondement échappa de la gorge de Séregon mais il répondit d’un ton posé :
« Et où devrions-nous être, Arya princesse d’Ellesméra ? Les humains et les elfes ne sont pas si tolérants que tu sembles le croire… »
-…Cependant, elle a raison , intervint Meldrän. Je suppose, qu’excepté Rùmil, vous vous posez beaucoup de questions.
- Vous semblez savoir tellement de choses, renchérit Eragon, que c’en est déroutant ! Et Rùmil est persuadé que vous pouvez nous aider !
Le concerné lui jeta un étrange regard avant de reporter son attention sur le dragon qui se tenait devant lui :
- Et vous Séregon…Nous sommes si étonnés de votre présence et celles de vos congénères !
« Oui, ta dragonne a montré quelques signes…d’excitation ! » ironisa la créature en étendant ses immenses ailes.
A la lumière du soleil, elles devenaient transparentes et les trous, signe de batailles féroces, n’ôtaient rien à leur splendeur. Meldrän soupira avant de faire un signe à l’un de ses accompagnateurs :
- Valeyn, nous allons avoir besoin de rafraîchissements.
Les traits de son compagnon se durcirent mais il s’inclina et s’éloigna. Le maître des lieux entama alors son récit d’une voix grave :
- Vous voici à Elanessë, que nous appelons communément le Sanctuaire. Nous nous sommes réfugiés ici, nous comme les dragons. Le monde de l’Alagäesia nous rejetait, nous l’avons fui pour survivre !
- Vous êtes le Peuple Gris, n’est-ce pas ? demanda Eragon d’un ton fiévreux.
Cette idée lui trottait dans la tête depuis pas mal de temps et tout concordait. Cette question n’était donc qu’une simple formalité, pour lui comme pour le vieil homme :
- Nous ne sommes que leurs descendants, c’est différent ! Ils avaient bien plus de pouvoirs que nous…
« Tu es trop modeste ! » ricana Séregon.
- Il est juste que vous sachiez qui nous sommes puisque nous connaissons tout de vous, poursuivit Meldrän en ignorant son ami.
- Alors vous savez que je vous cherche ? Vous savez que j’ai besoin de vous ?
- En effet. Et nous aurions pu t’aider si Rùmil n’avait pas bouleversé le destin qui t’était réservé…Bien qu’il ne soit pas le seul à blâmer dans cette histoire !
- Que voulez-vous dire ? fit Arya en fronçant les sourcils.
Valeyn revint avec un plateau garni d’eau et de fruits puis sur un signe de son supérieur, il s’éclipsa en en emmenant avec lui les autres membres de leur assemblée. Meldrän se servit un verre et entama son récit :
- Chacun de vous a entendu parler du Peuple Gris, je suppose et ton maître t’a appris notre existence il y a peu, mais commençons par le début ! Le Peuple Gris était là au commencement de toute chose, à la création même de l’Alagäesia. Ils ont fait partie des premiers peuples qui aient habité cette terre et l’autre peuple était celui des dragons !
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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Mar 27 Mai - 18:35

Séregon grogna pour marquer son approbation.
- Nous pouvons donc dire qu’ils étaient les premiers seigneurs de l’Alagäesia. Puis, suite à un accident que tu connais, fit Meldrän avec un regard appuyé vers Gryffleyd, le Peuple Gris a disparu après avoir créé Elanessë pour nous, leurs héritiers. Ils savaient que nous en aurions besoin. Ensuite, les elfes sont apparus, puis les nains et pour diverses raisons, nous avons du nous terrer ici. Les dragons nous ont rejoint peu après l’accord qu’ils avaient passé avec votre race, Arya.
