Ce qui suit est un "Spécial" ! Suite à une demande sur un autre forum, je me mets à écrire des bonus pour faire patienter les gens ! Normalement j'envoie cet écrit par MP à ceux qui demandet mais ici c'est spécial donc je le poste^^
CHAPITRE BONUS :
Le jeune homme était plongé depuis longtemps dans un profond sommeil lorsqu’une ombre passa furtivement devant sa fenêtre, ce qui l’éveilla. Saisi d’un pressentiment, il repoussa ses couvertures avant de se lever et il s’approcha de sa fenêtre, uniquement vêtu d’un ample pantalon noir. Heureusement, le ciel était dépourvu de nuages et la lune était pleine, ce qui éclairait la baie où ils avaient trouvé refuge le temps d’une nuit. Murtagh se pencha et plissa les yeux pour scruter la mer calme qui s’étendait sous eux. Une étrange créature se mouvait gracieusement dans l’eau chatoyante et cherchait visiblement à rallier la plage où était ancré le navire. Intrigué, le dragonnier décida de sortir à l’air libre voir de quoi il retournait et se faufila discrètement hors de sa cabine. Le vent frais lui fouetta le visage et il s’étira longuement, un léger sourire sur les lèvres. Se rappelant l’objet de son excursion nocturne, il grimpa sur le pont supérieur avant de se pencher au-dessus du bastingage. La créature en question était tout ce qu’il y a de plus humaine et le jeune homme décida de la rejoindre. Lorsque ses pieds s’enfoncèrent dans le sable, le jeune homme frissonna : la nuit se rafraîchissait de plus en plus et il traita mentalement Calyst d’insensée. Cette dernière émergeait de l’eau en secouant ses longs cheveux, vêtue d’une tunique noire ouverte sur la poitrine, lui arrivant sur les cuisses et enserrée à la taille par un filin. La rôdeuse s’écroula sur le sable, essoufflée. Sa poitrine se soulevait rapidement et elle avait fermé les yeux, goûtant les embruns salés avec délice. Murtagh vint se poser à ses côtés et engagea la conversation d’un ton moqueur :
« - Ca t’arrive souvent ce genre d’expédition nocturne ?
Le jeune femme ouvrit les yeux, surprise, mais se détendit lorsqu’elle vit qui était celui qui avait l’outrecuidance de la déranger.
- Quand il fait frais comme ça, c’est excellent pour la santé, tu devrais en faire autant !
- Très peu pour moi, je connais d’autres moyens pour rester en forme !
Calyst sourit et tourna sa tête vers lui :
- Pourquoi tu ne dors pas ?
- On m’a raconté une histoire qui m’a révolté…
- J’espère que ce n’est pas une histoire de fantômes ! Je déteste les fantômes !
Le silence du dragonnier attisa sa curiosité.
- Murtagh, je te parle…
- C’est la tienne d’histoire, ainsi que celle de Lukan, avoua l’interpellé.
La jeune femme se releva brusquement et le foudroya du regard :
- Qui a bien pu…Ah oui, Attorio pour se venger ! Comme c’est puéril !
Elle épousseta les grains de sable collés à sa peau et commença à s’éloigner :
- Calyst ! appela Murtagh.
- Tais-toi !
Elle voulut s’enfuir mais il se lança à sa poursuite et la rattrapa sans peine. Le jeune homme lui attrapa fermement la main et la força à se retourner avant d’éprouver un choc à la vue de son visage, ravagé par les larmes.
- Calyst…
- Je ne veux pas t’entendre…sanglota cette dernière.
- Et moi, je veux des explications ! Je ne t’aurais rien dit car tu avais l’air d’avoir tourné la page mais regarde-toi !
- Lâche-moi, balbutia la jeune fille qui cherchait vainement à se dégager.
- Non…
La rôdeuse cessa de se débattre et le fixa rageusement de ses yeux rougis. Ils restèrent prostrés ainsi quelques secondes avant que Murtagh ne se décide à la relâcher en soupirant :
- Très bien, je te lâche mais je t’interdis de t’enfuir !