« Cet accord, ajouta Séregon, mettait un terme à notre vie sur cette terre ! Nous ne pouvions vivre en harmonie avec les êtres aux oreilles pointues mais nous souhaitions la quitter en laissant une trace de nous ici-bas, comme les ancêtres de Meldrän l’avaient fait avec leur propre peuple ! Pour cela, certains d’entre nous ont du abandonner leurs progénitures aux mains des humains…»
« Mais c’est un mal pour un bien, assura Saphira d’une voix tremblante d’émotion. Nous aimons nos dragonniers mais cette ignorance de nos racines… »
« Tu aimes ton dragonnier ? regimba Séregon. Mais tu n’as jamais goûté à une vraie liberté, digne de ce nom. Tu es enchaînée à un mortel qui a, certes, acquis certains pouvoirs mais sans toi, ils sont faibles et c’est ainsi qu’ils usent et abusent du tien. Ils ont un pouvoir de vie ou de mort sur toi ! Tu peux mourir, ça ne changera rien pour lui mais si c’est l’inverse qui se produit, toi tu disparaîtras sans rien pouvoir y changer. Quelle vie misérable… »
Il rugit avant de s’ébrouer et Saphira voulut intervenir mais Meldrän l’en empêcha :
- Peu importe vos opinions, ce n’est pas pour cela que nous sommes réunis ! Sachez que nous avons toujours fait en sorte d’apporter notre contribution à ce monde notamment en envoyant certains des nôtres régler des conflits ou encore récolter des finances pour des royaumes indépendants comme le Surda…
- Mais vous pourriez mettre fin à une guerre ! s’offusqua Eragon. Avec votre puissance et vos connaissances…
- Encore une fois, nous ne sommes pas le peuple Gris. Où as-tu vu que nous étions puissants ? Nous ne sommes que de simples mortels et les elfes, par exemple, sont bien plus forts que nous !
Mais le dragonnier n’était pas convaincu :
- Vous avez dit que vous pouviez nous aider…
- C’est ce qui était prévu, en effet, mais vous deviez rencontrer d’autres personnes de notre peuple et sûrement pas ici à Elanessë ! Rùmil a chamboulé tous nos plans, une fois de plus !
Arya jeta un regard en coin au jeune homme, qui leva les yeux au ciel, agacé par le ton obséquieux de Meldrän :
- J’ai suivi mon instinct et j’ai fait ce que j’avais affaire ! Peu importe que cela vous déplaise…
- Oui, comme à ton habitude ! Ton égoïsme te perdra…
Le ton n’avait plus rien de cordial et leur querelle ne demandait qu’à éclater mais Saphira intervint et relança le seul point qui les intéressait, Eragon et elle :
« Comment pouviez-vous nous venir en aide ? Et surtout est-ce toujours le cas malgré l’intervention de Rùmil ? »
« Nous, les dragons avons senti que ce monde allait très bientôt être englouti par les ténèbres et même si nous ne vivons plus en Alagäesia, nous ne pouvons laisser faire une telle folie ! »
- Et il en est de même pour notre peuple…renchérit Meldrän, ne serait-ce que pour notre future génération qui a déjà commencé à naître, comme vous avez pu le constater.
Eragon ne put retenir un soupir de soulagement. Après cette découverte, il ne serait plus le seul espoir de la rébellion et il avait l’impression qu’un vide apaisant prenait possession de son cœur. Dès lors, la pression qu’on avait accumulé sur ses frêles épaules allait sans doute pouvoir trouver un chef digne de ce nom, parmi ce peuple, pour l’accueillir :
- Comment comptez-vous nous aider ?
- Il serait juste que tu commences par te demander de quelle genre d’aide tu as besoin.
Le dragonnier réfléchit. Pourquoi était-il venu ?
- Mon maître pensait que vous déteniez les clés de l’ancien langage et plus précisément des serments.
Voyant que Meldrän fronçait les sourcils, il se justifia rapidement :
- Mon frère est sous l’emprise d’un serment du roi et son dragon l’est également, ajouta-t’il à l’attention de Séregon.
« Eh bien tue-les ! » énonça froidement ce dernier.
- C’est mon frère mais bien avant que j’apprenne nos liens, c’était aussi mon ami, avoua désespérément le jeune homme.
Il se tourna, implorant, vers Meldrän qui se grattait la barbe pensive.
- Tu parles de Murtagh, le nouveau dragonnier de Galbatorix, n’est-ce pas ?
Il hocha la tête.
- Effectivement, c’est ennuyeux et je comprends que tu rechignes à l’éliminer mais si tu n’as pas le choix…
- On m’a assuré que vous pouviez m’offrir ce choix qui me fait défaut ! assena le semi-elfe, déçu de son manque d’enthousiaste.
Séregon s’ébroua avant de reprocher :
« Allons Meldrän, il existe bien une solution, je ne comprend pas pour quoi tu ne veux pas l’utiliser ! »
- La dernière fois que nous l’avons fait, nous avons dangereusement bouleversé l’équilibre d’Elanessë et quelqu’un en est mort donc je souhaite prendre mes précautions !