Malgré son envie de détaler à toute jambe, la voix brisée de son ami la retint près de lui et elle se contenta de se masser les poignets en le regardant avec méfiance. Quelque peu rassuré, le jeune homme reprit la parole d’une voix étrangement émue :
- Je sais que ça ne regarde que toi et je voulais juste te dire que je connaissais les circonstances de la naissance de ton fils mais quand je te vois ainsi…
Calyst détourna les yeux et sécha ses larmes mais c’était trop tard :
- Je n’ai qu’une envie : retrouver cet homme et lui faire payer ce qu’il vous a fait !
- C’est inutile, murmura la jeune fille d’une voix sourde. Si je le croise avant toi, je m’en chargerais moi-même !
Murtagh la regarda avec un petit sourire de satisfaction, enchanté qu’elle partage son avis. Mais il se rembrunit bien vite. La rôdeuse affichait un air si triste et torturé qu’il comprit très vite :
- Tu l’aimes encore, n’est-ce pas ?
- Je…
Elle se détourna quelques instants pour refouler ses larmes puis prononça d’une voix frémissante :
- J’ai l’impression qu’il est toujours ici, près de moi. Si je pousse la porte de ma cabine, je m’attends à le voir près de Lukan en train de jouer ou de lire un livre. Il était encore sur ce navire, il y a 6 mois…
Son menton trembla et elle se tut mais Murtagh poursuivit :
- Il est parti, Calyst…
- D’où cette irrésistible envie de lui planter moi-même une dague dans le cœur ! riposta la jeune fille en rivant sur lui des yeux enflammés par la colère.
Elle parcourut la baie du regard. L’eau qui s’étendait à leurs pieds miroitait de mille feux et une légère brise agitait les arbres qui bordaient la plage. Les bruits d’animaux nocturnes ne parvenaient pas à briser la tranquillité ambiante mais entre les deux jeunes gens, la tension était palpable.
- Tu n’as pas répondu à ma question, fit remarquer le dragonnier.
- Parce que je ne sais pas quoi te dire ! déclara Calyst avec un sourire forcé. J’ignore si je l’aime encore, j’ignore si je le reverrais ni ce que je ferais dans ce cas-là…
Elle leva la main d’un geste désespéré avant d’avouer :
- Tout ce dont je suis certaine, c’est qu’il a été le premier homme dont j’ai été terriblement amoureuse et le dernier aussi. Sans compter que c’est le père de Lukan…
Loin de rassurer le jeune homme, cette phrase l’enfonça un peu plus dans les ténèbres :
- Il t’a abandonné, toi et ton fils !
- Ce n’est pas comme si il m’avait laissé en pleine nature, murmura la rôdeuse, visiblement désemparée par l’attitude de son ami. J’étais parmi les miens…
- Je ne te comprends pas, répliqua Murtagh. Je serais ivre de colère à ta place !
- Je n’ai pas dit que je ne ressentais aucune rage à son encontre !
Le ton commençait à monter mais visiblement aucun des deux ne semblait décider à se taire. Le dragonnier ricana :
- Attorio avait raison ! Il t’a littéralement séduit ! Sous prétexte qu’il est bien plus âgé que toi, tout ce qu’il t’a fait doit être pardonné parce qu’il avait une excellent raison d’agir ainsi sans doute ?
Il ne vit pas la gifle arriver et regarda la jeune femme, hébété :
- Calyst…
- Comment oses-tu ? gronda l’interpellée. Insinuerais-tu que je sois naïve ? Tu ne me connais pas si bien que ça, Murtagh, et tu ne le connais pas non plus alors ne nous juge pas !
- Ce que je vois, hurla le dragonnier, hors de lui, c’est que toi comme ton fils vous en souffrez !
Se rendant compte qu’il criait, il s’arrêta, essoufflé, et dévisagea la jeune femme qui avait détourné les yeux et croisait ostensiblement les bras sur sa poitrine.
- Tu ne sais rien…
Elle pointa un doigt rageur sur le jeune homme et le frappa à plusieurs reprises en sanglotant :
- Mais qu’est-ce qui va pas chez toi ? Pourquoi te mêles-tu de cette histoire ?
Murtagh la regarda se défouler sur sa poitrine puis lui saisit délicatement les poignets :
- Je suis navré pour toi mais le peu d‘amis que j’ai, je les protège du mieux que je peux et tant pis si ça leur déplaît ! Il est plus que temps que tu tournes la page ! Tu n’oses même pas t’avouer à toi-même ce qui t’est arrivé ! Ce n’est pas ainsi que tu avanceras !