- Mais il existe un moyen ?
- Oui…
- Je veux le tenter !
- Eragon ! intervint la princesse elfe.
- Nous verrons cela demain de toute manière car il nous manque certains éléments pour pouvoir tenter l’expérience ! Vous êtes nos hôtes évidemment, des chambres seront donc préparés à cet effet et vous pouvez vous rendre où bon vous semblera…
Rapidement, il se leva et les salua d’un mouvement de tête avant de s’éloigner. Eragon et Arya le regardèrent, abasourdis, mais Rùmil ricana :
- Il n’aime pas dire au revoir ! Peu importe, si cela peut vous rassurer, c’était sa manière à lui de vous dire qu’il accédait à votre requête !
- Tu es sûr ?
- Certain…
Arya le fixa étrangement :
- Comment se fait-il que toi, tu sois déjà venu ici ? Et pourquoi Meldrän t’en veut-il, cela a bien failli nous coûter cher !
Le concerné haussa les épaules :
- C’est une vieille histoire mais je ne me faisais pas d’illusions. Je savais qu’il ne serait pas heureux de me voir !
Séregon, qui les observait, se tourna soudainement vers Saphira et sa voix grave retentit à nouveau :
« Viens avec moi petite Saphira, je crois que tu as des choses à apprendre et je pense que ton dragonnier n’y verra pas d’inconvénient ! »
Eragon sourit et encouragea une Saphira toute timide à le rejoindre :
« Il ne va pas te manger ! Et tu en meurs d’envie je le sais ! »
« Mais si jamais, ils ne me trouvent pas digne d’eux ? Ils sont tellement puissants ! »
« Tu l’es aussi ! » répondit Eragon en lui caressant les naseaux.
Saphira ronronna et les deux dragons s’approchèrent du bord de la terrasse avant de prendre leur envol. C’est le moment que choisit Arya pour faire une demande surprenante :
- Rùmil, si tu connais si bien cet endroit, pourquoi ne pas nous faire visiter ?
L’interpellé, d’abord surpris, esquissa un sourire et leur fit signe de le suivre. Il les entraîna au dehors et quelques minutes plus tard, ils découvraient chaque recoin de l’île qui recelait bien des surprises. Le jeune homme leur fit voir la baie d’Elmmùrë, les grottes du Tarvil’ et la mine d’Ascàl. Arya se montra fort curieuse à l’approche d’un porche ouvert où s’entraînaient des harpistes et Eragon voulut pénétrer dans la forêt de Linwëlin mais Rumil l’en empêcha, expliquant que cet endroit était ici pour refouler les intrus. Puis malgré leurs demandes incessantes, il les ramena au palais. Les cris qui s’en échappaient démontraient une impatience grandissante à la faveur d’un évènement inconnu à leurs yeux et ils observèrent l’agitation qui régnait avec surprise. Les enfants couraient en riant et les femmes s’affairaient en portant des draps de soie et maugréant qu’on aurait du les prévenir plus tôt. En croisant deux hommes qui se dirigeaient hors du palais pour atteindre le petit port d’amarrage situé à l’extérieur, Eragon saisit quelques brides de leurs conversations :
- Ils rentrent plus tôt que prévu…
- Il paraît qu’ils ont du nouveau qui pourra nous avancer dans nos recherches !
Intrigué, le jeune homme et Arya firent demi-tour pour suivre la foule qui se dirigeait vers le port mais s’arrêtèrent lorsqu’ils virent Rùmil rentrer dans le palais. Eragon lui cria :
- Où vas-tu ?
- Je vous rejoindrais plus tard…répondit ce dernier en amorçant un demi-tour.
Le dragonnier le regarda s’esquiver, interloqué avant de suivre Arya qui était déjà sur place. Il se fraya un chemin parmi la foule de gens et vit Saphira et Séregon atterrirent plus loin.
« Que se passe-t’il ? »
« Aucune idée… »
Soudain, une lueur blanche les aveugla et Eragon ferma les yeux, ébloui, avant d’entendre des exclamations de joie.

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MessageSujet: Re: Tome 3 d'Eragon   Dim 1 Juin - 11:19

Voici la suite^^Un autre chapitre bonus qui raconte les épreuves d'Arya et de Saphira !

CHAPITRE BONUS n°2




Arya se força à inspirer afin de ralentir les battements de son cœur affolé. Elle était plongée dans une obscurité totale et ne ressentait plus aucune présence autour d’elle, comme si Eragon et Saphira avaient brusquement été effacés de la surface de la terre. Même lui, ce fameux Rùmil, elle aurait été un peu rassurée de le percevoir à ses côtés mais lui aussi semblait n’avoir jamais existé. Elle avança à tâtons, l’air décidé, quand un vent frais lui fouetta le visage. Le sifflement se fit plus aigu, de plus en plus perceptible et la princesse tendit l’oreille en fronçant les sourcils. Son ouïe si fine la trahissait-elle ? Elle aurait pu jurer avoir entendu un rire…Tout en continuant d’avancer, le rire se fit plus précis et l’elfe reconnut des voix, des voix qu’elle identifia immédiatement.
« Mère… »
Encore une fois, tu m’as déçue…
Une boule se noua dans l’estomac de la jeune femme qui tenta de faire front.
- Qui êtes-vous ?
Tu as failli conduire ton peuple à la ruine en te faisant capturer par cet Ombre…Et faire échoir cet œuf entre les mains d’un paysan mortel de surcroît…
- Vous n’êtes pas ma mère ! répliqua Arya, cinglante.
Mais la boule qui lui obstruait la gorge soulignait la panique qui envahissait son esprit. La jeune femme ne cessait de se retourner, cherchant à deviner d’où venait cette voix. Elle inspira et tenta d’ignorer l’homme qui parlait. Elle reconnut le ton dédaigneux d’Efendel, un des conseillers de la reine :
Elle ne ressemble en rien à son père. Elle fera une mauvaise souveraine, elle est bien trop obstinée, à suivre ses propres idées…
- Mon père…
Les souvenirs qu’elle en avait resurgirent brusquement à la surface mais ils étaient bien trop nombreux et trop désordonnés pour les refouler. Ils s’insinuèrent dans chaque recoin de son esprit et elle se prit la tête entre les mains en gémissant :
- Arrêtez…
Les voix devinrent confuses et hurlaient leur honte, leur déception.
Elle n’est pas la princesse elfe que les oracles ont annoncé…Ce n’est pas elle que nous attendions…
Les ténèbres envahirent le cœur de l’elfe qui se sentit aspiré par un tourbillon d’obscurité. Le froid envahit son corps et elle tomba à genoux, la tête lourde et ankylosée, incapable de réfléchir. Le cri qui s’échappa de ses lèvres était perçant mais il ne parvint pas à la tirer de sa torpeur. Elle chuta lourdement au sol et resta prostrée ainsi, haletante. Alors qu’elle perdait peu à peu conscience, la princesse crut entendre une voix familière au loin, comme un chuchotement porté par le vent.
Arya…Arya…
Elle se releva en grimaçant, brisant les barrières invisibles qui la maintenaient au sol.
- Eragon !
Arya appela de plus en plus fort comme pour se donner du courage et de la force et malgré l’absence de réponses, elle sentait son énergie revenir et la vitaliser.
Arya, peu importe que tu ne partages pas mes sentiments, ton amitié m’est plus précieuse encore…J’ai confiance en toi…
Cette phrase sonna comme une douce mélodie à ses oreilles. Une fois de plus, ce jour là elle avait voulu l’éviter mais il l’avait rattrapé et lui avait dit ces mots d’une voix suppliante. Ce qu’elle appréciait le plus chez lui, c’était sa sincérité et sa droiture. Les yeux qu’il avait posé sur elle avaient abaissés toutes ses barrières de défense. Elle, qui avait décidé de s’éloigner, de sacrifier son amitié pour lui afin qu’il accomplisse son Wyrd, fut déboussolée. Cependant, elle décida à l’avenir de ne plus s’éloigner d’Eragon, l’ami le plus cher à son cœur, et de l’assister dans sa tâche du mieux qu’elle pouvait. Une douce chaleur s’insinua en elle, une chaleur qu’elle avait déjà sentie auparavant et qu’elle pensait ne plus jamais ressentir. Les ténèbres qui l’avaient englouti se dissipèrent lentement et une lueur aveuglante l’éblouit. Quelques secondes plus tard, elle sentit un regard sur elle et son cœur fit un bond de joie en voyant que le dragonnier était sain et sauf.