- Je sais ce qui nous est arrivé, cria la jeune fille en larme, il nous a abandonné !
Elle sanglotait et frappait le torse du jeune homme mais l’objectif était enfin atteint : elle était en train de se libérer de ses démons.
- Il m’a laissé toute seule alors que c’est lui qui m’a assuré qu’il serait toujours prêt de moi pour s’occuper de Lukan ! C’est lui qui m’a convaincu d’avoir cet enfant ! Et il m’a abandonnée à la merci de mon père avec un petit garçon dont je ne savais même pas m’occuper ! Ce n’est qu’un lâche !
Elle répéta ce dernier mot plusieurs fois avant de complètement s’effondrer sur le dragonnier qui l’attrapa par la taille et l’attira à lui. Il l’enserra tendrement et posa une main rassurante dans ses cheveux pour la calmer. Le corps de la jeune femme était secoué de sanglots et elle-même n’arrivait pas à articuler le moindre mot tant le flot de larme qui s’écoulait le long de ses joues était incontrôlable. Les mots que Murtagh lui chuchotait d’une voix douce parvinrent cependant à la calmer au bout de quelques minutes. Le dragonnier prit son visage entre ses mains et essuya les larmes qui en coulaient :
- Ca va mieux ? dit-il en souriant.
Elle hocha la tête et se laissa entraîner lorsqu’il lui saisit la main pour marcher un peu. Au bout de quelques mètres, la jeune femme prit la parole d’une voix brisée :
- Quand on a appris que j’étais enceinte, j’étais terrifiée. J’étais très jeune, je ne me voyais pas m’occuper de lui et ne parlons pas de la réaction de mon père ! Mais lui, il m’a pris la main et m’a remercié de lui offrir ce merveilleux cadeau. Je lui ai répliqué qu’il était hors de question qu’on le garde sans me justifier davantage mais il a très vite compris : Il m’a pris dans ses bras et m’a juré de toujours être près de moi. Alors j’ai laissé ce petit être grandir en moi pendant 9 mois…
La jeune femme se caressa le ventre, mélancoliquement :
- Il a tenu toutes ses promesses. Il m’a protégé de la fureur d’Amràn et il était de toutes les attentions pendant ma grossesse. Le jour de l’accouchement a été dur et douloureux mais je me raccrochais à la pensée qu’il attendait derrière la porte. Les trois ans qui suivirent ont été magnifiques : il adorait son fils et j’avais l’impression que son amour pour nous était sans limite. Mais quand je me suis aperçue que mon père avait scellé la voix de Lukan, je suis allée le chercher, persuadée qu’il pourrait résoudre ce problème et il était parti…
Elle resserra sa main sur celle de Murtagh et poursuivit d’une voix triste :
- Dès lors, Amràn reprit son contrôle sur moi, notamment en éloignant Lukan. Je n’ai pas vraiment eu le cran ni la volonté de résister et c’est quelques mois plus tard que nous nous sommes rencontrés tous les deux !
Le jeune homme la regarda, un peu surpris :
- C’est vraiment récent…Et Lukan ?
- Il le vit bien. Pour lui, son papa est parti lui chercher un très gros cadeau mais un jour, il sera en âge de comprendre !
- Qui sait ? Le crois-tu mort ?
Calyst secoua la tête, catégorique :
- Non, il est bien trop malin pour se faire prendre par qui que ce soit !
- Alors peut-être qu’il va revenir ?
- Il risque d’avoir une sacrée surprise, ricana la rôdeuse. Je ne suis pas la seule sur ce navire à avoir une dent contre lui. Et je ne me laisserais plus avoir par ses belles paroles !
- Tu es bien amère, nota Murtagh.
Mais la jeune femme ne répondit rien. Ils s’adossèrent à un rocher et s’assirent quelques instants, goûtant à la fraîcheur qui se dégageait de la pierre, avant que Calyst ne demande d’un ton malicieux :
- A toi maintenant !
- Quoi à moi ?
- Je t’ai raconté mes amours malheureux, alors c’est à ton tour !
Le dragonnier éclata de rire :
- Il n’en est pas question, nous n’avons passé aucun marché !