Saphira huma l’air, agitée et inquiète. Ou était Eragon ? Pourquoi ne sentait-elle plus aucune présence ? Et quelle était cette étrange odeur qu’elle flairait ? Comme un parfum de mélancolie…Et cet endroit…Ses pattes ne touchaient plus aucune pierre et elle pouvait étendre ses ailes ou lever la tête sans heurter de paroi. Visiblement, elle n’était plus dans le tunnel, les autres y étaient sans doute encore. La dragonne se rendit compte que son cœur menaçait d’éclater tant il battait à la chamade. Etre séparé aussi brutalement de son dragonnier la déchirait, comme si une part de son âme était déjà partie dans l’autre monde. L’odeur s’accentua et lui agressa les naseaux. Elle cracha et émit un grondement pour dissuader ses éventuels adversaires mais si une présence se faisait effectivement ressentir, elle ne se montrait pas et semblait irréelle. Sa voix mentale résonna, menaçante :
« Montrez-vous ? Je vous sens d’ici, inutile de vous cacher ! Et où est mon dragonnier ?»
Un rire gutturale lui répondit, moqueur et ironique, comme pour montrer le ridicule de sa demande.
Saphira…Une prétendue « vraie » dragonne…Qui ne peut même pas vivre sans son mortel…
« Des dragons ? »
La créature piétina sur place, partagé entre la surprise, la liesse et la peur. La puissance qui envahissait ce lieu mystique la clouait au sol et elle se repliait sur elle-même pour pouvoir résister à une telle force. Elle ne pouvait même plus étendre ses ailes pour effrayer ses opposants. Un rugissement retentit.
Pas à la hauteur et il en mourra…Docile comme un chien et gentille comme un agneau…Elle ne survivra pas au règne du Grand Noir…Nous ne pourrons pas compter sur elle.
« Taisez-vous ! »
Le froid engourdissait ses ailes et s’infiltrait par ses naseaux, refroidissant le sang chaud qui s’écoulait dans ses veines. Elle s’aplatit un peu plus au sol, suffocante et souleva des nuages de poussière blanche avec sa respiration irrégulière.
Trop jeune…Regardez-la, elle n’est pas suffisamment développée et bien trop petite…
Cette phrase fut ponctuée de cris de douleur et d’agonie qui lui transpercèrent le cœur.
« Eragon ! »
Il mourra de sa faiblesse et elle n’y survivra pas…
Le râle d’agonie du jeune homme souffla à ses oreilles comme une dernière supplique et elle sentit la terreur prendre possession de sa conscience :
Saphira…
La flamme de vie s’éteignit et les yeux de la dragonne se fermèrent malgré elle. L’essence d’énergie qui s’écoulaient il y a peu jusque dans les membranes de ses ailes disparut et dans un dernier soubresaut, une lame invisible s’enfonça dans son cœur, lui ôtant la dernière parcelle de vitalité qu’elle transportait en elle. Le silence s’installa et l’obscurité emporta le corps de la dragonne, inerte. Elle se laissa emmener, doucement et s’apprêtait à quitter cette terre. Son petit homme n’était plus là alors à quoi bon ? Sa raison de vivre venait de s’éteindre aussi subitement que la flamme d’une bougie. Soudain, une voix familière susurra à son oreille :
Tu auras des choses à accomplir mais tu les accompliras la tête haute, j’en suis persuadé…
Glaedr ! Saphira rouvrit les yeux brusquement. C’était son maître, elle en était certaine. Oui, elle avait des choses à faire comme libérer son « frère », Thorn. Elle voulait aussi restaurer la lignée des dragons, c’était son Wyrd à elle, la dernière des dragonnes. Et surtout, Eragon avait besoin d’elle, il l’avait dit. Elle remua pour réveiller ses membres ankylosés et tenta de se lever avec peine. Un rire moqueur retentit mais Saphira laissa éclater sa rage dans un puissant rugissement et se redressa fièrement en grondant et les sobriquets cessèrent aussi sec. Saphira ne put retenir un sourire de fierté, comprenant qu’elle avait passé brillamment l’épreuve. Une lueur blanche l’aveugla et c’est avec soulagement qu’elle sentit que le lien qu’elle possédait avec son dragonnier venait d’être rétabli. Elle s’avança lentement vers la lueur et ferma les yeux pour ne pas être éblouie.

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Tome 3 d'Eragon

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