- C’était un accord de principe tacite ! Sinon, je fouille dans ton esprit !
- Tu n’y arriveras pas, répliqua-t’il d’un ton moqueur.
La rôdeuse fronça les sourcils et se concentra plusieurs secondes mais le jeune homme savait le défendre, et plus que bien. Il repoussait ses attaques comme des mouches et elle songea, vexée :
« Demain, je vais voir Thorn ! »
- Très bien, je dois donc t’obliger à me le dire !
Murtagh sourit et s’allongea sur le sable :
- Je ne te ferais aucun serment…
- Ca m’est égal, je trouve injuste que tu saches tant de choses sur moi et ma famille, sans compter les secrets que t’enseigne Attorio, tandis que moi en retour, j’ai cette impression de côtoyer un inconnu. Alors dis-moi une chose sur toi !
Le jeune homme la fixa et vit qu’elle semblait vraiment ennuyée. Mais qu’est-ce qui pouvait bien l’intéresser chez lui ? D’ordinaire, les gens le fuyaient et ne cherchaient pas à savoir si il avait été heureux, enfant, ou bien le nombre de fois où il était tombé de cheval. Il abdiqua en soupirant :
- Que veux-tu savoir ?
- Je te l’ai dit : parle-moi de tes amours !
- C’est très indiscret…
- Je te trouve mal placé pour faire des réflexions, répliqua Calyst qui se mit face à lui.
- Têtue !
- Borné !
Ils se dévisagèrent longuement avant que Murtagh ne se décide :
- Nous dirons que nous sommes quittes. Je te préviens, c’est court !
Mais la rôdeuse haussa les épaules, l’enjoignant à continuer :
- Bon, comme tu veux. J’ai connu beaucoup de femmes, tu as entièrement raison, en revanche je n’ai pas eu d’amour malheureux.
- Pourquoi ?
- Je ne les aimais pas. J’étais attiré le temps d’une nuit et le lendemain, elles disparaissaient aussi vite qu’elles étaient entrées dans ma vie !
- C’est d’un romantique, railla Calyst. Les femmes ne sont pas des objets, tu sais…
- Tu es en train de me juger ? fit le jeune homme en levant un sourcil. Je n’ai pas forcé ces demoiselles, qui plus est, cela valait sans doute mieux pour elles. Puis-je aimablement te rappeler que je suis un Parjure ? Je préfère ne pas te dire le sort que le roi réserve aux filles intrépides…
- J’imagine bien, répliqua son amie d’une voix sombre. Et Nasuada alors ?
- Quoi Nasuada ?
- Tu m’en as parlé à Uru’baen et elle ne semblait pas être n’importe quelle fille à tes yeux…
Le ton était innocent et désintéressé mais la rôdeuse tendait ces deux oreilles :
- Je ne sais pas, fit le dragonnier, pensif. Elle a été si gentille et attentionnée avec moi lorsque j’étais à Farthen Dûr que ça m’a bouleversé. De plus, elle possède un sacré caractère sans compter qu’elle est très loin de toutes les superficialités d’une cour…Elle connaît mon ascendance et je n’ai pas eu l’impression que ça l’ait rebuté. Pour toutes ses raisons, je la respecte bien plus que les autres femmes que j’ai connues et il est vrai que j’aimerais la voir, quand tout sera fini…Si elle le veut bien.
Il regarda Calyst qui le fixait attentivement, un petit sourire en coin :
- Quoi encore ?
- Rien, c’est peut-être ta façon à toi d’être amoureux !
Murtagh secoua la tête, agacé et se releva :
- Je rentre…
- Oh mauvaise tête, te voilà soudainement devenu timide ! rit son amie.
Elle le suivit et ils se chamaillèrent tout le long du chemin. Une fois sur le point de se séparer, la jeune femme se retourna et avoua les yeux brillants :
- Je te souhaite vraiment de trouver la personne qui te suivra tout le long de ta vie et je suis persuadée que ce sera quelqu’un de bien, qui t’aimera profondément. L’amour n’a pas que des désavantages, Murtagh, je suis contente d’avoir rencontré le père de Lukan… »
Ce dernier haussa les épaules et la salua avant d’aller se coucher pour méditer sur la nuit qu’il venait de passer.
A Suivre...
